30.06.2007
A Olgii
Le matin, je dis adieu à Aji qui rentre dans son village d'Altaï. Et puis je tourne un peu en rond dans la ville, pas grand-chose à faire dans ce village décidément. J'en profite pour regarder quelques films : "The Good German", le dernier Soderbergh qui raconte les rivalités américano-russes autour d'un savant allemand dans le Berlin de l'immédiat après-guerre. C'est un bon film et Cate Blanchett fait une performance émouvante. Puis "Taboo", une nullité japonaise qui traite de l'homosexualité chez les samouraïs au XIXème siècle. A fuir.
Tandis que je m'étais décidé à rentrer sur Ulan Bator en avion, le soir, dans le seul restaurant acceptable de la ville, je rencontre Mandoline et ses trois compagnons. J'avais croisé Mandoline, jeune danseuse américano-française, dans le train qui m'amenait de Beijing à Ulan Bator. Elle a voyagé en jeep depuis Ulan Bator et s'apprête à repartir par le même moyen, en passant par le nord du pays. Deux de ses compagnons rentrent en avion dans deux jours, aussi y-a-t-il de la place dans leur jeep pour le retour. Je décide de me joindre à eux.
Ainsi, une nouvelle fois, ce blog va s'interrompre pendant quelques jours. Nous devrions rejoindre Ulan Bator aux environs du 11 juillet. A bientôt.
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How green was my valley - John Ford
Je crois avoir vu presque toutes les œuvres majeures de John Ford, depuis "la poursuite infernale" (My Darling Clementine), jusqu'à "la prisonnière du désert" (The Searchers) en passant par "L'homme qui tua Liberty Valance " (The man who shot Liberty Valance) ou encore "Les raisins de la colère" (Grapes of wrath, adapté du livre de John Steinbeck). Et puis à Kathmandou, j'ai mis la main sur un film qui manquait à ma collection.
"How green was my valley" est sorti sur les écrans américains en 1941, à peu près au moment où les américains entraient dans la seconde guerre mondiale. L'action se passe au pays de Galles à la fin du XIXème siècle et raconte les déchirements d'une famille de mineurs gallois dans un petit village à travers les yeux du benjamin de la famille.
Initialement, le producteur du film, le légendaire Darryl F. Zanuck, avait l'intention de tourner au pays de Galles mais la seconde guerre mondiale a contrecarré ses plans et les collines galloises ont été recréées en Californie, le tournage s'effectuant du coup en noir et blanc pour des raisons d'authenticité. C'est sans doute mieux ainsi car le noir et blanc s'adapte bien aux scènes dans la mine de charbon.
Adaptant un roman de Richard Llewellyn qui avait connu un grand succès aux Etats-Unis quelques années auparavant, Ford effectue un superbe travail de mise en scène et de direction d'acteurs. Il arrive à recréer les débuts de l'industrialisation, les conditions misérables des mineurs, malgré tout fiers de leur métier, l'atmosphère dans ce petit village entre les fêtes collectives, les drames de la mine et l'hypocrisie bourgeoise encouragée par certains pasteurs protestants. Et il tire d'une tragédie moderne des raisons pour rester optimiste.
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29.06.2007
Du 17 au 29 juin, trek de l'Altaï
Nous quittons Olgii à 10h. Toujours cette même jeep de fabrication russe qui nécessite des soins constants (rajout d'eau et d'huile à peu près toutes les heures) pour une vitesse de pointe n'excédant pas les 60km/h.

Au moins aujourd'hui, ne sommes-nous que trois à l'intérieur. Je suis accompagné par Aji, un kazakh, mon guide pour les deux semaines à venir et Rachida qui sera notre cuisinière.
La piste vers le village d'Altaï, point d'entrée du parc national qui porte son nom, coupe à travers d'immenses pâturages aux limites indistinctes. Ici, pas de barrières ni de fils barbelés ; les éleveurs se répartissent à l'amiable les pâturages pour leurs bêtes. Ce que j'ignorais en revanche, c'est que cette répartition n'est pas figée, elle évolue d'une année sur l'autre. Il ne faut pas qu'un même type de bête broute chaque année au même endroit. Sinon, leurs excréments, de fertilisants deviennent poisons et l'herbe ne pousse plus.
Au village d'Altaï, nous déjeunons dans la maison d'Aji. Il est professeur d'anglais pendant l'année scolaire et profite des vacances pour arrondir ses fins de mois. Le repas est, me dit-il, typiquement kazakh : viande séchée (mouton et cheval) et pâtes fait maison. Plutôt infect à vrai dire et je me force pour y faire honneur.
