31.03.2007
De nouveau à Paro
Le pompeusement nommé National Memorial Chorten est un stupa construit un peu sur les hauteurs de Thimphu. Une foule assez dense tourne autour du monument dans le sens des aiguilles d'une montre, histoire d'accumuler des points de dévotion et de s'assurer, sinon l'accès au nirvana dans cette vie, tout au moins une renaissance paisible.
A l'image de nos vieilles bigotes catholiques, les bhoutanaises âgées semblent se découvrir des jambes de vingt ans lorsqu'il s'agit de tourner toute la matinée autour du stupa.Le tir à l'arc est le sport national au Bhoutan. Le tireur est éloigné de la cible de 140m (la distance olympique est de 50 mètres…) et les parties durent parfois toute la journée. Ce qui est amusant et angoissant tout à la fois, c'est que les tireurs adverses se placent juste à côté de la cible, à la fois pour indiquer la cible au tireur de l'autre équipe et en même temps pour le déconcentrer. Ils évitent la flèche au tout dernier moment. Cela va bien avec les arcs en bambou qu'ils utilisent traditionnellement, la flèche arrivant avec une vitesse relativement faible (mais suffisante pour transpercer un homme…). Inutile d'y penser avec les arcs modernes en composite qui décuplent la puissance du bras. Lorsqu'un tireur rate la cible, ce qui arrive assez souvent, l'autre équipe crie et déstabilise le maladroit. Lorsqu'un tireur atteint la cible, l'autre équipe se lance dans une danse de célébration de quelques minutes. Tout cela se passe dans une ambiance bon enfant, même si, me dit Chenda, les enjeux peuvent être importants, moins en terme d'argent – il ne semble pas y avoir de paris associés au jeu – qu'en terme d'honneur et de prestige, notamment lorsque deux villages voisins s'affrontent. Lors de parties de championnat, les femmes aident leurs maris à déstabiliser les adversaires, en entonnant nombre de chansons mettant parfois en cause les ressources masculines du tireur…
Après un petit tour au marché aux fruits et légumes qui se tient chaque week-end, nous reprenons la route en direction de Paro. La notion de temps chez les bhoutanais diffère radicalement de ce que l'on peut nous inculquer en occident. Rares sont les bhoutanais qui ont des montres et lorsque l'on pose une question du type "à combien de temps de marche se trouve tel ou tel village?", la variété des réponses recueillies traduit bien le peu d'importance que les bhoutanais accordent à l'heure. On arrivera quand on arrivera et c'est tout. Parfois, cela donne des dialogues plutôt comiques. Nous savons qu'il y a un blocage de la route entre Thimphu et Paro et je cherche à savoir quand pour ajuster notre départ :
- Moi : Bon, alors la route est bloquée jusqu'à 15h?
- Chenda : elle ouvre vers 16h
- Moi : ah bon? elle est fermée jusqu'à 16h
- Chenda : Mais il y a deux points de blocage
- Moi : le blocage est à 1h de Thimphu?
- Chenda : il est près de Paro
- Moi (calculant que Paro se trouve à 2h de route de Thimphu) : partons vers 14h
Finalement, nous partirons à 13h30, arriverons au blocage à mi-chemin entre Thimphu et Paro et resteront sur place pendant 45 minutes.
A Paro, la population a décuplé à l'occasion du festival. De nombreux villageois des environs sont descendus pour assister au spectacle. Et, bien sûr, tout ce que le Bhoutan compte comme touristes se retrouve là. Du coup les hôtels sont pleins et je n'ai pas d'autre choix que de planter la tente dans le jardin.
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30.03.2007
Retour à Thimphu
Nous repassons au col de Dochu La. Ce matin, le temps est clair et je peux admirer un peu mieux qu'à l'aller cette étonnante construction de 108 stupas dans laquelle on peut évoluer comme dans un labyrinthe.
