31.05.2007
To Kill a Mockingbird
"To Kill a Mockingbird" est un film de 1962 tourné en noir et blanc. Gregory Peck y incarne l'avocat Atticus Finch, chargé, dans une petite ville du sud des Etats-Unis, de défendre un noir accusé d'avoir violé une blanche. Le procès de l'accusé est le centre de ce film, dont l'histoire est vue à travers les deux enfants d'Atticus.
L'atmosphère de haine raciste qui subsiste encore dans le sud du pays est rendue ici avec réalisme. L'accusé, quoique le spectateur soit convaincu de son innocence, est pourtant reconnu coupable par le jury populaire et meurt finalement en tentant de s'enfuir. Adapté d'un roman de Harper Lee (inconnu chez nous mais qui figure en bonne place dans les classiques littéraires américains), le film laisse peu d'espoir. La droiture morale d'Atticus Finch – Gregory Peck incarne ici le héros américain par excellence, calme, adorant ses enfants qu'il élève seul depuis la mort de son épouse, mais aussi déterminé et faisant son devoir – ne peut rien devant l'ignorance imbécile et les préjugés raciaux des villageois.
Le film connût un immense succès lors de sa sortie. Aujourd'hui, si le thème reste toujours d'actualité, le film, lui, emble avoir un peu vieilli. L'omniprésence des deux enfants est pénible et on aurait aimé voir le bloc de vertu que constitue Atticus Finch s'effriter un peu de temps en temps, histoire de rajouter une touche humaine chez ce superhéros…
04:53 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, film, voyage, tour du monde
21.05.2007
Fin de parcours
Dernière journée en Inde avant un court retour à Paris pour quelques jours.
Delhi, déjà polluée en temps normal, est carrément devenue irrespirable en cette saison qui précède la mousson. Les établissements qui possèdent l'air conditionné sont rares et les fréquentes pannes d'électricité (4 aujourd'hui) en rendent le fonctionnement plutôt aléatoire. Reste la saison des mangues qui voit fleurir sur les étals des dizaines de mangues jaunes délicieuses que les marchands prédécoupent ou transforment en jus tout aussi savoureux.
Notable consolation pour conclure un voyage difficile dans un pays fascinant aux mille aspects. Je n'ai pas grand-chose de plus à rajouter sur ce que j'avais écrit lorsque j'avais quitté le pays en mars dernier. Ces quelques jours supplémentaires m'auront fait découvrir d'autres régions de l'Inde (Uttar Pradesh et Madhya Pradesh) mais le sentiment général reste le même, celui d'une très grande beauté des sites et d'une franche honnêteté des gens simples mais aussi d'une extrême misère qui conduit trop souvent à des comportements difficilement acceptables.
Je reprendrai ce blog début juin à mon arrivée en Thaïlande. A bientôt.
23:50 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : inde, tour du monde, voyage
State of Nepal, ouvrage collectif
"Sate of Nepal" est un ouvrage collectif commandé par deux éditeurs, l'un indien, l'autre népalais. A travers une vingtaine d'articles écrits par des intellectuels des deux bords, chercheur, anthropologue, historien, journaliste ou diplomate, il se propose de faire le tour des principaux problèmes de société au Népal : ethnicité, religion, politique, royauté, maoïsme, économie, éducation etc. Publié pour la première fois en 2002, il a fait l'objet de rééditions successives chaque année et d'une mise à jour plus complète en 2005. Il faut dire que c'est à peu près le seul ouvrage aussi complet sur le Népal actuel, encore m'a-t-il fallu le rechercher avec persévérance dans la boutique "Pilgrims House" de Kathmandou.
Je pensais ne lire que quelques chapitres de ce livre mais, d'un article à l'autre, d'un sujet à l'autre, impossible de m'en défaire et j'en ai fait mon livre de chevet toutes ces deux dernières semaines.