Nous reprenons la route, direction le lac de Chigertei, première étape du trek. Le lieu du campement est superbe, avec les sommets neigeux qui se détachent à courte distance. Pas loin, des familles de nomades ont élevé leurs yourtes. C'est là qu'elles vont passer l'été et une partie de l'automne, avant de redescendre dans la vallée pour rejoindre leurs quartiers d'hiver.
C'est aussi auprès d'une de ces familles que nous louons les chevaux qui, dans un premier temps, vont transporter tout notre matériel pendant que nous irons à pied. J'ai voulu effectuer la première semaine ainsi, gardant la randonnée à cheval pour les derniers jours. Les chevaux n'étant pas disponibles immédiatement, nous passons la journée autour du lac de Chigertei. Journée pas vraiment perdue puisque j'en profite pour aller explorer des vallées voisines, certaines offrant une superbe vue sur les environs.
Finalement, le lendemain, 19 juin, nous partons tôt avec trois chevaux, l'un chevauché par Rachida, les deux autres portant notre équipement et guidés par Aji et Samen, le propriétaire des chevaux. Très vite, nous perdons de vue le lac de Chigertei mais c'est pour trouver, à quelques heures de marche, un joli lac entièrement gelé au bord duquel nous déjeunons. L'après-midi se passera entre averses et éclaircies mais cela ne suffit pas à gâcher la promenade. Nous sommes tous seuls dans un décor grandiose dont le silence n'est troublé que par les cris intermittents des marmottes que nous croisons au passage.
Nous avons un cheval fatigué et cela retarde notre marche. Lorsque nous rejoignons une piste, un camion vide se propose de transporter notre équipement jusqu'au lac de Dayan Nuur où nous devons déjeuner. Cela libère les chevaux et, tandis que Samen monte dans le camion, Rachida, Aji et moi pouvons monter les trois chevaux et parcourir au petit trot les quelques kilomètres qui nous séparent du lac. Nous passons ensuite une longue et monotone après-midi à lutter contre un vent violent jusqu'à atteindre un petit ru au bord duquel nous passerons la nuit. A peine arrivés, des centaines de moustiques nous attaquent. Difficile de rester dehors et ils arrivent à se faufiler à l'intérieur de la tente, pourtant protégée par une moustiquaire. Heureusement, avec le coucher du soleil, la température baisse brusquement et ces saletés disparaissent. Ce sera d'ailleurs la nuit la plus froide du séjour : il fera à peine 1°C peu avant l'aube.
Ces mêmes moustiques provoqueront notre départ précipité le lendemain matin. En fait, tout le plateau en semble infesté et, même s'ils nous laissent tranquilles lorsque nous sommes en mouvement, nous devrons marcher près d'une heure pour en être définitivement débarrassés. Bientôt, nous arrivons au bord du lac de Hoton Nuur, le plus grand lac du parc, que nous allons longer pendant les deux prochains jours. Apparaissent aussi quelques forêts de pins et le paysage prend tout à coup un caractère alpestre assez marqué. Sauf qu'il n'y a pas âme qui vive. Tout juste croisons-nous quelques bergeries inoccupées, les familles de nomades ayant déjà pris leurs quartiers d'été au bord du lac de Chigertei où nous avions campé les deux premières nuits. Le soir, en discutant avec Aji, j'apprends qu'il est lui-même le fils d'une famille d'éleveurs. Ses parents continuent à élever du bétail, secondés à présent par leur fils cadet qui se prépare à prendre leur succession. Mais eux ne louent pas leurs chevaux, par manque de main d'œuvre d'une part et d'autre part parce que le bénéfice qu'ils en retireraient serait plutôt réduit : un cheval coûte 5US$/jour à la location, écuyer compris.
Le matin du 22 juin, pour la première fois depuis 6 jours, je croise d'autres touristes, un groupe de cinq personnes accompagné d'un chauffeur et qui ont fait le trajet Ulan Bator – Altaï dans une espèce d'imitation combi Volkswagen de fabrication russe. Trois d'entre eux sont partis faire une randonnée à cheval et nous les croiserons en milieu d'après-midi, à la traversée d'une rivière. L'un d'eux, un jeune anglais, a été déséquilibré au bout de quelques mètres et a fait une chute spectaculaire dans l'eau glacée. Adieu le bel appareil numérique dernier modèle… Tout cela a beaucoup amusé les kazakhs qui ont assisté à la scène.
