31.08.2007
Blue Hole – la plongée du siècle
Le site de Blue Hole est un site de plongée de renommée mondiale, qui doit sa popularité à une émission de Cousteau dans les années 1970. Certes, en bateau, on n'apprécie pas pleinement la beauté de l'ensemble. Seule une vue d'avion permet en fait de rendre justice à cet atoll des Caraïbes, le seul de l'hémisphère nord.
Mais déjà, au niveau de l'eau, le changement de couleur de la mer, qui passe d'un vert émeraude d'une clarté aveuglante à un bleu profond, donne une idée de la dimension du site. Sous l'eau c'est un spectacle grandiose. La plongée est profonde – plus de 40m – mais le décor est sensationnel : ce sont des stalactites géantes de corail entre lesquelles on peut nager comme dans un rêve. La visibilité est parfaite, sans doute plus de 30m. Le bleu intense des couleurs, le silence absolu, l'impression dantesque de ce paysage de cavernes font d'une plongée à Blue Hole une expérience unique. En remontant, alors que nous avions vu peu de poissons pendant toute la plongée, nous voyons soudain apparaître pas moins de onze requins (nurse sharks) de 2-3m qui font cercle autour de nous. C'était attendu. Ce banc de requins a élu domicile au centre de l'atoll et regarde passer, curieux, les plongeurs qui se succèdent dans ce site grandiose.
Après cela, évidemment, comment ne pas être déçu par les autres plongées de la journée? Pourtant, elles sont de très bonne qualité, surtout la dernière sur le site de l'Aquarium et qui, comme son nom l'indique, regorge de poissons tropicaux multicolores. Avec de telles sensations, la journée passe vite. Nous avions quitté Caye Caulker à 6h du matin et nous rentrons peu avant 16h, après avoir fait la pause déjeuner sur une île déserte où a élu domicile une colonie de fous aux pieds rouges. Trop vite en fait pour discuter pleinement avec tous les membres du groupe, sept plongeurs et plongeuses au total venant de tous les coins du monde. Il est rare d'ailleurs de passer une aussi bonne journée avec des inconnus. Je garderai un bon souvenir de mes conversations avec Stéphane, un français très sympa habitant à Chicago, en vacances à Belize avec son amie turque, qui, elle, travaille à Vienne! Soumis au système américain, il n'a que peu de vacances ; payé en dollar, il souffre de la faiblesse de la monnaie américaine et songe à rentrer en Europe. Ayant pas mal baroudé lui aussi, il m'interroge longuement sur mes destinations récentes. Ce qui me fait songer que j'entamerai demain le dernier mois de ce long voyage.
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30.08.2007
De Florès à Belize
Je quitte le Guatemala sans regrets. Ce que j'en ai vu ne m'a pas donné l'envie de prolonger plus avant mon séjour dans ce pays. Les habitants sont pauvres mais certains sont malhonnêtes et il n'est pas facile d'échapper aux propositions insistantes des agences de voyage, tout au moins dans un endroit hyper-touristique comme Florès.
Il faut dire que l'histoire récente du pays est d'une tristesse affligeante, comme un gigantesque ratage depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, dont la responsabilité incombe d'ailleurs largement aux Etats-Unis. Sous prétexte de retourner des gouvernements taxés un peu trop rapidement de communistes alors qu'ils ne voulaient que le bien de leur peuple, la CIA a financé plusieurs coups d'état et soutenu des dictatures sanglantes qui ont mis le pays en coupe réglée. Comme d'habitude, les plus pauvres ont dérouillé : expulsions de paysans pour restituer les terres à des propriétaires qui s'empressent de les mettre en jachère, violences répétées à l'égard des femmes (le rapport d'Amnesty International indique qu'au moins 580 femmes ont été tuées en 2006), exploitation moyenâgeuse des agriculteurs dans les plantations de café
(voir à ce titre l'excellent ouvrage de Naomi Watts "No Logo" avec, en particulier, l'implication active de la chaîne américaine Starbucks dans ce qu'on peut nommer de l'esclavage moderne), absence de protection sociale pour les ouvriers des "maquilas, ces entreprises de sous-traitance à capitaux étrangers et travaillant pour l'exportation. Tout cela se ressent bien entendu parmi les habitants, qui sont d'une tristesse désabusée comme je n'en ai jamais rencontrée dans mes voyages.
Le 9 septembre prochain, des élections générales doivent voir lieu. La campagne présidentielle a donné lieu à des poussées de violence d'une ampleur considérable : "Selon Mirador Electoral (ME), une coalition d'organisations civiques qui observe la consultation, c'est la campagne la plus violente depuis la fin des régimes militaires et le retour à la démocratie dans le plus grand des pays d'Amérique centrale, en 1985. (…)Toutes les formations politiques sont visées. (…)Le Guatemala a enregistré 2 857 homicides au premier semestre 2007. La violence politique est attribuée pour l'essentiel aux mafias de trafiquants de drogue et aux groupes paramilitaires reconvertis dans la criminalité qui ont infiltré les partis, la police et l'armée." (J-M Carois, Le Monde du 17-08-07).