- L'histoire récente du Népal, pays qui n'a jamais connu la colonisation, a été marquée par trois périodes distinctes : 1950-1959, l'accès à l'indépendance et une tentative de démocratie parlementaire, rapidement mise au pas par le roi Mahendra. 1959-1990, interdiction des partis politiques et instauration du "Panchayat", un système de gouvernement qui, sous une apparence de conciliation nationale, mettait tous les pouvoirs dans les mains du roi. En 1990, un mouvement populaire aboutit à la suppression du Panchayat au profit d'un régime parlementaire multipartite qui perdure de nos jours. Le roi est en retrait mais son effacement relatif est regretté par certains. Les partis politiques se sont en effet largement discrédités pendant les 15 années de démocratie, faisant du Népal l'un des pays les plus corrompus du monde.
- En 2001, le dauphin du roi assassine son père, sa mère et plusieurs autres membres de la famille royale avant de se donner la mort. Quoique toute la lumière n'ait jamais été faite sur cet épisode tragique, il semble que l'origine de l'acte vienne d'une déception amoureuse _ le prince héritier n'ayant pas reçu l'accord de ses parents pour épouser sa dulcinée. Toujours est-il que c'est le frère du roi, Gyanendra, en voyage ce jour-là qui règne à présent sur le royaume du Népal.
- La population népalaise – 23 millions d'habitants – est constituée de plusieurs dizaines d'ethnies parlant autant de langages différents. Le népalais n'est parlé que par 30 à 40% de la population. Un système de castes dérivé des Lois de Manu a été mis en place au 19ème siècle, aboutissant à la suprématie de certaines ethnies (Bahun, Chhetri, Newar) qui forment jusqu'à aujourd'hui la majorité de l'intelligentsia népalaise.
- Une insurrection d'un groupe d'extrémistes de gauche – les Maobadi, partisans d'une philosophie marxiste-leniniste-maoïste – a commencé en 1996 et les rebelles se sont engagés dans une guérilla meurtrière (suite à l'éviction de leur parti de l'Assemblée Nationale). Après avoir fait plus de 3000 victimes (cibles militaires pour la plupart, peu de civils) et sous l'égide du roi Gyanendra, les maoïstes se sont engagés à arrêter leurs actions violentes et participent à présent au gouvernement, permettant ainsi au Népal de retrouver un potentiel touristique qui avait diminué ces dix dernières années.
- Une importante diaspora népalaise est disséminée en Asie, plus particulièrement en Inde où leur nombre est estimé à près de 6 millions. Pourtant, les liens entre ces émigrés et leur pays d'origine ont tendance à se distendre, les népalais vivant à l'étranger étant finalement peu désireux de rentrer chez eux, où une forte discrimination ethnique existe encore.
- Les années 1990 ont vu décupler le nombre d'ONG travaillant au Népal. On en dénombre plus de 11000 de nos jours, employant près de 40000 personnes et le bilan du développement est plutôt mitigé. Franchement négatif même à en croire certains articles, que l'on peut cependant raisonnablement taxé de chauvinistes. Il n'en reste pas moins vrai que l'absence d'indicateurs de performance rend difficile l'évaluation du travail des ONG. Le Népal reste l'un des pays les plus pauvres du monde : 75% de la population vit sous le seuil de pauvreté fixé à un revenu annuel de 150US$.
- Les aspects de l'éducation ont été négligés par les gouvernements successifs qui se sont succédés depuis 1990. Sur 1000 enfants népalais, 700 vont à l'école mais seuls 70 arrivent jusqu'au niveau BEPC. L'examen est réussi par 14 d'entre eux. 2 finalement auront leur baccalauréat. Bien que le nombre d'écoles et de lycées se soit multiplésr depuis les années 50, la qualité du système éducatif public reste lamentable. Quelques écoles privées ont pris le relais et obtiennent des résultats encourageants mais, outre le fait qu'elles ne s'adressent qu'aux fils de familles aisées, leur emplacement tend à renforcer l'hégémonie de la région de Kathmandoui au détriment des provinces plus éloignées et, souvent, plus peuplées.
