15.08.2007
Une affaire personnelle - Kenzaburo Oé
Allez, dernier roman japonais avant de passer à autre chose. "Une affaire personnelle" est l'œuvre de Kenzaburo Oé, l'un des romanciers les plus célèbres au Japon. Ce livre est en partie autobiographique.
Bird, professeur d'anglais dans une boîte à bachots, attend la naissance de son premier fils. Il erre dans les rues de Tokyo, rentre chez lui et attend le coup de téléphone du médecin. Ce dernier lui apprend que l'enfant est né pais qu'il est anormal. Commence alors une lente descente aux enfers pour Bird qui fuit ses responsabilités dans l'alcool, le sexe et l'apitoiement sur lui-même. Trois jours durant, alors que la survie de l'enfant est incertaine, Bird va vivre dans un cauchemar alimenté par ses peurs, sa paranoïa, une fuite en avant qui débouchera sur l'acceptation de ses responsabilités face à l'enfant qui est né.
Le livre est terrible. On assiste à la destruction lente et systématique du narrateur qui évolue dans une ambiance kafkaïenne où tous, du médecin à sa femme, de ses élèves à sa maîtresse, semblent se liguer contre lui. Et plus il avance dans le temps, plus il s'enfonce dans son cauchemar. "Cette épreuve compenserait-elle en partie les souffrances du bébé?...s'il y avait une souffrance stérile, c'était bien celle de la gueule de bois". Et sa femme de lui dire, alors qu'elle n'est pas au courant de l'état de l'enfant :"Bird, penses-tu jamais à quoi que ce soit, en dehors de toi-même?...As-tu vraiment envie d'avoir un enfant, Bird?...Serais-tu capable de te sacrifier pour le bébé? Es-tu capable de prendre tes responsabilités?". Tous autour de lui semblent l'assiéger de questions auxquelles il ne veut pas répondre :"…le fait était que même l'annonce d'une troisième guerre mondiale l'eût laissé indifférent". Paradoxalement, le livre débouche sur un espoir qui tranche un peu avec le ton de l'ensemble mais possède sans doute une vérité autobiographique.
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Dernières heures à Tokyo
Le 15 août est une journée importante au Japon. C'est à cette date que les japonais commémorent ceux qui sont morts pour la patrie au cours des guerres qui ont jalonné le XXème siècle. Jusque là, tout va bien.
Le problème en fait de cette commémoration réside dans l'existence d'un sanctuaire à Tokyo, le sanctuaire Yasukuni, où sont conservés les restes de quatorze criminels de guerre – dits de classe A -condamnés à mort par le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, connu sous le nom de procès de Tokyo (mai 1946 - novembre 1948). Le précédent premier ministre, le populaire et populiste, Junichiro Koizumi y a fait une visite par an, niant, par sa seule présence dans le sanctuaire, la responsabilité du Japon dans la guerre. Ces visites répétées au sanctuaire Yasukuni sont devenues une source de conflit diplomatique avec les voisins chinois et coréens, pour lesquels les atrocités de l'occupation japonaise au cours de la deuxième guerre mondiale ne sont pas encore effacées. Il est clair, en tous cas, que le Japon a du mal à reconnaître ses crimes de guerre. "Il faut dire que, parmi les pays alliés qui jugèrent le Japon au lendemain de la guerre, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la France exerçaient une domination coloniale. Ils n’eurent de fait ni la volonté ni la capacité de juger la responsabilité japonaise sur la question de la domination coloniale" (Le Monde Diplomatique – Mars 2007).
