07.04.2007

Toujours à Kathmandou

L'équipe du Cho Oyu arrive en milieu d'après-midi. Nous sommes hébergés à l'hôtel Shangri-La de Kathmandou. Seul mon ami Fabrice manque à l'appel. Venant de France, il n'a pas pris le même vol que les autres et doit arriver le lendemain matin.
Nous dînons tous ensemble au restaurant de l'hôtel. Mes notions d'allemand reviennent peu à peu et, même si c'est une langue dans laquelle je n'ai jamais brillé et que j'ai souvent exécrée dans mes années de collège, j'arrive à suivre quelques bribes de conversation. Les 8 autres membres n'ont guère plus d'expérience que moi. Pour beaucoup, comme pour moi le Cho Oyu sera leur premier 8000m. Nous avons deux médecins dans le groupe : l'un est un client, l'autre restera au camp de base et suivra chacun des grimpeurs.
Le soir, dans ma chambre, je regarde un documentaire que j'avais emporté : "Cho Oyu, West of Everest", qui retrace l'équipée d'un groupe d'américains. Sur la dizaine de membres, seuls deux arriveront au sommet. Les images sont superbes mais le documentaire met en évidence la difficulté d'une telle aventure, même pour ceux qui ont l'habitude de l'altitude. A 7500m, avec un sac de vingt kilos sur le dos, chaque marcheur doit s'arrêter pour respirer à chaque pas! Je ne sais pas si la projection de ce documentaire m'a vraiment rassuré…

Expédition au Cho Oyu (8200m)

Je n'étais pas revenu à Kathmandou depuis trois ans. A l'époque, j'avais passé six semaines au Népal, effectuant l'ascension du Mera Peak et le circuit de randonnée autour des Annapurna. C'était aussi une période de ma vie assez difficile et j'avais puisé dans la combinaison des difficultés physiques et l'immensité des paysages de montagne, le courage de mettre fin à une relation boiteuse.
medium_cho-map-nepal.gifAujourd'hui, je reviens avec un état d'esprit différent. Ce n'est plus une fuite, comme il y a trois ans. Je vais participer à une autre expédition en montagne, la plus difficile que j'ai jamais entreprise puisque si tout va bien, elle devrait me mener au sommet du Cho Oyu, une montagne située à l'ouest de l'Everest et culminant à 8200m.

L'équipe, dix personnes en majorité des allemands, suisses et autrichiens mais aussi mon ami Fabrice, arrive dans deux jours. C'est le temps qu'il me faut pour terminer les préparatifs et acheter le matériel qui me manque : une bouteille thermos, des morceaux de cordes, un baudrier, quelques mousquetons et une vingtaine d'autres objets, tous disponibles facilement dans les nombreux magasins de montagne de Kathmandou.

Nous quitterons Kathmandou le lundi 9 avril, destination la frontière tibétaine. Le processus d'acclimatation est long et laborieux mais nécessaire. Il implique plusieurs allers-retours entre le camp de base et les différents camps intermédiaires d'altitude.

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Si tout se passe bien et que les conditions météo le permettent, nous devrions attaquer le sommet aux environs de la première semaine de mai. Le retour à Kathmandou est prévu mi-mai. D'ici là, une fois de plus, ce blog restera vierge.

A bientôt.

Water, D. Mehta

medium_Water.jpgSortie sur les écrans en 2005, "Water" est le troisième volet de la trilogie des éléments de Deepa Mehta. "Fire" et "Earth" ont fait l'objet de précédentes notes (voir 11-02-07 et 18-02-07). Le DVD de "Water" que j'avais acheté à Bombay s'est révélé en mauvais état et j'ai du attendre Kathmandou pour en retrouver un, fonctionnel celui-là.