A une centaine de mètres de là, un nouveau temple est en construction. Et je me rends compte qu'à plusieurs reprises, dans ce pays, j'ai eu l'occasion de constater combien le sentiment religieux allié à un fort esprit de conservation du passé était vivace. Les bhoutanais prennent soin de leurs monuments, les entretiennent, les rebâtissent si besoin mais le principe de conservation fait réellement partie de la culture.En témoigne encore la "Painting School" à Thimphu. Là, les étudiants suivent des cycles de plusieurs années de spécialisation en arts traditionnels : peinture, sculpture, tissage, poterie, fabrication de poupées etc. Et Chenda me fait visiter ce lieu surprenant, nous pénétrons dans les classes, dérangeant un peu les élèves et les professeurs par nos questions intéressées. Plus loin, une petite boutique vend quelques œuvres des étudiants, certaines pièces sont le travail de plusieurs mois présenté à l'examen final et dont la qualité dépasse parfois ce que l'on peut trouver dans le commerce.
Toujours dans ce même esprit, la reine-mère a imposé de conserver en l'état l'une des maisons traditionnelles bhoutanaises qui existait avant que Thimphu ne devienne la capitale du pays en 1960. Cette maison a été transformée en musée et représente une fascinante approche du mode de vie dans les campagnes. Les bêtes sont parquées au rez-de-chaussée dès la tombée de la nuit, le premier étage sert de stockage pour les graines et les vivres et le troisième étage, qui s'ouvre sur la cuisine, sert de pièce commune, de quartiers d'habitation et d'autel. Sous le toit sont stockées des vieilles planches en bois qui servent à rafistoler la maison et du foin, aussi utilisé comme isolant pendant l'hiver.
Lorsque les bureaux ferment, à 17h, le dzong s'ouvre au public. C'est une construction à la fois massive et élégante, comme tous les dzongs de ce pays qui, décidément, a su conjuguer avec talent harmonie et efficacité dans son architecture. C'est ici, centre de l'administration gouvernementale, que le Roi possède son bureau. En face du dzong, un autre imposant bâtiment qui deviendra le Parlement bhoutanais lors du passage au régime multipartite en 2008.
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29.03.2007
le retour de Bumthang à Wangdue Phodrang
Avant de reprendre la route longue et sinueuse qui doit nous conduire à Wandgue Phrodang, nous refaisons un passage autour de Bumthang : une école monastique (désertée pour cause de cérémonie à l'extérieur), le monastère de Jampa Lakhang qui vaut par sa collection de statues dans l'autel consacré au Bhoudda originel et la résidence du deuxième roi, aujourd'hui abandonnée et que l'on projette de convertir en musée.
Pourquoi le deuxième roi et où en est-on aujourd'hui? Les bhoutanais numérotent leurs rois car c'est une institution encore relativement nouvelle, quoiqu'immensément respectée. Avant 1907, le pays était gouverné par un triumvirat de gouverneurs régionaux qui ne s'entendaient pas toujours et le pays menaçait d'éclater sous la pression extérieure britannique qui ne faisait qu'accentuer les dissensions intérieures. En 1907, l'un des trois gouverneurs, Ugyen Wangchuck, après s'être allié les autorités britanniques, se fait sacrer roi avec l'appui des autorités religieuses et soumet les deux autres gouverneurs. Il portera le titre de Druk Gyalpo (roi-dragon). Et la dynastie s'est poursuivie jusqu'à nos jours. C'est le troisième roi qui a commencé à ouvrir le pays sur le monde extérieur à partir de 1960 ; l'invasion chinoise du Tibet, sans que la communauté internationale ne fasse le moindre geste, a certainement contribué à cette douloureuse décision. Le roi en a conclu que son pays devait exister sur la scène internationale et apparaître à cette occasion en tant qu'état souverain et indépendant. Notons bien qu'avant 1960, le pays n'avait ni poste, ni téléphone, ni banque et que pratiquement aucun étranger (hormis certains officiels britanniques du Raj) n'y avait mis les pieds.
Le roi actuel, fils du précédent, Jigme Singye Wangchuck règne depuis 1972 et a accompagné son pays à travers une modernisation contrôlée. Cet homme, représenté sur les photos officielles vêtu d'un simple gho, le vêtement traditionnel des bhoutanais, apparaît à la fois comme énergique et avisé, juste et sage. Son seul objectif semble être le bien de son peuple, au point qu'il va abdiquer une partie de ses pouvoirs en 2008 et faire passer le pays à un régime démocratique parlementaire calqué sur le modèle anglo-saxon.