Au final, on retire l'impression d'une société profondément inégalitaire. Je n'ai pas mentionnée le statut des femmes mais on aura compris qu'elles sont encore sous-représentées dans la société publique, quoiqu'elles soient de plus en plus présentes, notamment depuis l'avènement de la démocratie en 1990. Du point de vue économique également, corruption et népotisme empêchent le décollage du pays, tandis que, dans le même temps, le Népal devient un lieu de passage des marchandises de contrebande chinoise à destination du marché indien. Enfin, le jeu démocratique est faussé par les ambitions personnelles de politiciens véreux et l'absence de politique à moyen terme. Peu de raisons d'espérer sinon le développement de l'industrie touristique et la prolifération des moyens d'informations qui, comme le présent ouvrage, devraient aider à dresser un bilan clair du pays et proposer des solutions réalistes.
10:40 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nepal, litterature, tour du monde, voyage
20.05.2007
Retour à Delhi, via Gwalior
Le peu d'intérêt de Gwalior en dehors de son impressionnante citadelle de 3 kilomètres de long m'incite à ne pas y séjourner et à prendre un billet de train pour Delhi aujourd'hui même. C'est aussi que je n'ai pas pu réserver un billet pour le lendemain – l'employé au guichet ayant fait près peu d'efforts, se contentant de me répondre que toutes les places étaient déjà réservées pour tous les trains du matin et que je n'avais qu'à prendre mon billet au dernier moment, ceci après avoir passé plus de 45 minutes dans une queue de laquelle il avait déjà renvoyé sans ménagement plusieurs des personnes qui me précédaient… - et, m'envolant le lendemain soir de Delhi, je ne veux pas risquer de surprise de dernière minute, comme les chemins de fer indiens en sont coutumiers.
De toutes façons, il fait beaucoup trop chaud pour faire quoique ce soit. La chaleur épouvantable qui règne nuit et jour en cette saison échauffe aussi les esprits. Au guichet de réservation, deux hommes se sont presque battus parce que l'un a essayé de passer devant l'autre. Dans le train qui m'amène à Delhi, le contrôleur a insulté un passager pendant vingt bonnes minutes pour une vague histoire de réservation de billets. Plus tôt déjà, dans le bus qui m'amenait de Orchha à Gwalior, le chauffeur a du arrêter le moteur et descendre donner un coup de main à son contrôleur qui se faisait tout simplement molester par un passager refusant de payer son billet! La légendaire douceur des indiens est soumise à rude épreuve par les temps qui courent…
Mais je fais tout de même un bon voyage entre Gwalior et Delhi. Je tombe dans un compartiment où il y a un peu de place, mais surtout des gens sympathiques, dont un électricien spécialisé dans les projets nautiques et qui parcourt le monde dans tous les sens depuis plus de 30 ans. Mes autres voisins sont gentils également. L'un d'eux, un jeune homme d'une vingtaine d'années me demande soudain : "Are you an engineer?". Je réponds par l'affirmative, me demandant si ma profession est décidément écrite sur mon visage, en hindi qui plus est. Mais il me donne l'explication : "That's why you are reading a book!", faisant référence au Lonely Planet que j'avais sorti quelques instants auparavant pour relire le chapitre sur Delhi. Bref, en Inde, si on lit un livre en voyage, on est forcément ingénieur!
23:25 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inde, tour du monde, voyage
19.05.2007
De Kajuraho à Orchha
Je quitte Khajuraho par le premier bus du matin, à 5h30 mais celui-ci est déjà bondé et, malgré la desserte de plusieurs villes intermédiaires, il le restera jusqu'à ce que j'en descende, près de 5h plus tard.
Orchha fût une puissante capitale du royaume Rajput entre le 14ème et le 18ème siècle. Il en reste une impressionnante citadelle sise sur les bords de la rivière Betwa et quelques temples dans les environs immédiats, ainsi qu'un ensemble de cénotaphes à côté des ghats jouxtant la rivière. Je retiendrai surout la visite du temple de Lakshmi Narayan, situé à un kilomètre de la ville et qui possède des fresques murales du 17ème siècle de toute beauté.
