24.08.2007

De Puerto Escondido à San Cristobal de Las Casas

J'avais prévu d'aller plonger ce matin mais je me ravise : mauvais temps, mer agitée donc la visibilité qui est déjà moyenne en temps normal dans cette partie du Mexique doit être médiocre. Et puis j'ai des soucis professionnels (le retour au travail approche…) pour lesquels il me fallait un peu de temps de réflexion. Bef, j'avais bien besoin d'une journée tranquille avant de continuer ce voyage.
Puerto Escondido me laissera finalement un bon souvenir : ces petits restaurants alignés au bord de la mer, ces nombreux cafés et les boutiques d'artisanat donnent un charme certain à l'endroit. Certes, il n'y a rien à y faire mais cela aussi fait partie du voyage.

J'en profite pour me documenter sur les élections présidentielles mexicaines qui se sont tenues en juillet 2006. A l'époque, je terminais mon contrat au Gabon et préparais cette année sabbatique et je crois que j'étais complètement passé à côté de l'évènement. Ce que j'en apprends à présent, plus d'un an après les évènements; est consternant. La victoire du président actuel, Felipe Calderon, pourtant largement entachée par des preuves de fraude électorale massive, a été entérinée par le Conseil Constitutionnel mexicain, après qu'un simple recomptage partiel ait eu lieu. Le candidat de la gauche modérée, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) aurait en vérité gagné les élections par plus d'un million de voix! (Cf. l'article du 10 juillet 2006 par Roger Burbach, Fraude électorale et Rébellion au Mexique, http://www.counterpunch.org/burbach07102006.html). Certes la gauche mexicaine n'est pas exempte de tout reproche dan cette affaire : "Au-delà de la question de la fraude, elle sait en effet qu’elle aurait pu conquérir la présidence, si elle n’avait pas commis autant d’erreurs : absence d’observateurs dans plus de 30 % des bureaux de vote ; dérapages verbaux du candidat ; manque de clarté du programme déroutant les secteurs populaires qui « ne croient plus en la politique ». Elle s’est en outre usée pendant des semaines dans un long combat pour la « défense du vote » – c’est-à-dire la reconnaissance de sa victoire – au lieu de se présenter à l’opinion publique comme une force alternative qui venait d’obtenir autant de voix que la droite et pouvait imposer le changement. Qualifié de caudillo irresponsable par les médias, « AMLO » a perdu de son prestige dans la classe moyenne." (J-F Boyer, le Monde Diplomatique, Avril 2007).
A présent qu'en est-il de la situation politique dans le pays? D'après ce que j'ai compris, l'opposition de gauche a été incapable de rebondir après les élections de 2006. Malgré la constitution par AMLO d'un "gouvernement légitime", ce dernier peine à rassembler toutes les forces progressistes de la société et à établir un programme commun. Pendant ce temps, le gouvernement en place suit une politique ultra-libérale, largement inspirée, voire imposée par les Etats-Unis. Ces derniers sont d'ailleurs soupçonnés d'avoir cautionné la fraude électorale de l'année dernière afin d'arrêter la vague socialiste qui a recouvert la plus grande partie de l'Amérique Latine ces dernières années (Chili, Equateur, Venezuela, Brésil…). En tous cas, les observateurs dénoncent un durcissement de la politique du régime et des atteintes répétées aux droits de l'homme : "But Calderon was not done yet with converting his regime into a doppelganger of the Bush administration's perversion of justice. This April, the President, who, much like George Bush, is considered a usurper by over 50% of the Mexican electorate, foisted a constitutional amendment on his congress that would grant him carte blanche powers to tap phones and break into private homes without first obtaining a search warrant from a court. The amendment, which has not yet passed the legislature, bears a startling resemblance to George Bush's unconstitutional eavesdropping and surveillance of millions of U.S. citizens but with one notable caveat - Calderon, at least, went to his congress to modify the Constitution to allow such intrusions. Bush simply imposed his illegal operation in violation of his country's Magna Carta". (John Ross, the annexion of Mexico, www.counterpunch.org)


16dc266b9ce8e65903b03c288c0920c8.gifL'après-midi, la pluie s'en mêle, que je regarde placidement tomber depuis la terrasse abritée d'un bar adjacent à mon hôtel. Le soir, à 18h30, je monte dans un bus à destination de San Cristobal de Las Casas dans l'état du Chiapas. Ces bus 1ère classe mexicains sont très confortables et fiables. Ils seraient parfaits s'ils ne passaient pas systématiquement un film sur les écrans de télévision à volume sonore maximal. Ma voisine est un routarde grecque qui voyage avec deux amies. Toutes trois ont suivi à peu près le même parcours que moi depuis Mexico mais elles veulent continuer jusqu'à Cuba. Comme je lui demande ce qu'elle a pensé de Monte Alban, le site zapotèque qui m'avait tant impressionné il y a trois jours, elle me répond simplement qu'en Grèce, ils ont déjà énormément de vestiges, plus anciens, plus fins et mieux conservés que les ruines mexicaines et qu'au demeurant, elle est plutôt là pour s'imprégner de la culture actuelle que pour admirer les restes du passé. Hum, oui, vu sous cet angle là…

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