Un peu plus loin, nous sommes invités par une famille de nomades dans leur yourte. C'est la première fois que je pénètre dans cette habitation typique et je suis surpris par la richesse de la décoration intérieure. Les lits sont disposés selon la circonférence tandis que des tapis accrochés au mur font office d'isolation. Au sol rien (dans celle-là tout au moins, car j'en visiterai d'autres où un genre de plastique est hâtivement jeté au sol), les meubles sont posés directement sur l'herbe. Au centre, un poêle avec un échappement vertical. Au sommet, une ouverture pour aérer l'ensemble mais aussi par tradition : le premier mongol est supposé avoir été enfanté dans un yourte par un dieu entré précisément par cette ouverture pour féconder la déesse-mère. Aujourd'hui, les nomades utilisent des panneaux solaires pour faire fonctionner leur téléviseur et reçoivent les chaînes via une antenne satellite! A côté du poêle, une table est surchargée d'en-cas traditionnels que j'avais déjà observés chez Aji. Tout est à base de lait mais tout est infect : fromage séché quasi immangeable tant il est dur (il faut en fait le sucer…), yaourt cru mais solide et amer, beurre rance etc. Même le thé traditionnel, dont les kazakhs raffolent, est infâme : ils coupent le lait frais avec de l'eau et rajoutent quelques feuilles du plus mauvais thé chinois. Pas de sucre. Le résultat n'a aucune saveur.
Surprenant également, la manière de prendre congé. Chacun finit son thé et s'en va. Pas de remerciements, pas de salutations. La rudesse du climat déteint sur les mœurs des habitants.
Le lendemain, une longue demi-journée de marche nous amène à l'extrême nord du lac de Hoton Nuur. Un camp militaire y est établi et c'est là que nous louerons les chevaux pour continuer le trek.
Peu après notre arrivée, nous voyons s'arrêter une jeep et en descendre trois passagères. Ce sont trois israéliennes, que j'avais déjà rencontrées à Olgii et dont j'avais alors poliment décliné la proposition de me joindre à elles pour le trek. A présent, elles font demi-tour, n'ayant pas pu franchir un col enneigé à 3500m, que nous devrions atteindre dans deux jours. Elles cherchent un téléphone pour contacter le gérant de l'agence à Olgii afin qu'il leur envoie un véhicule. En fait elles ne trouveront jamais de téléphone autre qu'au camp militaire où la permission de l'utiliser leur sera refusée. Elles n'auront d'autre choix que de retourner en stop à Olgii, ce qui leur fera perdre près de trois jours. C'est ce que j'apprendrai, lorsque je les reverrai, quatre jours plus tard, au camp de base de Tavan Bogd.
Le matin du 24 juin, notre soldat-écuyer est à l'heure avec ses trois montures. Et notre équipe compte à présent un membre de plus, soit quatre accompagnateurs pour un seul touriste. On frise le ridicule.
C'est en tous cas la première journée entièrement à cheval. Nous allons au pas et, parfois, au petit trot. En plus des hommes, chaque bête porte son lot de colis et, même solidement harnachés, on ne peut pas aller trop vite sous peine de rompre les attaches. Ce n'est pas le but d'ailleurs et mieux vaut profiter du paysage verdoyant. Nous remontons la vallée de la Rivière Blanche, ainsi nommée en raison de la couleur laiteuse de son eau.
Le soldat-écuyer, dont le nom mongol est imprononçable, a été constamment entouré d'une nuée de mouches ; on croirait qu'il les élève sous son crâne.
La taille mise à part, il est le sosie du Jack Palance de "l'homme des vallées perdues" (Shane de George Stevens, 1953), en beaucoup moins méchant heureusement…Le lendemain, nous n'arriverons au col qu'en début d'après-midi, après avoir quitté la vallée de la Rivière Blanche en bifurquant à l'est. Au début, pas de trace de neige, sinon par intermittence mais rien sur le chemin. Mais bientôt nous comprenons la nature de l'obstacle qui avait fait reculer les trois israéliennes et, après elles, deux russes que nous avons croisés la veille. Une crête d'environ 100 mètres est entièrement recouverte d'une épaisseur d'1,5m de neige. Par chance, un sillon existe désormais. Il a été tracé le matin même par une impressionnante expédition de dix américains et canadiens. Ayant dû rebrousser chemin hier, ils ont creusé toute la matinée pour pouvoir traverser aujourd'hui. Eux ont des chameaux pour transporter leur équipement et j'assiste, sidéré, au passage des bactriens dans la neige, l'un des spectacles les plus incongrus qu'il m'ait été donné de voir.