D'ici là, nous retrouvons Wangdue Phodrang en fin d'après-midi. La lumière du soleil couchant sur le dzong est superbe. Nous passons devant un impressionnant alignement de huit stupas, tous différents.
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28.03.2007
De Trongsa à Bumthang
Deux heures d'une route un peu moins sinueuse que les jours précédents nous amènent à Bumthang. Nous sommes ici au cœur du Bhoutan, dans son centre culturel qui a vu défiler des générations et des générations de saints, depuis Guru Rinpoche au 8ème siècle de notre ère jusqu'à Jigme Singye Wangchuck, le roi actuel du pays. Et il est vrai que la région regorge de monuments ou de sites particuliers, que nous visitons les uns après les autres au cours de cette journée un peu marathon. Depuis le lac de Membartsho qui a vu Pema Lingpa découvrir ses plus beaux trésors jusqu'au monastère privé de Chakhar Lakhang, conservé en l'état par les descendants de Dorji Lingpa, il y en a pour tous les goûts. Je retiendrais particulièrement le complexe de Kurjey Lakhang, vaste édifice composé de trois bâtiments principaux, construits à trois époques différentes mais dont l'homogénéité par delà les siècles est remarquable.
On croirait ne distinguer qu'une seule et même construction.Tous ces lieux font l'objet de pèlerinages incessants de la part des bhoutanais et nous rappellent combien le passé et le présent sont inextricablement liés dans la conception bouddhiste de la vie humaine. Chaque lieu saint a une histoire particulière, presque systématiquement teintée de surnaturel : un grand oiseau blanc est apparu dans les airs manifestant son approbation du lieu de construction du dzong de Jakar ; le monastère de Jampa se tient sur le genou gauche et participe à la neutralisation d'un démon malfaisant qui recouvre le Tibet et le Bhoutan ; le monastère de Kurjey est situé sur le lieu exact d'une bataille entre le lion blanc Shelging Karpo et Guru Rinpoche, ce dernier ayant laissé l'empreinte de son corps gravée dans un rocher après sa glorieuse victoire. Ces légendes, qui, encore une fois, font partie du quotidien des bhoutanais, m'apparaissent à la fois amusantes et profondes. Notre société occidentale, rationaliste et scientifique, a depuis longtemps jeté un opprobre salutaire sur les croyances animistes, encore qu'on puisse s'interroger sur le nombre important de citoyens allant consulter un astrologue avant de prendre la moindre décision. Visiter le Bhoutan est un voyage dans un passé médiéval que nous n'avons pu approcher qu'à travers les livres d'histoire. Mais ici, tout est bien réel et l'on mesure, à la lumière de notre évolution, le chemin que le Bhoutan aurait à parcourir s'il choisissait un mode de développement occidental. Il en est loin et j'aurai l'occasion de revenir sur les choix bhoutanais en matière de développement.
Le soir, nous quittons l'hôtel et allons dîner dans un restaurant du centre-ville (mais en fait, la ville est réduite à son centre). Au cours du dîner, Chenda m'apprend une bonne nouvelle : l'extension de séjour que j'avais demandée est accordée. Je resterai au Bhoutan jusqu'au 5 avril et pourrai ainsi assister au festival de Tsechu qui se tient à Paro début avril (voir note du 12-03-07).
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27.03.2007
De Wangdue Phodrang à Trongsa, via la vallée de Phobjikha
Après avoir visité le dzong de Wangdue Phodrang, impressionnant de l'extérieur mais sans intérêt particulier à l'intérieur, nous reprenons la seule route qui relie ouest et est du Bhoutan, ces interminables lacets le long de vallées quasi désertes. Le vert uniforme de ces forêts n'est troublé que sporadiquement, lorsque la pente pour une fois pas trop importante permet l'établissement d'un petit champ. Des paysans vivent là, en pleine autarcie, au milieu ou au sommet d'une colline, séparés les uns des autres par plusieurs heures de marche. Ils descendent dans la vallée pour y vendre leur maigre production (pomme de terre essentiellement) et remontent avec du riz, du sel, des produits de première nécessité. Et la majorité des bhoutanais survit encore de cette manière, comme il y a des siècles et des siècles, sans que l'électricité, les routes, les progrès du modernisme n'affectent le moins du monde leur quotidien.