J'avais prévu de retourner directement au Mexique aujourd'hui. Mais dans le bus qui part de Florès, je retrouve Aretty, la jeune grecque que j'avais croisée sur la route de San Cristobal, celle-là même que les vestiges maya laissaient indifférente car ils ne tenaient pas la comparaison avec les ruines de son pays (Voir note du 24-08-07). Elle se rend à Belize pour quelques jours et m'assure que les sites de plongée y sont exceptionnels. Après tout, pourquoi pas? Je ne suis pas pressé et la perspective de passer quelques jours sur une île des Caraïbes n'est pas pour me déplaire.
Je descends donc avec elle à Belize City. La ville ressemble vaguement à ce que j'imagine de Nairobi ou de Mogadishu, sauf que la capitale n'a pas été dévastée par plusieurs années de guerre. N'empêche, ce n'est pas très reluisant : des gamins misérables abordent les quelques touristes dès la descente du bus. Tout ici a l'air vieux et mal entretenu.
Nous prenons un bateau direction Caye Caulker, au large de la côte. Rien à voir avec l'agitation de la capitale. Il y a là un petit air de la Jamaïque avec une forte tendance rasta, du reggae qui s'écoule des bars en bois le long de la plage et une douceur de vivre toute tropicale.
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29.08.2007
Tikal
Départ avant l'aube vers le site de Tikal, à un peu plus d'une heure de route de Florès. Je n'avais pas grand espoir d'assister à un lever de soleil digne de ce nom – la brume matinale met toujours quelques heures à se dissiper – mais je n'avais pas envisagé qu'il se mettrait à pleuvoir à peu près au moment où j'arrive à l'entrée du site. Une pluie fine, continue, rien à voir avec l'averse passagère d'hier soir. Aujourd'hui, cela dure et cela durera tout le temps de ma visite.
Dommage pour les photos mais le mauvais temps a sûrement fait renoncer certains touristes car le site est presque désert. Et quel site! Tikal a été une grande capitale du monde maya pendant plusieurs centaines d'années. La construction des temples s'est ainsi étalé sur une longue période et a bénéficié des progrès architecturaux au fil du temps. Le site de Tikal a été abandonné vers le Xème siècle de notre ère, pour des raisons inconnues. Et ce n'est pas avant la fin du XVIIème siècle qu'il a été redécouvert, ne provoquant d'ailleurs guère l'intérêt des puissances coloniales. En fait le site a été laissé en l'état jusqu'au milieu des années 1950. Les archéologues ont travaillé pendant trente ans pour déblayer les principaux monuments. Encore les travaux continuent-ils à l'heure actuelle. C'est que Tikal impressionne d'abord par son étendue. C'est encore plus grand que Palenque et il faut plusieurs heures pour en découvrir une partie.
C'est ce que Mel Gibson a mis en scène dans son dernier film "Apocalypto". A propos de ce film justement, je ne sais plus si l'action se passe au Guatemala mais la ressemblance avec les temples de Tikal est frappante. Si le scénario ne vaut rien, on peut au moins noter l'effort de reconstitution historique, une première dans le genre, je crois. Et l'arrivée des captifs dans la cité maya en pleine décomposition rend bien compte de la densité de population impressionnante de l'époque : certaines villes, dont Tikal, comptaient plusieurs dizaines de milliers d'habitants dans un périmètre restreint, aboutissant à des densités de population équivalentes au peuplement actuel du bassin gangétique en Inde.
Le mauvais temps empêche de jouir de la vue du haut du Temple V, que l'on atteint par un escalier en bois vertigineux. Il est dit que par temps de pluie, l'accès à l'escalier est interdit. Pas aujourd'hui en tous cas...
Je quitte les lieux en début d'après-midi, à peu près au moment où la pluie cesse, bien entendu…Mais le ciel restera couvert toute la journée. Ce n'était vraiment pas le bon jour pour visiter les ruines. Plus au nord de Tikal, dans une réserve naturelle qui borde la frontière mexicaine, se trouve le site d'El Mirador, une autre cité-état maya. Mais l'accès en est difficile et nécessite plusieurs jours de transport, dont une marche de quelques dizaines de kilomètres dans la jungle. Ce ne sera pas pour cette fois. Il existe un projet qualifié d'écotouriste, qui vise à rendre l'accès au site d'El Mirador plus facile. Mais il a déjà provoqué un tollé général de la part des associations de protection de la nature, le tourisme allant provoquer des déplacements et des activités supplémentaires dans une zone encore préservée de la réserve. L'accès au site d'El Mirador, pourtant, serait une manne financière supplémentaire (et bienvenue) pour un des pays les plus pauvres du monde.