Après avoir aidé l'expédition américano-canadienne à faire passer leur tonne d'équipement de l'autre côté, nous profitons à notre tour du passage. Puis nous descendons rapidement jusqu'à un cours d'eau bordé de quelques yourtes. C'est là que nous allons camper cette nuit.
Toute la nuit du 25 au 26 juin, un vent glacial a soufflé. Je porte gants et bonnet, tandis que nous continuons notre descente vers Tavan Bogd, ultime étape de ce trek. Nous y arrivons en fin de matinée. La vue depuis un promontoire surplombant la vallée est proprement hallucinante, avec le massif de Tavan Bogd Uul (4374m), le plus haut sommet de Mongolie qui se détache à l'horizon.
L'après-midi, Aji et moi partons voir un site de pétroglyphes, à 2 heures de cheval du camp. Sur une pierre plate, il y a en effet de nombreux dessins d'animaux. Bien malin qui pourrait dire s'il s'agit là de vestiges préhistoriques ou de gribouillis sans intérêt des gamins des familles de nomades. Aji m'assure que des archéologues sont venus nombreux et certifie que les dessins sont "very old". Plus tard, de retour à Olgii et en consultant mon guide, j'en aurai la confirmation mais je n'en connais toujours pas l'époque.
Je passerai mes deux derniers jours dans le parc à explorer la vallée de la Rivière Blanche que nous avons rejointe hier. Tout d'abord en escaladant une petite montagne, la plus petite des environs mais aussi la seule dont l'ascension ne nécessite pas d'équipement d'alpinisme. Puis, le lendemain, alors que nous avons rendu les chevaux à leurs propriétaires, Aji et moi longeons la Rivière Blanche en direction du joli glacier de Tavan Bogd Uul.
Et le 29 juin, je quitte à regrets la parc national de Altaï Tavan Bogd. Il nous faudra près de 7h pour parcourir les 200 kilomètres de mauvaise piste qui nous ramènent à Olgii. Nous revenons avec un jeune touriste israélien. Faisant partie d'une groupe de six, il a essayé de louer des chevaux avant-hier mais sans succès : l'un de ses compagnons est tombé de cheval au bout de quelques mètres, tandis qu'un autre recevait un vilain coup de sabot au moment où il s'apprêtait à chevaucher sa monture. Devant tant d'agressivité chevaline, ils ont préféré écourter leur séjour dans l'Altaï.
Fini donc le trek de l'Altaï. En termes de paysages, d'immensités vierges, c'est sans doute ce que j'ai vu de plus beau jusqu'à présent. Et parcourir ces vastes étendues à cheval en renforce encore le charme.
Par contre, trekker dans le massif de l'Altaï nécessite une logistique lourde et je ne regrette pas d'être passé par une agence (Blue Wolf Travel, http://www.BlueWolfTravel.com). Les seuls qui ont pu franchir le col à 3500m sont l'équipe d'américano-canadiens équipés comme pour une expédition au Pôle Nord et mon groupe. Tous les autres ont rebroussé chemin, parfois même n'ont pas pu quitter le camp de base comme les six israéliens. La location des chevaux est difficile car peu de familles de nomades en fournisse, surtout en cette période de migration estivale. C'est premier arrivé, premier servi.
Enfin, les relations avec les kazakhs ne sont pas toujours faciles. Minorité musulmane dans un pays majoritairement bouddhiste, les kazakhs ne parlent pas l'anglais. Il est très difficile, pratiquement impossible en fait d'obtenir des renseignements précis de la part des familles de nomades. Tous les sujets, même les plus banals, semblent tabous. Et les gens évoluent ici dans un flou qui heurte notre logique rationaliste occidentale : aujourd'hui peut être demain, comme dans un mois, les distances sont toujours approximatives, les dates sont à 2 ou 3 jours près (par exemple le chauffeur de l'agence qui devait me ramener à Olgii est arrive avec deux jours d'avance. Comme j'ai refusé de rentrer avant le terme, il est retourné seul à Olgii puis est revenu le lendemain!). Peut-être est-ce un reste de l'époque maudite du communisme où tout un chacun pouvait être un espion et où la moindre parole mal interprétée vous envoyait dans un camp de rééducation. Plus vraisemblablement est-ce un rythme de vie différent, marqué par les saisons et loin de nos emplois du temps urbains dont il est si difficile de se départir. Toujours est-il que les malentendus sont fréquents, les changements de plan ou d'itinéraire permanents et que ce n'est pas toujours facile de s'adapter.