En 1930, une jeune fille de huit ans, Chuyia, a été marié à un homme plus vieux qu'elle mais habite toujours chez ses parents en attendant sa puberté. Entre-temps, son mari décède et Chuyia se retrouve veuve. Considérée comme impure selon les critères religieux hindouistes, elle est envoyée dans une maison des veuves. Autour d'elle, une histoire d'amour va se créer entre un jeune avocat idéaliste et une jeune veuve, utilisée par la mère supérieure comme prostituée afin de ramener des fonds dans la maison. L'histoire finira tragiquement. Seule Chuyia pourra s'enfuir, rejoignant le Mahatma Gandhi à bord d'un train qui l'emmènera loin du foyer des veuves.
Une fois de plus, Deepa Mehta s'attaque de front aux traditions archaïques de la société indienne. Dans "Fire", elle dénonçait l'intolérance des hommes et le modèle traditionnel de la famille indivise. Dans "Earth", elle dépeignait la montée des fanatismes hindous et musulmans à l'occasion du Partage entre l'Inde et le Pakistan en 1947. Dans "Water", c'est le statut des veuves qui est critiquée. Le film se passe en 1930 mais la situation n'a guère évolué depuis. Dans son livre "l'âge de Kali", William Dalrymple décrit un village de veuves du Gujarat où des veuves de toutes les provinces, rejetées à la fois par la famille du défunt et par leurs propres parents, viennent chercher refuge, vivant dans la misère et l'opprobre général.
A travers le statut des veuves, Deepa Metha attaque aussi le système des castes. Le père du jeune avocat explique tranquillement à son fils, qu'étant un brahmane, il a le droit de coucher avec toutes les femmes, celles-ci recevant ainsi sa bénédiction. Et l'apparition de Gandhi à la fin du film est un hommage à celui qui a remis en cause ce système, appelant les Intouchables les enfants de Dieu et prônant une stricte égalité entre tous les Indiens. Mais, comme j'ai pu l'observer à plusieurs reprises, les vieilles coutumes ont la vie dure en Inde…

06.04.2007

A Kathmandou

Tôt le matin, je retourne dans le quartier de Durbar Square, au cœur de Kathmandou. Construit aux 17ème et 18ème siècles Durbar Square abrite plusieurs temples dédiés aux divinités hindouistes. C'est une lieu sacré, très animé le matin où de nombreux népalais viennent y effectuer, dès l'aube, leur puja quotidien, ce rituel de purification et de dévotion qui marque le commencement de la journée chez les croyants hindouistes. Le Népal d'ailleurs, a réalisé un intéressant syncrétisme entre l'hindouisme et le bouddhisme, réunissant des monuments sacrés dans les deux religions : Durbar Square peut être rattaché à la mouvance indoue, tandis que Bodnath (voir note du 08-04-07) est un lieu de pèlerinage célèbre parmi les bouddhistes tibétains.
On pourrait rester des heures à Durbar Square, anonyme au milieu d'une foule grouillante de croyants. La variété des temples est stupéfiante, depuis celui dédié à Taleju, une déesse indienne devenue la protectrice des rois Malla qui régnèrent sur le pays au 14ème siècle, fermé au public mais dont l'imposante toiture donne un avant-goût de la magnificence, jusqu'au palais d'Hanuman et ses nombreuses cours pavées. Les rues autour de Durbar Square sont déjà bondées et il est parfois difficile de se frayer un chemin entre les vendeuses de légumes sur les trottoirs et les piétons, cyclistes, voire occasionnellement voitures qui remplissent la rue.

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A chaque croisement, un petit temple a été érigé et les croyants qui s'y agglutinent immanquablement ajoutent encore au chaos ambiant. Malgré cette incessante agitation, malgré aussi la pollution et la saleté qui envahissent chaque recoin de la ville, je me sens bien à Kathmandou. Peut-être est-ce le fait d'y revenir, d'être déjà familier avec les lieux.
Dans les années 70, Kathmandou a été une destination prisée par les hippies du monde entier, au même titre que Goa. La tolérance népalaise en matière d'usage de stupéfiants a conduit à l'établissement d'un quartier hippie, centrée autour d'une seule rue, Freaks Street. Aujourd'hui, Freaks Street, située pourtant à quelques mètres de Durbar Square, est délaissée au profit de Thamel, le quartier routard bruyant et animé. De l'époque glorieuse des hippies, il ne reste plus que quelques dealers de hashish qui abordent les touristes discrètement, jetant des coups d'œil apeurés pour tenter de repérer un policier. Ici comme ailleurs, les temps ont changé et le laisser-faire d'entant laisse peu à peu la place à des actions de répression plus sévères.