Cette année, l'actuel premier ministre, Shinzo Abe, ne se rendra pas au sanctuaire Yasukuni. Depuis son arrivée au pouvoir, il a beaucoup travaillé à retisser des relations acceptables avec la Corée et la Chine. Sachant qu'une visite au sanctuaire serait perçue comme une offense outre-mer, il a renoncé, si tant est qu'il en ait jamais eu l'intention. Restent malgré tout une tâche de fond à laquelle Shinzo Abe a promis de s'atteler : celle du projet de nouvelle constitution, révisant l’article 9 du texte actuel [lequel interdit la guerre] et affirmant clairement l’existence d’une "armée de défense". Autrement dit, serait levée l’interdiction de l’usage de la force armée. Un pas de plus vers une amnésie généralisée du passé criminel du Japon…
13:20 Publié dans 7 - Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, tour du monde, voyage
14.08.2007
A Nikko – dernier jour au Japon
Pour mon dernier jour plein au Japon, je me rends à Nikko, à une centaine de kilomètres de Tokyo. La ville de Nikko a longtemps été un centre d'éducation bouddhiste et, de ce fait, possède de nombreux temples, groupés au nord-ouest de la gare.


L'entrée du temple de Tosho-gu est gardée par deux immenses rois-démons, statues en bois peintes de couleurs vives et que l'on retrouve un peu partout au Japon. Il y a foule ce matin pour visiter les splendeurs de Nikko mais, curieusement, l'endroit le plus populaire est une entrée, celle de Nemuri-Neko qui arbore la singulière représentation d'un chat endormi, célèbre, paraît-il, dans tout le Japon. Elle n'a pourtant rien d'exceptionnel et je lui préfère les oeuvres en bois qui décorent le pourtour du temple.

Certaines, d'ailleurs, pourraient facilement passer pour de l'art chinois. Comme d'habitude, on ne peut pas photographier l'intérieur des temples. A l'exception de celui de Fuarasan qui ne présente aucune représentation des dieux du bouddhisme mais quelques jolies peintures murales, agréablement disposées autour de l'autel central. Malgré la foule, la promenade à travers les merveilles de Nikko est agréable, sauf qu'il fait une chaleur infernale. Hier, des records de chaleur ont été battus à plusieurs endroits du Japon et le thermomètre monte souvent au-dessus de 36°C.
Un bon moyen d'éviter la canicule est de se réfugier dans un endroit climatisé. De retour à Tokyo, je me rends au théâtre de Kabuki à Ginza. Le kabuki est la forme épique du théâtre japonais traditionnel. Interprétées exclusivement par des hommes, les pièces s'inspirent souvent d'évènements historiques, tout en les accommodant pour le spectacle.
Les rôles féminins sont joués par des hommes grimés et parlant avec une voix de fausset ; ce sont les onnagata et souvent, les acteurs sont spécialisés dans les rôles féminins et ne changent pas de registre au cours de leur carrière. Ce soir, l'histoire est assez simple, tout au moins les deux actes auxquels j'assiste. Un spectacle de kabuki peut durer toute la journée et il est commun de ne voir qu'une partie du spectacle. Il n'en reste pas moins qu'il n'est pas facile d'avoir des places. Tous les sièges sont réservés, même les plus chers et, encore un fois, je suis impressionné par le nombre de japonais qui se rendent au spectacle. Comme au théâtre de marionnettes Bunraku à Osaka (Voir note du 27-07-07), les japonais se déplacent en nombre à ces représentations et font du théâtre kabuki un art en constante évolution. On ne peut pas prendre de photos pendant le spectacle. Du coup j'emprunte à d'autres sites ces quelques photos qui font le lien entre les caricatures de personnages que nous avions vues, dessinées sur papier, dans plusieurs musées et la réalité des costumes et du maquillage.
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13.08.2007
Ascension du Mont Fuji – seconde partie
Je quitte le refuge à 1h du matin, comme prévu. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Il y a foule, ce n'est rien de le dire. Des centaines de grimpeurs ont envahi le chemin. La plupart du temps, nous marchons l'un derrière l'autre. Parfois, il y a de véritables embouteillages, surtout aux abords des refuges. Et cela empire au fur et à mesure que l'on monte. Je parcoure les 400 premiers mètres en un peu moins d'une heure (ce qui m'amène à 3100m) mais il me faudra encore presque quatre heures pour atteindre le sommet (3776m).