La vallée de Phobjikha est encore un endroit oublié qui accueille chaque année plusieurs milliers de grues au cou noir, des oiseaux migrateurs mesurant jusqu'à 2m et passant l'hiver (novembre-mars) dans ces champs désertés avant de repartir au Tibet lorsque l'été arrive. Espèce protégée, la grue au cou noir fait l'objet d'une attention particulière de la part du gouvernement et des habitants de la vallée. On dit même qu'en arrivant, chaque année, ces hordes migrantes font trois fois le tour d'un stupa (dans le sens des aiguilles d'une montre, cela va sans dire) avant de se poser et de prendre leurs quartiers d'hiver. En tous cas, toutes sont déjà reparties et je ne pourrai qu'admirer les belles photos dans le centre d'observation de la RSPN (Royal Society for Protection of Nature).
En visitant le monastère de Gangte, nous tombons sur un rassemblement dans la cour principale. C'est une élection locale qui se tient précisément aujourd'hui.
En chemin, nous passons devant une réplique du stupa de Swayambhunath (Kathmandou, Népal), à plus petite échelle me semble-t-il. Mais ce qui est le plus impressionnant, ce sont ces drapeaux de prière verticaux qui entourent le monument et en rehaussent, s'il en était besoin, la majesté.
Deux heures plus tard, nous arrivons à Trongsa, un petit village situé exactement au centre géographique du Bhoutan et dont le dzong a abrité les deux premiers rois du Bhoutan au début du XXème siècle.
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26.03.2007
de Tsaluna à Wangdue Phodrang, via Punakha
Les deux muletiers Tshentherng et Rizin sont les premiers à partir. Pour eux et pour leurs mules, la route est longue jusqu'à Paro et ils ne prévoient pas d'arriver avant ce soir.
Une petite camionnette nous transporte Kilney, Teji, Chenda et moi jusqu'à Thimphu. Là, nous disons adieu au cuistot et à son aide et sautons dans une autre voiture, une berline cette fois à destination de Punakha. La route suit une vallée et serpente interminablement d'une colline à l'autre. De tous les côtés, ce ne sont que forêts de pins à perte de vue, les flancs des collines étant trop abrupts pour y permettre une quelconque culture vivrière. Nous franchissons rapidement le col de Dochu La et ses 108 stupas. Par temps clair, on peut voir toute la chaîne himalayenne mais ce n'est pas le cas aujourd'hui. Dommage.
Deux heures plus tard, nous sommes devant le massif dzong de Punakha.
Et j'en aurai une preuve supplémentaire en visitant le temple de Chimi Lhakhang, construit par Lama Drukpa Kunley (le célèbre érotomane dont nous avons déjà parlé) en 1499. Une vingtaine de jeunes moines récitent des mantras guidés par un senior et rythmés par les vibrations régulières du gong. Et je me rends compte, devant ces prières ininterrompues à la cadence machinale, que l'on doit ressortir de telles séances la tête complètement vidée. J'ai l'impression d'assister à un épisode de lavage de cerveaux en groupe, comme si la mélodie, les paroles murmurées plutôt que proférées à haute voix, le son régulier et caverneux du gong arrivaient à pénétrer les esprits de ces jeunes moines et à y annihiler toute individualité. Je ressors de ce temple perplexe, un peu déçu, comme si j'avais découvert aujourd'hui l'envers du décor de cette religion pour me rendre compte que les méthodes employées ressemblent davantage à de l'abrutissement de masse qu'à une véritable éducation religieuse.
Le soir, nous dormons à Wangdue Phodrang, un petit village perché sur une colline et comme écrasé par un dzong impressionnant que nous visiterons le lendemain.