Samsara, P. Nalin

medium_Samsara.jpg"Samsara" raconte l'histoire d'un jeune moine bouddhiste, Tashi, dont la vocation est ébranlée par la découverte du désir sexuel. L'action se passe dans la province du Ladakh, au nord de l'Inde.
Après avoir passé trois ans, trois mois et trois jours à méditer dans une cave (c'est aussi l'usage au Bhoutan, les denrées sont passées à travers une trappe), Tashi retrouve la vie du monastère et accède au titre de Khenpo, un grade important dans la hiérarchie bouddhiste. Un soir, il rencontre une jeune fille et ils font l'amour jusqu'au petit matin. Cette étreinte passionnée va bouleverser le monde de Tashi. Il va renier ses vœux de célibat et épouser la jeune fille. On le suit alors dans sa vie quotidienne de fermier, entouré de sa femme et de son fils, aidant son beau-père à vendre la récolte en ville. Les années passent, Tashi semble s'ennuyer de plus en plus et, un matin, prend son baluchon et quitte femme et enfant pour redevenir moine. En chemin (ou en rêve), il rencontre sa femme, qui lui dit la douleur qu'elle éprouve (comme des siècles auparavant l'épouse du Prince Siddhârta) à la pensée de se retrouver seule, sans celui qu'elle aime. Mais rien n'y change et Tashi s'en va seul, tel un moine errant dans l'immensité des montagnes.
Chaque image du film est superbe : les scènes du monastère sont tournées dans un clair-obscur traduisant la recherche d'absolu des moines, les scènes de campagne, en décor naturel, sont aussi de toute beauté.
La vie de Tashi s'identifie peu à peu à celle du Prince Siddârtha, qui deviendra le Bouddha. La vie de famille, qu'il a pourtant recherchée, ne suffit plus à combler ses attentes. Même une liaison adultère ne peut le retenir. Le détachement l'emporte et Tashi choisit de suivre la voie qu'avait empruntée celui qui n'était pas encore le Boudhha en 500 av. J-C.
Même si le film est un peu long (2h30), on reste saisi par la beauté des images et la lenteur de l'oeuvre traduit bien l'atmosphère contemplative qu'a voulu distiller le réalisateur. Ce n'est pas un chef d'œuvre mais c'est un film agréable, surtout compte tenu le contexte religieux dans lequel je baigne depuis trois mois.

05.04.2007

The Cup, K. Norbu

medium_the_cup.jpg"The Cup", du même réalisateur que "Travelers and Magicians" est sorti sur les écrans en 1999. Le film raconte comment la coupe du monde de football de 1998 perturbe la vie bien réglée d'un monastère bouddhiste tibétain à Dharamsala.
Apparemment tirée d'une histoire vraie, le film est une comédie bien menée mais qui évoque des problèmes importants auxquels sont confrontées les communautés tibétaines en exil en Inde. Les indiens les accueillent, certes, mais à contrecoeur : les moines sont expulsés manu militari d'une échoppe où ils regardent le match de football, le loueur de télévision augmente ses prix la veille de la finale etc. Mais c'est surtout l'enseignement traditionnel qui est remis en cause dans ce film. La coupe du monde de football n'en est que le prétexte mais il est clair que ces jeunes moines (qui, pour la plupart n'ont pas choisi la vie monacale mais se sont pliés aux desiderata de leurs parents) veulent s'ouvrir au monde et ne supportent que de très mauvaise grâce la discipline moyenâgeuse des adultes. L'époque de la réclusion est passée et il est temps pour les tenants du culte de trouver des méthodes pédagogiques adaptées au monde moderne. J'ai retrouvé dans ce film certains éléments que j'ai pu décrire au cours de mes visites : les deux jeunes muletiers du trek au Bhoutan qui ne se sont pas adaptés à la vie monacale (voir note du 26-03-07), le senior monk armé d'un fouet faisant régner une discipline de fer pendant les séances de prière, les jeunes moines indisciplinés curieux de mon appareil photo et délaissant leurs livres sacrés (voir note du 03-04-07). L'atmosphère particulière de Dharamsala, avec sa cohabitation difficile entre exilés tibétains et indigènes, m'avait aussi frappé (voir note du 19-01-07).

Derniers mots sur le Bhoutan

Encore quelques mots pour conclure. J'aurai finalement passé près de quatre semaines au Bhoutan et encore n'ai-je visité que le centre et l'ouest du pays. L'est du pays, qui présente d'autres caractéristiques, nécessite à lui tout seul au moins 10 jours, tant les conditions des routes sont dégradées et l'éloignement des centres d'intérêt important.