Au début de l'ascension, les conditions climatiques sont plutôt clémentes. Mais, plus l'aube approche, plus le temps se dégrade. Cela commence par une bruine assez fine, ensuite un vent glacial, terrible, se lève et, pour finir, c'est la pluie qui nous accompagne. Je suis obligé de mettre ma grosse parka, celle-là même que je portais au camp de base de l'expédition au Cho Oyu. Encore ne suis-je qu'à moitié réchauffé. Certains font l'ascension en pull, trempés jusqu'aux os. D'autres renoncent. Ceux enfin qui ont atteint le sommet trop tôt avant le lever du soleil doivent redescendre – il fait presque zéro là-haut et le vent qui souffle en permanence ne permet pas de rester immobile.
Tant bien que mal, la majorité des grimpeurs s'accroche et poursuit. J'arrive au sommet exactement au lever du soleil – il est 5h15.
La dernière éruption du Mont Fuji date de 1708, aussi le cratère ne présente-t-il pas de signes d'activité. Malgré cela, en faire le tour en vaut la peine. Cela prend environ une heure et permet d'observer d'autres paysages que pendant la montée. Encore qu'aujourd'hui, nuage pour nuage, il n'y ait pas grande différence quelque soit le côté où l'on se place.
Pendant la descente, il faisait beau mais ce n'était pas si agréable pour autant. Tous les marcheurs soulevaient des quantités impressionnantes de sable et je me suis retrouvé recouvert d'une fine pellicule de poussière grisâtre que j'ai traînée avec moi jusqu'à Tokyo. J'ai d'ailleurs légèrement abrégé le retour, prenant un bus au niveau de la 5ème station et évitant ainsi quelques heures de marche dans la forêt.
La période du 13 au 17 août est une fête nationale au Japon aussi les hôtels n'assurent-ils aucun service de nettoyage. Je me suis coltiné le dépoussiérage de mes vêtements tout seul et ce ne fût pas une partie de plaisir : pas moins de trois lavages ont été nécessaires pour redonner un semblant de propre à ce qui étaient devenus des habits de clochard!
23:45 Publié dans 7 - Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, tour du monde, voyage
12.08.2007
Ascension du Mont Fuji – première partie
Avion jusqu'à Tokyo, puis bus jusqu'à Fuji-Yoshida : c'est là que débute l'ascension du Mont Fuji ; l'ascension traditionnelle, précisons-le, qui part de 700m pour arriver au sommet du Mont Fuji à 3776m, point culminant du Japon. Il y a beaucoup d'autres routes qui partent de plus haut mais elles sont aussi beaucoup plus courues. Seul moyen d'éviter la foule, au moins aujourd'hui : partir du plus bas possible. Evidemment, cela veut dire aussi plus à marcher…Quoiqu'il en soit, je laisse la plus grosse partie de mes affaires dans une consigne à la gare. Je crois que je ne l'ai pas encore mentionné mais il y a des consignes absolument partout au Japon. Ce n'est pas très cher (2,5 euros pour 24 heures) et bien pratique.
Le Mont Fuji étant un lieu de pèlerinage très populaire, les sentiers sont des boulevards et il est impossible de se perdre. De plus, en altitude, il y a de nombreux refuges, ce qui permet de se reposer ou simplement d'y prendre un repas chaud.
Je sors de la forêt à peu près au moment où le soleil se couche derrière le Mont Fuji. L'ombre immense du volcan semble alors recouvrir toute la région et les couleurs finissantes donnent à l'ensemble un caractère surnaturel. C'est aussi près d'ici que la route goudronnée s'arrête. Soudain, de nombreux grimpeurs surgissent comme par miracle. Eux vont faire l'ascension de nuit, lentement, pour arriver au sommet au lever du jour. Pour ma part, je continue jusqu'à la septième station (2700m) et décide de me reposer quelques heures. Il est 19h30 lorsque j'y arrive, la nuit tombe et je marche déjà depuis 5 heures. De plus le sommet n'est pas très loin, tout au moins d'après les estimations données sur la carte.