Pourtant, la vie est terriblement difficile pour ces communautés de paysans. L'état du Madhya Pradesh fait partie, avec le Bihar et l'Uttar Pradesh, des états les plus peuplés de l'Inde. La densité de population y atteint les 900 habitants au kilomètre carré (contre 320 de moyenne nationale – la France étant à moins de 100) et ce que l'on appelle la plaine gangétique regroupe le quart de la population indienne. Entre les inondations récurrentes en période de mousson et la terrible saison sèche qui les précèdent, les aléas climatiques dictent les conditions de vie et perturbent chaque année le travail déjà pénible des cultivateurs. Largement délaissée par la majorité des visiteurs qui se dirigent en priorité vers le Rajasthan, cette région, pourtant riche d'une culture tout aussi fascinante, ne peut pas compter sur l'industrie touristique pour se développer. Pour nourrir une population toujours plus importante, l'avenir passe par la régulation du flux des rivières pour éviter à la fois sécheresse et débordement et donc par la construction de barrages en amont, au Népal d'où coule 70% de l'eau qui irrigue la région. Mais ceci implique des négociations au plus haut niveau entre les deux pays car si l'Inde a besoin d'eau, le Népal, lui, veut exporter de l'électricité pour renflouer ses caisses désespérément vides. C'est en tous cas un des nombreux exemples où l'on sent que les destins des deux pays dans le futur seront irrémédiablement liés.
23:25 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inde, tour du monde, voyage
8-1/2, F. Fellini
"8 ½" est un film presqu'autobiographique de Frederico Fellini.
Un réalisateur en manque d'inspiration suit une cure de jouvence dans une station thermale et essaye de penser son film au milieu d'une galerie de personnages loufoques : producteur impatient, actrice extravertie, critique cinématographique impitoyable, etc. Là-dessus déboulent sans prévenir sa maîtresse et sa femme légitime qui, chacune, lui font des scènes, parfois violentes, lui reprochant son manque de sensibilité. Devant tous ces problèmes, le réalisateur se réfugie dans un univers onirique, peuplé de souvenirs d'enfance mais où tout marche à sa guise.
Marcello Mastroianni interprète l'alter ego de Fellini dans le film et sa composition, à la fois détachée et pathétique, est émouvante. Fellini mélange allègrement le rêve et la réalité dans une oeuvre d'accès un peu difficile. Les dialogues sont riches et ambigus, comme il se doit pour un film à la limite parfois du documentaire, où l'auteur joue avec le spectateur et qui nous fait réfléchir au travail de création, à l'envahissement de l'œuvre dans la vie personnelle de son auteur, aux souvenirs de l'enfance qui commandent le comportement de l'adulte. La caméra vole d'une scène à l'autre et le temps passe vite devant ce spectacle pourtant assez long (près de 2h30), porté aussi par une musique enivrante de Nino Rota.
La première scène du film où l'on voit le réalisateur s'étouffer dans sa voiture sous le regard voyeur des autres conducteurs est passée à la postérité. Tout comme l'ensemble du film en fait, à la fois étape importante de la carrière de Fellini et réflexion majeure sur le cinéma.
09:51 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voyage, tour du monde, cinema, film
18.05.2007
A Khajuraho
Khajuraho est célèbre pour les sculptures érotiques qui ornent ses temples.
Il y a plusieurs groupes de temples disséminés à travers la ville mais les mieux conservés forment un ensemble compact à l'ouest de la ville. Parmi eux, les temples de Lakshmana et Mahadeva, remarquablement préservés, fascinent par leur pourtour ciselé d'une finesse impressionnante. Construits entre le 10ème et le 12ème siècle sous les dynasties des rois Chandella qui régnèrent à cette époque sur tout le nord de l'Inde, les temples font partie d'un ensemble architectural homogène qui comportaient plus de 85 éléments. Il n'en reste aujourd'hui que 25.