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Les routes bhoutanaises justement sont parmi les plus tortueuses qu'il m'ait été donné d'emprunter. Il y a un virage tous les 100m et la portion de route la plus droite du pays est sans conteste la piste d'atterrissage de l'aéroport de Paro! En conséquence les bhoutanais conduisent lentement et la moyenne horaire dépasse rarement les 25 kilomètres. Je crois que mon chauffeur n'a pas dépassé le 40km/h une seule fois en deux semaines…Mais les conducteurs sont aussi très polis et se rabattent sur le côté pour laisser passer une voiture plus rapide. L'usage du klaxon est limité au strict nécessaire et le conducteur appuie légèrement sur l'avertisseur pour prévenir sans déranger. Le contraste avec l'infernale cacophonie du grand voisin indien est saisissant dès les premiers kilomètres de route au Bhoutan.
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Le côté guide+chauffeur+voiture particulière m'a pesé et j'ai ressenti avec un profond regret le manque d'initiative laissé au touriste. Il faut aussi reconnaître que faire ce programme par ses propres moyens aurait nécessité trois fois plus de temps. Les transports en commun existent mais sont très limités.
Chenda n'a pas eu la vie facile car je n'ai pas vraiment joué le jeu et j'ai toujours essayé, autant que possible, de prendre mes repas, non pas à l'hôtel mais dans des restaurants locaux avec les bhoutanais.
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Au final, en ai-je eu pour mon argent?
L'organisation du trek fût la même pour moi que pour un groupe de quatre personnes, le nombre de mules pratiquement le même et le nombre de personnes dans l'équipe également. Et pourtant, un groupe de 4 va payer 4 x 200US$/jour. Disons que la marge de la compagnie avec un seul client est réduite.
Pour le reste, l'hébergement était de qualité, la nourriture aussi. Guide et chauffeur ont été disponibles, tous les bhoutanais d'ailleurs sont extrêmement prévenants avec les étrangers. Chenda a été un guide convenable mais ses explications étaient parfois sommaires ou alors des paraphrases de ce que j'avais pu lire dans le Lonely Planet.
Le patron de l'agence Bhutan Yak n'a pas ménagé ses efforts lorsque j'ai voulu prolonger mon séjour : billet d'avion, extension du visa, réservation des chambres d'hôtel, il a été à la fois serviable et efficace.
Reste que, en indépendant, le même voyage me serait revenu 6 ou 7 fois moins cher.
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Pourtant, je demeure sous le charme de ce pays si préservé. L'unicité de cette culture millénaire, les forêts de pins à perte de vue dominée par les neiges éternelles, le sourire des habitants, la multiplicité et l'élégance des monuments et des temples, les danses hallucinantes du festival de Tsechu tout cela contribue à faire d'un voyage au Bhoutan une expérience inoubliable. Je retiendrais particulièrement les diverses représentations du bouddhisme tantrique, cela a été une découverte et, même si je suis loin de m'y convertir, j'ai apprécié cette immersion temporaire dans un monde de dieux et de démons, de saints convertisseurs de mauvais esprits, de bouddhas plein de compassion. Il est aussi intéressant de voir les réussites d'un développement contrôlé, d'un pays qui progresse à son rythme, pour l'instant sans trop y perdre son âme.
Mais le pays évolue et s'ouvre de plus en plus aux influences extérieures : l'introduction de la télévision et d'Internet vont dans ce sens, au risque de voir une partie de la culture et des valeurs traditionnelles disparaître. Surtout, il semble que le pays soit arrivé à un stade où l'Etat ne peut plus tout faire et où la grande industrie privée doit prendre le relais. Or les bhoutanais sont habitués à être couvés par leur gouvernement : l'entretien des routes est pris en charge par l'état, les soins sont gratuits. Et on n'inculque pas aux jeunes bhoutanais l'esprit d'entreprise – il semblerait même que les métiers techniques soient délaissés au profit des positions de pantouflage dans l'administration. Bref, les outils sont à mettre en place et le virage d'une économie centralisée au libre marché reste à négocier. A ce titre, le passage à un régime parlementaire multipartite en 2008 sera une expérience intéressante à suivre.

04.04.2007

Dernier jour

Nous repartons de Haa dans le brouillard matinal. Je voulais marcher un peu mais les nuages recouvrent toute la vallée. Le temps ne se lèvera qu'à notre arrivée à Paro.

Aujourd'hui est donc mon dernier jour au Bhoutan ; je m'envole demain à destination de Kathmandou. Je profite des dernières heures en déambulant dans les rues peu animées de Paro. Cette ville, la troisième du pays derrière Thimphu et Phuentsholing, se limite à deux rues parallèles bordées de maisons faisant office de magasin au rez-de-chaussée et de demeure des propriétaires du magasin aux étages supérieurs. Avant 1961, le pays ne connaissait pas les billets de banque, il n'y avait pas d'électricité, aucune route goudronnée et les anciens se souviennent, il n'y a pas si longtemps, de l'arrivée des premières voitures provoquant l'effroi des habitants qui voyaient surgir devant eux ces dragons mythiques crachant de la fumée. L'accès à la médecine moderne a augmenté l'espérance de vie, surtout en diminuant la mortalité infantile. Et l'on observe un pays entre deux époques, qui tente de contrôler sa modernisation et pour qui l'écologie prime sur le développement à outrance. Certaines parties du pays, résidence d'espèces en voie de disparition, sont déclarées parcs nationaux, quand bien même le sous-sol est riche en matières premières. Et l'on se prend à espérer que ce petit pays n'évolue pas trop vite, qu'il reste encore de ces lieux hors du temps, de ces vallées perdues dont la beauté naturelle bouleverse les sens, lieux magiques d'une culture fascinante dont le souvenir reste vivace bien après avoir quitté le pays.