Dans le refuge – propre, avec un feu de bois bienvenu – il y a déjà d'autres grimpeurs, dont une douzaine de gamins de 10-12 ans avec celui que je suppose être leur professeur. Les enfants sont assis calmement autour du feu, on entendrait une mouche voler. Au moment de dîner, aucune précipitation, chacun prend son bol de nouilles et mange en silence. A 20h, le maître sonne le couvre-feu. Tous vont se coucher sans moufeter. Impressionnante discipline – les souvenirs que j'ai de mes (rares) expériences de colonies de vacances sont beaucoup plus bruyants!
Quant à moi, je bouquine un peu, profitant de la chaleur du feu. J'essaye ensuite de m'endormir mais il est encore tôt et le sommeil ne vient pas. Dommage, je compte partir à 1h du matin et quelques heures de sommeil auraient été profitables.
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11.08.2007
Retour à Sapporo – dernier jour à Hokkaido
J'en termine aujourd'hui avec Hokkaido. En une dizaine de jours, j'en aurai fait un bon tour mais je n'ai pas été gâté par le temps. Et, comme ce ne sont pas les musées qui font l'intérêt de cette partie du Japon, c'est un peu dommage. Malgré tout, après la frénésie du triangle Tokyo-Kyoto-Osaka, il n'est pas désagréable de visiter une région plus calme, et beaucoup moins peuplée.
Même si Sapporo n'est pas une ville particulièrement attrayante, j'ai beaucoup de plaisir à y revenir. J'en profite pour tester l'efficacité des postes japonaises en renvoyant quelques documents en France. Tout d'abord, il n'y a aucune attente. Ensuite, il faut à peu près dix secondes à l'employée pour me proposer une solution d'envoi pour mon colis, pas très volumineux mais qui ne tient pas dans une enveloppe. Enfin, après avoir rempli le bordereau réglementaire (écrit à la fois en japonais et en anglais), elle me présente la facture. Je paye et c'est fini. Le tout n'a pas du prendre plus de 2 minutes. Ceux qui ont déjà fait l'essai des postes en Inde comprendront aisément la différence.
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10.08.2007
Le Parc National d'Akan
A une heure et demie de voiture de Kushiro, le parc national d'Akan attire les mêmes cars de touristes que le parc national de Shiketoro. Décidément, tout cela est un peu trop organisé pour mes goûts. En plus, un brouillard à couper au couteau obstrue en partie la vue sur le lac de Mashu, considéré par certains comme le plus beau lac du Japon.
Je continue ma route en direction du Mont Io, un volcan dont les fumées soufrées qui s'en échappent témoignent de l'activité récente. On est pris à la gorge par l'odeur d'œuf pourri, caractéristique de l'hydrogène sulfuré. Ici, aucune exploitation commerciale, le décor dantesque n'attire que les touristes. Je me souviens avoir visité une véritable carrière de soufre il y a quelques années. C'était en Indonésie, dans la caldera du volcan Kawah Ijen, à quelques centaines de kilomètres de Surabaya, sur la côte est de l'île de Java. Dans des conditions atroces, des dizaines d'ouvriers extraient le soufre solidifié et en portent jusqu'à 70 kilos sur leurs épaules nues pendant plusieurs kilomètres. Ils ne se protégent des vapeurs nocives qu'à l'aide d'un simple mouchoir mouillé et passent la plus grande partie de leurs journées dans une atmosphère opaque, quasi-irrespirable. A 20 ans ils sont riches et respectés, à 30 ans ils sont morts.Rien de tel au Japon, bien sûr. Les conditions de travail des ouvriers japonais sont parmi les plus confortables du monde. C'est aussi que les patrons japonais ont toujours respectés leurs employés. Les entreprises nipponnes ont été à l'origine de beaucoup des outils d'amélioration de la performance, qui font désormais partie intégrante de notre culture industrielle. Ce sont elles qui, les premières, ont mis en place les cercles de qualité, accordant ainsi un certain crédit aux suggestions de leurs employés : sécurité maximale, ergonomie du poste de travail, suivi des maladies professionnelles, tout cela a été initié au Japon. Dans les années 1980, les chefs d'entreprise européens et américains venaient par avions entiers, prendre des leçons de savoir-faire auprès des patrons japonais. Il a fallu la démonstration de l'efficacité japonaise pour que certains comprennent enfin la plus-value possible que peut aussi apporter l'ouvrier à l'efficacité globale de l'ensemble. Ceci dit sans vouloir dévaloriser le rôle des ingénieurs, cela va de soi…
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09.08.2007
De Rausu à Kushiro
Encore une triste journée aujourd'hui : de la pluie du matin jusqu'au soir. Je continue à longer la côte jusqu'à Nemuro, puis la pointe de Nosappu, la partie la plus à l'est d'Hokkaido et donc aussi du Japon. Par temps clair, on peut voir les îles Hopporyodo, premier bastion russe dont la suprématie est contestée depuis longtemps. Aujourd'hui, bien sûr, on ne voit rien qu'un épais brouillard.