Au cours de ce trek, je n'aurai jamais pu percer la personnalité d'Aji, qui, pourtant, parle l'anglais correctement. Est-il timide? Effacé? Tire-au-flanc? Malhonnête? Bien intentionné mais maladroit? Nous avons peu parlé et, lorsque je lui ai posé des questions, je n'ai obtenu que des réponses vagues.
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16.06.2007
A Olgii
Pas grand-chose à faire à Olggi, l'une des villes les plus moches que je connaisse. Quoique sise dans un décor somptueux, elle n'est constituée que de blocs de béton sans charme. Même le marché fait peur, avec ses trois fruits et deux légumes qui se battent en duel sur les étales.
Je m'occupe des formalités pour faire le trek de l'Altaï : guide, chevaux et permis pour séjourner près de la frontière russe, les mongoliens étant apparemment assez tatillons dès qu'il s'agit de zone frontalière.
Par chance, je sympathise avec Bolor, un mongolien, qui loge dans le même hôtel que moi. Il est là "pour affaires", faisant apparemment du commerce entre la Russie et le centre de la Mongolie. Très sympa et parlant un anglais parfait, il m'invite gentiment à déjeuner. Rien d'extraordinaire du point de vue culinaire, tout cela baigne dans l'huile mais sa discussion est agréable et je passe une partie de l'après-midi avec lui.
Je pars demain matin à l'aube. Rendez-vous aux environs du 1er juillet pour quelques mots sur l'Altaï et des photos de nomades kazakhs, de chevaux, de lacs et de montagnes.
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15.06.2007
De Ulan Bator à Olgii, via Kovd
Je prends donc l'avion tôt le matin. Décollage à l'heure et arrivée à Kovd à 8h45 après un vol de 1h45. Il y a une heure de décalage entre l'est et l'ouest de la Mongolie. Signalons au passage, puisque l'on parle de décalage horaire, que la Chine est, à ma connaissance, le seul pays de cette dimension qui impose la même heure à toutes les régions. Ce qui aboutit à des situations absurdes dans l'ouest du pays (Tibet) où les heures officielles n'ont plus rien à voir avec le lever et le coucher du soleil.
Rétrospectivement, ce vol, et rien que ce vol, aura été la seule partie qui se sera déroulée conformément à mes prévisions aujourd'hui. Dès que j'ai mis les pieds hors de l'avion, les choses ont commencé à prendre mauvaise tournure. A l'aéroport de Kovd, la livraison des bagages ne se fait pas sur un tapis roulant. Tous les bagages sont déchargés derrière un guichet et l'employé crie le numéro de chaque bagage devant la foule des passagers tassés comme des sardines. Charge au propriétaire du bagage de se faire connaître et de récupérer son bien en échange du ticket-bagage avant de se frayer un chemin à coups de coude au milieu d'une cohue qui rappelle les heures les plus glorieuses de mon périple en Inde. Seul hic, les numéros sont appelés en mongol et la foule est trop dense pour que je puisse voir les bagages. Pas le choix, je laisse passer tout le monde et, lorsque la masse s'est éclaircie, je me faufile, pointe du doigt mon sac à dos et sort de l'aéroport pour prendre un taxi. Résultat : 1h30 de perdue depuis la descente de l'avion.
Mais ce n'est pas fini : de taxi, il n'y a point et cinq kilomètres séparent l'aéroport de la ville! Heureusement, je tombe sur deux mongoliens sympas qui me conduisent au stand des taxis collectifs et me font monter dans une jeep à destination de Olgii, à 210 kilomètres au nord. "Le chauffeur part tout de suite", me disent-ils en prenant congé.
Quatre heures plus tard, nous quittons enfin Kovd. C'est le temps qu'il aura fallu pour remplir la jeep, et de quelle manière : nous sommes dix dans cette voiture conçue pour cinq personnes.