The Tibetan Book of the Dead, B. McLean

medium_Tibetan_Book_of_the_dead1.jpgIl s'agit d'un documentaire tournant autour de la notion de mort chez les populations bouddhistes en Himalaya. Le documentaire est divisée en deux parties qui peuvent être vues indépendamment l'une de l'autre : "A way of life" et "The great liberation". L'action se passe dans le Ladakh et, dans chaque partie, on assiste au cérémonial religieux qui suit le décès. Un moine lit le livre tibétain des morts, console les familles et guide l'âme du défunt vers la renaissance. Selon les croyances bouddhistes, pendant les 49 jours qui suivent le décès, l'âme du défunt erre dans les ténèbres, ne parvenant pas à se libérer de son corps physique, effrayé par des démons qui lui rappellent ses pêchés et dans l'angoisse d'une renaissance sous une forme dégradée. Les moines accompagnent l'âme du défunt au cours de ce processus et décident du jour de la crémation du corps.
Il s'agit d'un documentaire assez dur, où le spectateur affronte la mort en face et sous différents aspects. Un centre d'accueil des malades en phase terminale a été crée aux Etats-Unis basé sur l'enseignement bouddhiste. Plusieurs scènes du film sont tournées dans ce centre et l'on y voit un homme squelettique, sans doute atteint d'un cancer, se préparer à mourir alors que l'un des infirmiers lui lit des passages du Livre Tibétain des Morts. Poignant.

03.04.2007

La vallée de Haa

Après un rapide détour par le bureau de Druk Air pour reconfirmer mon vol du 5 avril, nous prenons la direction de Haa, une vallée située au sud de Paro. C'est ici que pourrait se situer l'action d'"Horizons perdus", dans cet endroit oublié, longtemps coupé du reste du pays et dont les habitants cultivent leur lopin de terre comme ils l'ont toujours fait depuis les temps immémoriaux. Le paysage n'est que champs de blé et rizières autour du fleuve et forêt de pins sur les hauteurs des collines.

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Zone récemment ouverte au tourisme, la vallée de Haa abrite un camp de l'armée indienne, proximité de la frontière tibétaine oblige. Lamentablement, l'armée indienne occupe aussi le dzong de Haa, ce qui en rend la visite impossible. Je me console avec le monastère de Chhundu, datant du 7ème siècle et ses jeunes moines plus intéressés par l'écran LCD de mon appareil photo que par leurs livres de prière.
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Certains officiers de l'armée indienne viennent boire une bière et fumer des cigarettes dans le restaurant de l'hôtel où je loge, sous l'œil désapprobateur des bhoutanais dont la religion bouddhiste a conduit à interdire la vente de tabac dans tout le pays. Après un mois au Bhoutan, j'avais oublié les manières grossières des indiens et leur forte voix qui arrive à couvrir le son de la télévision.

La télévision justement n'a été introduite au Bhoutan qu'en 1999, à peu près en même temps qu'Internet. A cette époque, le Bhoutan était sans doute le dernier pays du monde sans média audiovisuel. Depuis, nombreux sont ceux, parmi les élites cultivées de la nation, qui crient au loup devant la déferlante de chaînes accessibles et soulignent la progressive destruction des valeurs traditionnelles bhoutanaises qu'elle provoque. Les inepties indiennes sont regardées avec passion par les femmes bhoutanaises, parfois au détriment des tâches ménagères et les adolescents semblent de plus en plus réticents à porter le gho au profit des jeans-basket qu'ils voient à longueur de journée sur MTV. Je ne sais pas ce qu'il y a de vrai dans ces affirmations et ce qui relève de l'idéalisation du "bon vieux temps". Par contre, il est sûr que, maintenant que le pari de la modernisation a été fait, il est trop tard pour faire machine arrière et sans doute faut-il s'attendre, dans les années à venir à une profonde transformation de la société bhoutanaise.

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