Du coup, je poursuis ma route vers Kushiro, dernière étape de mon périple à Hokkaido, avant de regagner Sapporo après-demain. Kushiro est à mi-chemin entre Kyoto et Tokyo du point de vue architectural : les grands immeubles, surtout centrés autour de la gare, sont entourés de plus petites ruelles qui regorgent d'excellents adresses.
"(…) Certains en ont fait leur tanière. Ce sont les "réfugiés du Net" : des jeunes de 20 à 30 ans qui naviguent d'un petit boulot à l'autre et ne gagnent pas assez pour se payer un logement ou une chambre d'hôtel. Dans les cafés Internet, ils peuvent passer six heures pour 1 500 yens (9 euros) ou moins dans les quartiers périphériques. La plupart des grands établissements disposent d'une centaine de box.
(…)Les cafés Internet offrent un condensé de la société japonaise contemporaine : prospère, lisse et efficace en surface, mais parcourue d'ondes souterraines dénotant malaise et dysfonctionnements. Dans les cafés Internet les plus modernes, ceux des quartiers animés, l'accueil est digne d'un hôtel. Atmosphère feutrée et services multiples. Fondus parmi les clients - car rien dans leur apparence ne les distingue vraiment - se nichent les jeunes paumés.
Après une décennie de récession, la machine productive nippone est repartie, mais elle laisse sur le carreau nombre de jeunes. Ce sont des "freeters" (mot composé de l'anglais free et de l'allemand arbeiter, désignant ici ceux qui font des petits boulots, c'est-à-dire des jeunes en situation précaire). Ayant grandi dans le Japon de la "bulle financière" de la fin des années 1980, ils sont arrivés sur le marché du travail à la fin de la "période glaciaire" de la récession, quand les entreprises soucieuses de réduire les coûts ont sabré dans l'emploi permanent pour privilégier le travail temporaire. Ils forment ce que le quotidien Asahi a baptisé la "génération perdue".
Le gouvernement estime à 1,8 million le nombre des freeters, filles et garçons. Si, au début de la décennie, on a pu voir en eux l'expression des valeurs individualistes d'une génération plus orientée vers des satisfactions personnelles que ses parents dévoués à l' entreprise, beaucoup ont découvert que leur situation est moins synonyme de liberté que de précarité.
Aux largués de la reprise, freeters et jeunes désargentés arrivés de la campagne qui n'ont pas de quoi payer un loyer et encore moins les trois mois d'avance pour obtenir un logement s'ajoutent ceux que des sociologues anglais ont baptisés "neet" (Not in Education, Employment or Training). Ils ne sont pas étudiants ni en formation : ils dérivent. D'entrée de jeu, ils ont baissé les bras. Pour la plupart, ce sont des adolescents introvertis qui refusaient d'aller à l'école (phénomène préoccupant dans l'Archipel depuis une décennie). Adultes, ils restent refermés sur eux-mêmes. Ils seraient 800 000.