Après plus de trente arrêts (je n'exagère pas), nous atteindrons Olgii à 22h, soit un peu plus de 8h pour parcourir 210 kilomètres. Entre-temps, les trois passagers kazakhs et le chauffeur (plus modérément pour ce dernier) auront vidé deux bouteilles de vodka et six bouteilles de bière. Les campagnes anti-alcoolisme (et anti-tabac) n'ont eu qu'un faible écho dans ces régions perdues… Car les vastes étendues traversées sont impressionnantes. Cela me rappelle quelques endroits du nord de la Cordillère des Andes (Pérou, Equateur) mais jamais aussi vert, aussi large avec toujours cette lumière immanente qui diffuse une clarté mélancolique. Ici, les nuages semblent immobiles, accrochés aux sommets blanchis des collines que l'on voit de toutes parts. Il n'y a rien, sinon quelques yourtes disséminées dans les parties où l'herbe est la plus grasse. Nous croiserons quelques véhicules mais on peut facilement rester plusieurs heures sans rencontrer personne sur cette piste de terre moyennement entretenue. Nous ne sommes pas très haut mais il fait presque 0°C lorsque je pénètre dans le hall de l'hôtel.
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14.06.2007
A Ulan Bator
Le bureau d'Aero Mongolia devait ouvrir à 9h mais les employés n'arriveront qu'à 9h15 et se mettront doucement au travail à partir de 9h30. Même dans les bureaux, les Mongoliens sont volontiers en retard. Les expatriés d'ici conseillent d'ailleurs de retarder sa montre de deux bonnes heures afin de ne pas avoir trop d'avance aux rendez-vous… Peut importe en fait mais j'ai bien fait de venir tôt : je prends l'avant-dernière place disponible sur le vol du lendemain à destination de Kovd, dans l'ouest du pays.
Ceci fait, je continue à explorer les richesses culturelles d'Ulan Bator. J'ai plus de chance aujourd'hui qu'hier. Tout d'abord, le monastère bouddhiste de Choijin Lama, converti en musée, abrite de superbes thangkas dont certains remontent au 17ème siècle et une impressionnante collection de masques en papier mâché.
Le musée Zanabazar, ainsi nommé en hommage à un célèbre sculpteur mongol du 17ème siècle contient plusieurs statues bien conservées, ainsi qu'une intéressante collection de thangkas. Il est fascinant d'observer la pérennité de l'art bouddhiste. Les motifs, les proportions sont demeurés intacts à travers les siècles (plusieurs artistes mongols étaient d'ailleurs allés étudier au nord de l'Inde et au Tibet).
Le soir, je vais voir un spectacle de danse et de chant traditionnels. Bien sûr, c'est un spectacle pour touristes mais, pour quelqu'un qui découvre la musique mongole, c'est une bonne introduction. Les chants sont puissants et sauvages, à défaut de plaire à des oreilles sensibles. Les danses rappellent beaucoup ce que j'avais pu observer lors du festival de Tsechu au Bhoutan (voir notes du 01-04-07 et 02-04-07) mais le clou du spectacle est constitué par un groupe de trois adolescentes qui font une démonstration en rythme de contorsions époustouflantes. Celles-là sont prêtes à représenter la Mongolie lors des JO de 2008, catégorie gymnastique artistique.
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13.06.2007
Arrivée à Ulan Bator
Le matin, je me réveille baigné dans une vive lumière. Nous traversons le désert de Gobi et la luminosité y est aveuglante. Mais le désert de Gobi s'arrête bien avant Ulan Bator. Les immenses steppes d'Asie Centrale prennent le relais. Malgré un ciel partiellement couvert, l'horizon semble s'étendre à l'infini et je suis fasciné par la pureté lumineuse qui semble irradier de toutes parts.
Il y a, malgré tout, quelques curiosités culturelles que je visite en fin d'après-midi. Le Musée d'Art Moderne abrite une série de croûtes sans intérêt au milieu desquelles on parvient à néanmoins à dénicher certaines œuvres de valeur.
Lors des purges staliniennes des années 1930, presque tous les monastères du pays ont été détruits. Des milliers de moines ont été pourchassés, puis exécutés. Le monastère de Gandantegchinlen Khiid n'a pas été détruit, les russes se servant des bâtiments comme étables pour leurs chevaux! Aujourd'hui, la vie a repris dans ce monastère, le plus grand de Mongolie, qui accueille à présent 700 moines. L'imposant bâtiment principal (Migjid Janraising Süm) abrite une statue d'Avalokitesvara (le Bouddha de la Compassion pour le culte du Grand Véhicule, celui qui est accessible aux humains, à l'écoute de leurs prières) mesurant 25m. La statue est récente, l'original ayant été dérobé par le russes en 1937 et sans doute détruit.
Le soir, je dîne avec Pierre, un voyageur français rencontré dans le train. Informaticien chez PSA, il a pris un congé sabbatique également et continue son périple en Asie du Sud-est après avoir passé deux mois en Chine.
