05.04.2007
Derniers mots sur le Bhoutan
Encore quelques mots pour conclure. J'aurai finalement passé près de quatre semaines au Bhoutan et encore n'ai-je visité que le centre et l'ouest du pays. L'est du pays, qui présente d'autres caractéristiques, nécessite à lui tout seul au moins 10 jours, tant les conditions des routes sont dégradées et l'éloignement des centres d'intérêt important.
Les routes bhoutanaises justement sont parmi les plus tortueuses qu'il m'ait été donné d'emprunter. Il y a un virage tous les 100m et la portion de route la plus droite du pays est sans conteste la piste d'atterrissage de l'aéroport de Paro! En conséquence les bhoutanais conduisent lentement et la moyenne horaire dépasse rarement les 25 kilomètres. Je crois que mon chauffeur n'a pas dépassé le 40km/h une seule fois en deux semaines…Mais les conducteurs sont aussi très polis et se rabattent sur le côté pour laisser passer une voiture plus rapide. L'usage du klaxon est limité au strict nécessaire et le conducteur appuie légèrement sur l'avertisseur pour prévenir sans déranger. Le contraste avec l'infernale cacophonie du grand voisin indien est saisissant dès les premiers kilomètres de route au Bhoutan.
Le côté guide+chauffeur+voiture particulière m'a pesé et j'ai ressenti avec un profond regret le manque d'initiative laissé au touriste. Il faut aussi reconnaître que faire ce programme par ses propres moyens aurait nécessité trois fois plus de temps. Les transports en commun existent mais sont très limités.
Chenda n'a pas eu la vie facile car je n'ai pas vraiment joué le jeu et j'ai toujours essayé, autant que possible, de prendre mes repas, non pas à l'hôtel mais dans des restaurants locaux avec les bhoutanais.
Au final, en ai-je eu pour mon argent?
L'organisation du trek fût la même pour moi que pour un groupe de quatre personnes, le nombre de mules pratiquement le même et le nombre de personnes dans l'équipe également. Et pourtant, un groupe de 4 va payer 4 x 200US$/jour. Disons que la marge de la compagnie avec un seul client est réduite.
Pour le reste, l'hébergement était de qualité, la nourriture aussi. Guide et chauffeur ont été disponibles, tous les bhoutanais d'ailleurs sont extrêmement prévenants avec les étrangers. Chenda a été un guide convenable mais ses explications étaient parfois sommaires ou alors des paraphrases de ce que j'avais pu lire dans le Lonely Planet.
Le patron de l'agence Bhutan Yak n'a pas ménagé ses efforts lorsque j'ai voulu prolonger mon séjour : billet d'avion, extension du visa, réservation des chambres d'hôtel, il a été à la fois serviable et efficace.
Reste que, en indépendant, le même voyage me serait revenu 6 ou 7 fois moins cher.
Pourtant, je demeure sous le charme de ce pays si préservé. L'unicité de cette culture millénaire, les forêts de pins à perte de vue dominée par les neiges éternelles, le sourire des habitants, la multiplicité et l'élégance des monuments et des temples, les danses hallucinantes du festival de Tsechu tout cela contribue à faire d'un voyage au Bhoutan une expérience inoubliable. Je retiendrais particulièrement les diverses représentations du bouddhisme tantrique, cela a été une découverte et, même si je suis loin de m'y convertir, j'ai apprécié cette immersion temporaire dans un monde de dieux et de démons, de saints convertisseurs de mauvais esprits, de bouddhas plein de compassion. Il est aussi intéressant de voir les réussites d'un développement contrôlé, d'un pays qui progresse à son rythme, pour l'instant sans trop y perdre son âme.
Mais le pays évolue et s'ouvre de plus en plus aux influences extérieures : l'introduction de la télévision et d'Internet vont dans ce sens, au risque de voir une partie de la culture et des valeurs traditionnelles disparaître. Surtout, il semble que le pays soit arrivé à un stade où l'Etat ne peut plus tout faire et où la grande industrie privée doit prendre le relais. Or les bhoutanais sont habitués à être couvés par leur gouvernement : l'entretien des routes est pris en charge par l'état, les soins sont gratuits. Et on n'inculque pas aux jeunes bhoutanais l'esprit d'entreprise – il semblerait même que les métiers techniques soient délaissés au profit des positions de pantouflage dans l'administration. Bref, les outils sont à mettre en place et le virage d'une économie centralisée au libre marché reste à négocier. A ce titre, le passage à un régime parlementaire multipartite en 2008 sera une expérience intéressante à suivre.
12:55 Publié dans 3 - Bhoutan | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bhoutan, voyage, tour du monde, blog


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