Les neet sont un symptôme du malaise d'une société devenue férocement compétitive, qui condamne leur inadaptation, la mettant au compte de la fainéantise. Un message qu'ils reçoivent comme une négation de leur droit à l'existence. Les neet forment une bonne partie des jeunes qui se suicident. Comme eux, beaucoup de freeters ont le sentiment d'être pris dans une nasse.
(…) Les réfugiés du Net sont l'une des facettes de la nouvelle pauvreté nippone, fille d'une inégalité croissance entre ceux qui ont un travail fixe et les autres. Une disparité qui passe désormais par un clivage entre générations."
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08.08.2007
D'Abashiri à Rausu, le Parc National de Shiretoko
La veille au soir, je ne peux pas m'empêcher de le mentionner, j'ai mangé mes meilleurs sushis du séjour. C'était dans un petit restaurant qui ne payait pas de mine mais les produits étaient frais du matin et le cuisinier, qui était aussi le patron, pas chiche sur la quantité. C'est bien simple, le poisson recouvrait entièrement le morceau de riz!
Pour quelques jours, je loue une voiture afin de ne pas être tributaire des transports en commun, de plus en plus rares au fur et à mesure que l'on s'éloigne du centre de l'île.
C'est à peu près le même prix qu'en France (50Euros/jour) mais, à tarif égal, il me semble que j'ai un modèle plus performant: une Toyota Corolla, automatique bien sûr, avec volant à droite comme il se doit pour la conduite à gauche qui est la norme au Japon. Je quitte Abashiri dans la matinée, direction le parc national de Shiretoko, à l'extrême nord-est d'Hokkaido. D'après le Lonely Planet, "so few people get here that humans haven't ruined it yet". En fait ce n'est pas l'endroit désert dont j'avais rêvé. Tout y est parfaitement aménagé et les cars de touristes se suivent sans discontinuer. Certes, la route qui longe la mer est splendide. Les japonais ne sont pas des fous du volant et la vitesse est limitée à 50km/h ; cela laisse le temps d'apprécier le paysage. Je comptais faire un peu de randonnée mais lorsque j'arrive au début du chemin, je le trouve fermé. Explication : des ours ont été repérés ces derniers jours dans les parages et pour d'évidentes raisons de sécurité, personne n'est autorisé à emprunter le sentier. Dommage pour cette fois. A défaut de pouvoir le gravir, je me console avec une vue du Mont Rausu depuis le pied de la montagne.
Du coup je trace la route et arrive de l'autre côté du parc de Shiretoko, à Rausu. Je descends dans un ryokan confortable bâti à l'emplacement d'une source chaude. Cette fois-ci il s'agit d'un véritable onsen, les bains sont à l'extérieur dans un décor naturel grandiose. Le soir, c'est un véritable délice de se plonger dans l'eau brûlante alors que l'air ambiant se refroidit.
Le calme impressionnant qui règne dans le ryokan à la nuit tombée, me permet de finir un étrange roman, le premier que je lise de Haruki Murakami : "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil". Pour être franc, je n'avais jamais entendu parler d'Haruki Murakami avant de débarquer au Japon il y a trois semaines. En fait il semble qu'il s'agisse de l'écrivain japonais le plus renommé à l'étranger, après Yukio Mishima. En tous cas, "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" m'a beaucoup plu. Je me suis surpris à le dévorer en fait. Pourtant l'histoire est assez banale : Hajime approche de la quarantaine. Il gère deux clubs de jazz, est marié, deux enfants et se considère plutôt heureux, entre une famille qui l'aime et qu'il aime et une réussite matérielle indéniable. Un beau jour débarque dans son bar Shimamoto-san, une vieille amie d'enfance, la seule qu'il ait jamais eue. Peu à peu, de conversations en conversations, puis de rencontres en rencontres, sa vie est complètement bouleversée. Je ne sais pas comment l'auteur s'y est pris (avec talent, c'est certain!) mais on ressent profondément la souffrance de Hajime devant le dilemme que lui pose la réapparition épisodique, fantomatique presque, de Shimamoto-san. Le livre est très touchant et réussit en tous cas à tenir un lecteur moyen en haleine avec des thèmes pourtant assez simples (le retour du passé, la femme fatale, le vieillissement, etc.).