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25.03.2007
Trekking Day #13, Dernier jour de trek
Nous descendons à travers une jolie forêt de conifères, longeant un cours d'eau dont le volume semble augmenter au fur et à mesure de notre avancée. Nous nous arrêtons un instant au monastère de Tsalu Ney, bâti au 14ème siècle à proximité d'une cave où Guru Rinpoche aurait médité. Cette construction massive, que rien ne laisse deviner, impressionne.
En milieu de journée, nous arrivons au village de Tsaluna, constitué de quelques maisons éparses et d'une école communale devant laquelle nous plantons les tentes. Ce n'est pas un emplacement superbe mais, pour le dernier soir en tente, je m'en accommode.
Nous ne sommes d'ailleurs pas très loin de Thimphu. Profitant de l'après-midi, nous allons y faire un saut rapide. Sur le chemin, Chenda me montre une vieille maison surmontée d'un de ces toits dorés caractéristique des monuments religieux. C'est ici que Phajo Drugem Zhigpo s'est uni à Sonam Peldron suivant la prophétie de Tsangpa Gyarey. De cette union sont nés sept fils dans des circonstances miraculeuses. La charge d'une famille contraignait largement les projets de notre vagabond prêcheur. Aussi, un jour, emmena-t-il toute sa progéniture sur un pont et les lança-t-il à l'eau. Des sept fils, les trois démons se noyèrent et les quatre autres survécurent, partant chacun dans une direction différente afin d'y répandre l'enseignement de l'école Drukpa Kagyud.
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24.03.2007
Trekking Day #12, Phajo Drugem Zhigpo
Avant-dernier jour de trek. Nous laissons le camp et les mules au même endroit. J'ai insisté pour essayer d'aller à Phajoding, terme du trek, par le chemin normal qui franchit plusieurs cols de plus de 4000m. Nous soupçonnons qu'en raison de la neige et de la glace, les mules ne pourront pas passer.
Tôt le matin, la neige est encore compacte et supporte notre poids. L'avancée est facile, en pente douce mais les nuages tardent à se lever.
A Phajoding, nous visitons le monastère de Thujidrag situé à près de 4000m. Ce monastère commémore la venue au Bhoutan de Phajo Drugem Zhigpo au 13ème siècle. Ce dernier est considéré comme le pionnier de l'école Drukga Kagyud au Bhoutan. Sa vie, comme celle de beaucoup de ces saints du bouddhisme himalayen se confond avec sa légende : entre ses luttes avec les esprits mauvais opposés à l'établissement du bouddhisme au Bhoutan, ses nombreuses méditations de plusieurs mois dans des caves menant infailliblement à des visions surnaturelles, ses multiples descendances, il a véritablement contribué à implanter l'enseignement Drukpa Kagyud au Bhoutan.
Dans l'après-midi, nous retournons au camp. La neige, si ferme ce matin, est en train de fondre et nous nous enfonçons jusqu'aux genoux à chaque pas. Mais, dans ce sens-là, le chemin descend et, hormis avoir les pieds trempés, l'effort n'est pas très important. Nous sommes de retour au camp vers 16h. C'en est ainsi fini des ascensions. Demain, nous descendons dans la vallée avant de retourner à Thimphu le surlendemain.
Le soir, alors que les muletiers nourrissent les bêtes, ces dernières semblent soudain comme prises de panique. Elles ne s'enfuient pas mais restent immobiles, respirant rapidement tout en émettant des hennissements aigus de temps à autre. Elles sont terrifiées. Chenda me dit qu'elles ont dû sentir la présence d'un tigre ou d'un léopard. Bien sûr nous ne verrons rien, et surtout pas le légendaire léopard des neiges, animal hyper-sauvage qui se déplace et chasse la nuit et que Peter Matthiessen a poursuivi en vain pendant deux mois sur les pentes montagneuses du Dolpo népalais. Le livre qu'il a tiré de cette expérience (intitulé "le léopard des neiges") est un fascinant voyage aux frontières ténues de la religion bouddhiste.
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23.03.2007
Trekking Day #11, Dans la neige
Déjà hier, je l'étais rendu compte que l'emplacement du camp était superbe. Nous sommes au milieu d'une clairière et face à nous se dresse une chaîne de montagnes aux sommets enneigés qui s'affaisse progressivement jusqu'à Thimphu. Et ce matin, en plus d'un décor naturel déjà grandiose, nous assistons à un magnifique lever de soleil.