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La grande révolution chinoise, 1800-1989 - J.K. Fairbank
En fait le livre s'arrête en 1985 mais, les événements de Tienanmen étant survenus en 1989, l'éditeur a cru bon de rajouter une préface postdatée et de modifier sur la couverture le titre de l'ouvrage. En fait, les bouleversements qui ont mené à la répression sanglante du mouvement étudiant ne sont pas décrits dans le livre.
Malgré cette malhonnêteté éditoriale, le livre, écrit par l'un des meilleurs sinologues américains, est passionnant. L'auteur décrit la fin du règne de la dynastie mandchoue (1644-1912) de l'intérieur. De nombreux chapitres sont consacrés au mode de gouvernement de l'empire chinois au XIXème siècle, avec une classe de fonctionnaires recrutés par des séries d'examen draconiens relatifs aux classiques de la littérature et de la poésie chinoise (les sciences faisaient alors l'objet d'un dédain très aristocratique). L'arrivée des premiers européens au milieu du XIXème siècle a bouleversé un pays jusque-là refermé sur lui-même. La découverte de la supériorité technique occidentale a profondément choqué et inquiété le régime chinois qui cultivait une xénophobie nationaliste ancestrale. Les relations commerciales avec les anglais alliées à une corruption accrue et à l'incompétence de l'impératrice douairière ont provoqué le renversement du pouvoir monarchique en 1912 et la naissance d'une république chinoise.
Pourtant, les années 1912-1949 restent marquées par le règne de seigneurs locaux que le pouvoir central n'arrivait pas à contrôler. Le Kuomintang de Sun-Yat-sen (mort en 1925, remplacé par Chiang Kai-shek) affronte le Parti Communiste émergeant dont Mao Zedong prend peu à peu la tête, faisant habilement jouer les sentiments nationalistes exacerbés par l'invasion japonaise de 1932.
La fin de la seconde guerre mondiale sonne le glas de la puissance du KMT. Après une courte guerre civile, Chiang Kai-shek s'enfuit à Taiwan et Mao proclame la République Populaire de Chine (1949). Suit alors une période de reconstruction du pays, avec l'aide de plusieurs milliers de spécialistes soviétiques dépêchés par Moscou. En 1958, Mao lance "le grand bond en avant", une tentative d'industrialiser le pays via le travail des paysans sur des projets de grande envergure (Mao a toujours considéré les masses de paysans chinois comme la base de la révolution socialiste, allant même à la fin de sa vie jusqu'à nier le rôle des intellectuels dans le fonctionnement du pays). Le résultat du "grand bond en avant" fût un désastre économique majeur et une série de famines dramatiques aboutissant à plus de 20 millions de morts. En 1962, le "grand bond en avant" est arrêté mais Mao, un temps discrédité, reste à la tête du part et rompt ses relations diplomatiques avec l'URSS, chacun accusant l'autre d'avoir trahi le modèle socialiste.
Puis, en 1966, c'est le début de la "Révolution Culturelle". S'appuyant sur des bataillons d'étudiants rebaptisés "gardes rouges" (les universités ont fermé leurs portes dès juin 1966), Mao cherche à la fois à renforcer son propre pouvoir et à éradiquer toutes les formes d'attitudes bourgeoises dans la société. Du jour au lendemain, des dizaines de milliers de professeurs, d'intellectuels, de hauts fonctionnaires du parti se sont vus persécutés, ont fait l'objet de séances publiques humiliantes de rééducation. Beaucoup se sont suicidés. La "Révolution Culturelle" a duré dix ans et n'a pris fin qu'avec la mort de Mao et le procès de la bande des quatre. Après le "grand bond en avant", la "Révolution Culturelle" a plongé le pays dans un chaos total dont il ressort tout juste à présent.
La suite est connue : ouverture progressive aux capitaux étrangers, effort de modernisation politique intérieure de l'enfant unique et répression sans pitié des mouvements démocratiques.
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12.06.2007
de Beijing à Ulan Bator
Le Transmongolien quitte la gare centrale de Beijing à 7h45 précises, un peu en avance même d'après ma montre. Il faut pas loin de 30 heures pour rejoindre Ulan Bator, la capitale mongole. J'ai réservé une couchette dans un compartiment à quatre et je fais le voyage avec deux australiens qui se rendent à Moscou. Une couchette n'est pas occupée. Le train est loin d'être plein en fait, alors que nous sommes au début de la haute saison touristique. De bonne augure pour la suite de mon périple en Mongolie.