Dans la foulée, j'achète "Norwegian Wood", le roman de Haruki Murakami considéré comme son meilleur.
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07.08.2007
De Biei à Abashiri
Biei aurait pu être une étape agréable s'il avait fait un peu meilleur. Mais la pluie n'a cessé de tomber toute la nuit et le matin, je ne peux qu'apercevoir à travers les gouttes un paysage détrempé, curieusement similaire à certains coins de France.
Encore un voyage en train, entre Biei et Asahikawa tout d'abord, puis jusqu'à Abashiri, sur la côte nord d'Hokkaido. Le principal intérêt d'Abashiri réside dans la visite du musée-prison situé à quelques kilomètres de la ville. En fait, il s'agit de l'ancienne prison, construite en bois et qui a été abandonnée à la fin des années 1980 pour un nouveau bâtiment en dur. Evidemment, visiter la prison au milieu de l'été donne l'impression de se rendre dans un camp de villégiature et l'on comprend difficilement ce qui fait d'Abashiri un endroit à la réputation si terrifiante. On le comprend mieux en visitant le Ice Drift Museum quelques kilomètres plus loin. En hiver, la mer d'Okhotsk qui va de la péninsule du Kamtchatka à Hokkaido gèle sur 80% de sa surface. C'est dire les terribles conditions hivernales dans la région. Et les quartiers des prisonniers ne sont pas chauffés, hormis un poêle situé à l'extérieur et essentiellement destiné aux gardiens! Quant aux vêtements généreusement fournis par l'administration pénitentiaire, ils sont en coton tout au long de l'année. Parfaits pour les travaux des champs au printemps, ils permettent également au prisonnier de bien sentir la morsure du froid en hiver. Dans plusieurs salles du musée-prison ont été reconstituées des scènes de la vie quotidienne des prisonniers. Dans la salle des douches, on a poussé le réalisme et le souci du détail jusqu'à faire figurer sur le dos nu de certaines statues le tatouage intégral, marque de l'appartenance aux yakuza. Les yakuza sont l'équivalent japonais de la mafia italienne. On dit qu'ils contrôlent tous les réseaux de prostitution, les salles de jeux, les paris clandestins. Ces sociétés secrètes fascinent les scénaristes et réalisateurs occidentaux et je me souviens de plusieurs films où il est question de l'influence des yakuza et de leur code de l'honneur.
Le plus récent serait "Kill Bill, Vol 1" dans lequel Uma Thurman affronte bravement une centaine de professionnels du sabre au cours d'un combat légendaire. Tarantino d'ailleurs a effectué pour ce film un gros travail de recherche et a réellement parsemé son film de plusieurs passages pénétrant l'imaginaire japonais. Avant lui, d'autres réalisateurs occidentaux avaient déjà utilisé l'univers des yakuza, avec plus ou moins de succès.
"Black Rain" de Ridley Scott en est un bon exemple mais l'interprétation à l'esbroufe de Michaël Douglas gâche un peu le travail de mise en scène.
Dans un style différent "Crying Freeman" de Christophe Gans, s'inspirant d'une bande dessinée populaire, était une intéressante première réalisation d'un metteur en scène qui n'a pas confirmé par la suite cette bonne impression.
Et puis je garde un bon souvenir, quoique lointain, du "Yakuza" de Sidney Polack avec un Robert Mitchum vieillissant mais dont le charisme n'a jamais failli. Tout cela pour dire que, même sans s'intéresser particulièrement à la question, nous sommes baignés dans un certain nombre de références aux sociétés secrètes japonaises et qu'il est fascinant, ici, de voir les conditions pénibles dans lesquels certains de leurs membres ont fini leurs jours. 23:35 Publié dans 7 - Japon , Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, tour du monde, voyage, cinema