La forme extérieure des temples, si particulière, fait pourtant penser à du déjà-vu ailleurs au cours de ce voyage. A Belur et à Halebid, à quelques kilomètres de Mysore, dans la Karnataka (voir note du 15-02-07), deux temples jaïn de la période Hoysala présentaient le même design. Mais les fresques sont différentes. Les représentations féminines des temples de Khajuraho plongent directement dans l'idée que l'on se fait de l'érotisme en Orient. Elles constituent la réalisation de nos fantasmes sur les moeurs sexuels d'un continent qui, le premier, a codifié les jeux de l'amour sous la forme d'un manuel, le Kamasutra. Et, encore aujourd'hui, on ne peut s'empêcher d'être fasciné et séduit par les positions lascives des femmes, parfois représentées simplement en train d'écrire une lettre d'amour mais avec quel audace!
Encore une fois, je ne peux m'empêcher de plaindre ce pays qui faisait preuve hier d'une telle inventivité et d'une telle sensibilité artistique – tous ces temples sont de véritables hymnes à la beauté – et qui sombre aujourd'hui dans l'hypocrisie puritaine et dans le fondamentalisme religieux.
23:40 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inde, tour du monde, voyage
17.05.2007
De Varanasi à Khajuraho
Je quitte Varanasi avant l'aube. Cette ville, décidément, aura regroupé ce que l'Inde compte de plus émouvant et de plus repoussant. Les pèlerins sont en général des gens âgés, mourrant pour certains, tel ce vieillard que j'ai vu faire ses ablutions dans le Gange ; on aurait dit que son corps, si maigre, allait se disloquer tandis que avaler et recracher l'eau du fleuve le laissait épuisé, un râle d'agonie sortant de sa maigre poitrine à chaque mouvement. Mais Varanasi représente aussi en condensé tout ce qui fait le côté pénible d'un voyage en Inde : rabatteurs insistants et mutliformes, gamins en haillons mendiant dans des rues sordides, chèvres et vaches en liberté arrosant de leurs excréments chaque centimètre carré de terrain, conducteurs de rickshaws sournois et vicieux prêts à tous les coups fourrés pour arnaquer le touriste, saleté repoussante partout et odeurs infernales renforcées par une chaleur étouffante depuis le matin jusqu'au soir. Et, hormis le spectacle des ghats, la ville ne possède aucun intérêt culturel. Ce n'est pas le moindre des paradoxes que cette ville sainte, réputée dans le monde hindou, lieu de pèlerinage depuis des siècles, ne possède pas même un temple digne de ce nom.
Qui plus est, la petite communauté musulmane, spécialisée dans le tissage de la soie, a bâti une imposante mosquée sur les bords du Gange qui semble curieusement dominer cette ville, pourtant terre sainte d'une religion concurrente.
Et la gare routière, une fois de plus, semble le dortoir de la ville, minable abri pour ceux qui n'en ont pas et qui transforment ce lieu déjà sale en urinoir à ciel ouvert. Le bus pour Khajuraho démarre à 4:30 du matin. C'est que le voyage est long pour parcourir les 450 kilomètres qui séparent les deux villes et je n'arriverai qu'en début de soirée, accompagné par un terrible orage dont les éclairs illuminent des étendues de plaine à perte de vue. A la gare routière de Khajuraho, je me débarrasse promptement du seul rabatteur ayant eu l'audace de braver l'orage et saute dans un rickshaw, direction le centre-ville, plongé dans le noir suite à une panne d'électricité.
23:45 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inde, tour du monde, voyage
16.05.2007
Dernier jour à Varanasi
Pour ce dernier jour à Varanasi, je commence à l'aube par un tour de bateau le long du Gange. Il fait encore frais à 5h du matin mais déjà les pèlerins se pressent aux abords des ghats pour effectuer leur puja quotidien.