Il faut presque deux heures pour sortir de la pollution de Beijing et pour que le ciel retrouve une couleur bleue immaculée, sans le voile de fumée carboxydée qui recouvre presque tous les jours les gratte-ciels de la ville. La Région Autonome de Mongolie Intérieure est un territoire chinois constitué de vastes steppes d'où émergent ça et là quelques villes champignons dont les maisons, construites sur un modèle communautariste, présentent toutes les mêmes caractéristiques : blocs de béton, absence de cachet, aucune décoration extérieure, peu d'espaces entre chaque.
Nous arrivons à la frontière à Erlian peu après 20 heures. Un officier des douanes chinois monte à bord et s'empare de nos passeports. Tous les passagers descendent ensuite car, l'écartement des rails étant différent entre la Chine et la Mongolie, il faut changer les essieux de chaque wagon. Un long travail qui prendra plus de trois heures pendant lesquelles nous patientons dans un immense hall non climatisé. Il y a beaucoup de touristes, jeunes pour la plupart (c'est aussi qu'il s'agit du seul des deux trains à destination d'Ulan Bator pour lequel on puisse réserver les billets à l'avance…) et je sympathise avec une jeune franco-américaine, Mandoline, qui veut aussi se rendre dans la région de l'Altaï. Situé aux confins du pays, dans les montagnes de l'ouest, à la frontière russe, l'Altaï est une région reculée qui offre, paraît-il des paysages magnifiques.
Finalement, nous quitterons la Chine peu avant minuit mais il faudra une heure de plus pour en finir avec les formalités douanières mongoles.
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11.06.2007
A Beijing
Beijing n'est pas une belle ville. La cité a subi plusieurs invasions successives et a vu la destruction de beaucoup de monuments. Trente ans de planification socialiste ont suffi à détruire la plupart des quartiers typiques. Il en reste quelques-uns (les hutong, que je n'aurai pas le temps de visiter) mais ils sont voués à une transformation prochaine. Ce que l'on observe, ce sont des pâtés de maison entiers complètement rasés pour faire place à des gratte-ciels flambant neufs. Le gouvernement chinois applique encore à la lettre la philosophie communiste qui voulait du passé faire table rase.
Tout paraît gigantesque et l'être humain semble dépassé par ses propres créations. Des immeubles du plus pur style stalinien de la grande époque se dressent à chaque carrefour. Les avenues, pourtant encombrées de voitures, sont larges comme des autoroutes à quatre voies. Les contre-allées sont réservées aux nombreux cyclistes qui évitent ainsi les embouteillages colossaux dont la ville est coutumière. L'ensemble n'est pas harmonieux ; c'est moche mais fonctionnel.
Je me rends sur la place Tienanmen, bondée de touristes pour la plupart chinois. Disciplinés, groupés, ils portent tous une casquette de couleur et suivent le guide sans sourciller. Nous devons leur paraître bien individualistes, nous autres voyageurs occidentaux, indépendants, sans tenue uniforme, allant où bon nous semble quand l'envie nous en prend. Mais je suis surtout venu sur la place Tienanmen pour y retrouver quelques souvenirs. J'avais quatorze ans lorsque le mouvement étudiant chinois pour la démocratie a été anéanti par les bouchers de l'armée régulière sur l'ordre d'un Deng Xiaoping déjà sénile. Les images télévisées des chars arrivant sur la place Tienanmen, de cet étudiant debout, immobile devant le monstre de fer, sont parmi les plus marquantes de ma jeunesse.
Je visite rapidement la Cité Interdite. Impressionnante par ses dimensions gigantesques, elle est en fait très sobre dans la décoration extérieure. Les bâtiments sont tous construits plus ou moins dans le même style et l'ensemble paraît un peu monotone à la longue. C'est pourtant ce qui reste de plus ancien à Beijing (15ème siècle mais beaucoup de bâtiments ont été reconstruits par la suite). Encore les plus virulents parmi les Gardes Rouges voulaient-ils la détruire complètement…Finalement j'ai préféré des sites de dimensions plus modestes : le temple lamaïste de Yonghegong, la tour de garde du sud-est de la ville ou le parc du temple du paradis (Temple of Heaven Park). Dans ce parc d'ailleurs, tôt le matin, des milliers de pékinois (retraités pour la plupart) se rassemblent pour faire quelques pas de gymnastiques sur une musique traditionnelle.
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