Il a gelé cette nuit et le soleil levant se reflète sur la blancheur de l'herbe jusqu'à l'éblouissement. Même les mules, qui d'habitude passent leur temps à se chamailler, se tiennent immobiles et profitent de la chaleur naissante.Nous sommes le seul groupe à tenter de rejoindre le lac de Janye Tsho, notre lieu de campement, par le chemin normal (c'est-à-dire par la crête). Les autres (et nos mules) prennent un raccourci par la vallée.
Nous montons régulièrement au milieu d'une forêt de pins et de rhododendrons jusqu'à arriver sur un rocher d'où l'on domine le campement de la veille. Puis, cela se complique. Il nous faut tracer notre voie dans 50 centimètres de neige vierge. Le terrain descend et ce versant ne reçoit que peu de soleil, d'où la présence de cette épaisse couche de neige. Par endroit, nous nous enfonçons jusqu'au bassin. Heureusement, c'est encore le début de la journée et chacun prend plutôt le parti d'en rire. Bientôt le chemin s'améliore et nous découvrons au loin le Jhomolhari, dont nous étions si proches il y a seulement quelques jours. Suit alors une longue traversée et une descente à travers la forêt jusqu'au lac de Jimilang (Jimilang Tsho). Le lac, en partie gelée, renferme de belles truites mais, ici comme ailleurs, la pêche est interdite, ou plutôt soumise à obtention d'un permis spécial que je n'ai pas demandé.
Après le lac, le chemin est encore pire que ce matin. Nous traçons notre voie ascendante dans un mètre de neige, nous relayant tour à tour en tête de file. C'est épuisant, chaque pas, que l'on croit assuré, s'enfonce soudain de cinquante centimètres et il faut redoubler d'efforts pour avancer. La mauvaise partie du sentier n'est pas très longue mais nous mettrons près d'1h30 pour en venir à bout. Nous sommes les premiers cette saison à emprunter ce chemin.
Peu après nous atteignons le camp, déjà monté car les mules sont passées par la vallée et sont arrivées il y a plusieurs heures. Les autres groupes campent beaucoup plus bas. Ils vont suivre un autre chemin que nous dans les prochains jours et je suis déçu de ne pas revoir Lee, la jeune artiste américaine d'hier, qui repartira de Paro peu avant moi.
Evidemment, après plusieurs heures à marcher dans la neige, nous sommes trempés. Les braves muletiers préparent un impressionnant feu de joie qui a tôt fait sécher chaussures et chaussettes. Il ne fait d'ailleurs pas trop froid, même si nous sommes à 4100m.
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Mont-Oriol, Maupassant
Publié en 1887, c'est-à-dire deux ans avant "Fort comme la mort", "Mont-Oriol" est écrit dans un style complètement différent. Maupassant y raconte l'émergence d'une nouvelle ville d'eau en Auvergne. Il dépeint avec férocité l'apparition du capitalisme moderne en la personne du banquier juif William Andermatt, dénonce la corruption du milieu médical qui se laisse acheter de façon grossière, se moque de l'incompétence de ces mêmes médecins (lui qui en a fait la malheureuse expérience) et fait le portrait décadent de la haute bourgeoisie parisienne venue prendre les eaux pendant la période estivale. Au milieu de cela, quelques histoires d'amour qui se terminent mal lorsqu'elles sont sincères ou par une beau mariage lorsque l'intérêt financier s'en mêle.
La psychologie des personnages de Mont-Oriol est beaucoup plus sommaire que l'étude de caractères de "Fort comme la mort". Chaque protagoniste semble appartenir à une catégorie bien définie et ne s'en départ pas tout au long du roman : le banquier juif, le noble décadent, le paysan avare, ses filles naïves mais riches de leur dot…Maupassant s'est attaché à faire le portrait d'une certaine société, avec es vices et ses fantasmes et produit, à mon avis, un roman agréable à lire mais une œuvre mineure dans sa carrière littéraire.
18:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, voyage, tour du monde