Perturbée par quelques gouttes de pluie, la croisière est tout de même agréable et constitue sans doute le meilleur moyen de découvrir cet aspect de la ville, loin des odeurs nauséabondes qui infestent chaque recoin des rues et font suffoquer de dégoût les touristes se promenant à pied.Au sud de la ville, un peu éloigné de l'agitation ambiante, le musée abrité dans la Citadelle de Ramnagar contient quelques pièces intéressantes (salle des armes notamment) mais l'ensemble est gâché par le lamentable état de conservation des objets exposés. J'avais dit la même chose du musée d'histoire naturelle de Calcutta et ceci est valable pour la plupart des musées indiens. Tout se passe comme si, une fois mises en vitrine, plus aucun entretien n'était effectué sur les pièces des musées, pas même un minimum de dépoussiérage, sans parler de l'installation d'une lumière optimale ou de vitres anti-reflets. La conservation et l'exposition du patrimoine ne fait pas partie des mœurs locales.
En parlant de mœurs locales, je tombe aujourd'hui sur un article du magazine Indian Week daté de cette semaine et intitulé "India – the Big Hypocrisy". J'y apprends que l'acteur Richard Gere est poursuivi en justice pour avoir embrassé (sur la joue…) une actrice indienne lors d'un gala télévisé destiné à sensibiliser les spectateurs à la maladie du SIDA. Et le journaliste de multiplier les exemples absurdes où les ligues de moralité hindouistes attaquent en justice certains acteurs de la société civile pour outrage aux bonnes mœurs. Ce n'est pas vraiment une surprise, les codes bollywoodiens, dont nous avons eu l'occasion de parler à plusieurs reprises, dérivant largement de ce puritanisme déplacé.
En 1992, à Ayodhya, pas très loin de Varanasi justement, un groupe de fondamentalistes hindous a purement et simplement détruit une mosquée sous le prétexte qu'elle était situé sur le lieu de naissance de Rama, massacrant au passage des milliers de civils, musulmans pour la plupart. Difficile ensuite de ne pas voir dans ces foules innombrables qui se précipitent dans les eaux du Gange pour se purifier, les jouets dociles de conservateurs hindouistes dont le vrai visage se montre par intermittence dans ces actions en justice d'un autre âge ou dans les actes de folie destructrice à l'encontre des autres communautés, musulmanes souvent (voir le film "1947 – Earth" de Deepa Mehta) mais aussi bouddhistes dans le passé ou, plus récemment, sikhs (bombardement du Temple d'Or d'Amritsar par les armées d'Indira Gandhi en 1984).
23:45 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : inde, voyage, tour du monde
Hotel Rwanda - T. George
"Hotel Rwanda" retrace l'histoire vraie d'un Hutu, Paul, gérant de l'Hôtel des Mille Collines à Kigali qui a sauvé plusieurs centaines de Hutus et de Tutsis lors du génocide de 1994.
Je traîne ce film généreusement prêté par mon ami Eric depuis quelques mois déjà et, soit que le continent africain ne m'attire décidément pas, soit que je me sois plongé un peu trop profondément dans les religions hindouistes et bouddhistes, j'avais complètement oublié jusqu'à son existence. Regrettable erreur, heureusement rattrapée car c'est un très bon film. Le conflit interethnique entre Tutsis et Hutus est présenté comme une absurdité, les deux ethnies se côtoyant depuis tant de générations qu'elles ont fini par se mélanger complètement, rendant la différenciation presqu'impossible et les racines du conflit bien obscures. Les forces de l'ONU (Nick Nolte émouvant dans un petit rôle) font ce qu'elles peuvent mais demeurent impuissantes devant la désertion des grandes puissances occidentales. Et l'on assiste, avec la même impuissance que les centaines de rwandais prisonniers dans leur hôtel 4 étoiles à un génocide perpétré en toute impunité par des bandes armées de mercenaires indépendants galvanisés par la voix anonyme de Radio Hutu et que personne ne semble contrôler. Il se dégage de ce film bien mené et sans temps mort (dans un style différent et, à mon sens, mieux adapté que "Diamants de sang") un sentiment d'injustice devant de tels actes de cruauté et, rétrospectivement, un sentiment de honte d'avoir assisté à un tel spectacle – c'était il n'y a pas si longtemps – sans avoir pris conscience de l'ampleur des massacres. Plus d'un million de personnes ont péri en l'espace de quelques mois.
17:50 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, film voyage, tour du monde