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28.08.2007
De Palenque à Florès (Guatemala), via Bonampak et Yaxchilan
Une fois n'est pas coutume, j'ai réservé un tour par une agence de voyage de Palenque pour aller à Florès en passant par les sites de Bonampak et Yaxchilan sur la route. Cela revient à 80US$, une petite somme tout de même (tout compris, les entrées des sites, un petit déjeuner, le repas du midi et les divers transports). Tout seul, cela me serait revenu évidemment moins cher mais aurait nécessité beaucoup plus de temps : les transports en commun dans cette partie reculée du Mexique sont rares.
Le van est plein : en plus d'une australienne sur le retour assez antipathique, il y a là deux jeunes mariés mexicains en lune de miel, un couple d'italiens et une famille espagnole (la mère, les deux sœurs) accompagné par le petit ami français d'une des deux sœurs. C'est surtout avec ce dernier groupe que je discuterai le plus : les deux sœurs partent pour deux mois en Amérique du sud et m'abreuvent de questions pour préparer leur voyage.
Le site de Bonampak ne vaut pas vraiment le détour, sinon pour les fresques murales colorées qui y sont exposées.
Le site de Yaxchilan en revanche est situé à l'écart de la route goudronnée. Pour l'atteindre, il faut prendre un bateau et descendre le Rio Usumacinta pendant près d'une heure. Ce fleuve d'ailleurs, qui marque la frontière entre le Mexique et le Guatemala, posée là dans un décor de jungle, me rappelle étrangement les fleuves d'Asie du sud-est (Mékong et Irrawaddy) : même couleur de boue, même courant placide en apparence mais en réalité assez traître, charriant des branchages dangereux pour les embarcations mais source de vie pour des peuples entiers. Malheureusement, le site de Yaxchilan n'est pas vraiment au bord du fleuve ; il est masqué par une rangée d'arbres, ce qui nous prive d'une vue depuis le fleuve qui aurait pu être grandiose. Une fois dedans, on est sidéré par l'étendue de l'endroit. A l'apogée de sa puissance, cette cité maya comptait 25,000 habitants. Je m'associe au groupe franco-espagnol et nous prenons un guide le temps de la visite. Le site est désert, nous sommes les seuls et la promenade est ponctuée par les cris rageurs des singes-hurleurs que nous apercevons de temps à autres en haut des arbres. Yaxchilan est situé dans une réserve naturelle et les animaux, peu farouches, savent qu'ils n'y risquent rien.
Après le repas de midi, pris à Frontera Corozal, je quitte le Mexique. Remontant le Rio Usumacinta, un bateau m'amène de l'autre côté, à Béthel. Le contraste est frappant avec le Mexique, pourtant situé sur l'autre rive. Frontera Corozal était un petit village propret doté d'un restaurant bien tenu, d'une belle auberge et possédant même un Café Internet. Béthel est un village-poubelle où les ordures sont déversées directement dans le fleuve, tandis que des gamins crasseux jouent dans une mare de boue dont l'eau n'a pas le temps de s'évaporer entre deux averses tropicales. Justement, en attendant le bus qui doit m'amener à Florès, une averse brutale, violente, nous tombe dessus sans prévenir. Des trombes d'eau se déversent sur le village, puis, aussi vite qu'elle est arrivée, l'averse disparaît.
A 17h, je monte dans le bus vers Florès. Le voyage se passe sans incidents. J'arrive à Florès une petite île située au milieu du lac de Peten Itza, à la nuit tombée.
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27.08.2007
Palenque
Les ruines de Palenque sont l'apothéose des vestiges pré-coloniaux mexicains. Situées en pleine jungle, les ruines ont été (re)découvertes au XVIIIème siècle mais n'ont fait l'objet d'importants travaux archéologiques qu'à partir des années 1950. Aujourd'hui encore, de nombreux monuments, certains assez imposants, sont recouverts de mousse et d'arbres, et l'on a parfois l'impression de marcher dans une forêt de pierres. Tout se passe comme si les édifices les plus rapprochés de l'entrée du site ont été dûment mis au jour, tandis que les temples les plus éloignés restent prisonniers d'une épaisse couverture naturelle et ne se laissent dévoiler qu'aux voyageurs un peu plus aventureux. En tous cas, on s'y croirait vraiment et certains endroits me rappellent étrangement les endroits les plus reculés du Parc National d'Angkor, toutes proportions gardées bien entendu.
J'entame la visite du site dès l'ouverture. Il y a alors peu de monde et j'ai en gros une heure et demie de libre avant l'arrivée massive des cars de touristes. Cela suffit pour voir les édifices les plus exposés : El Templo de las Inscriptiones, El Palacio, El Templo de la Cruz, El Templo del Sol.
Le musée de Palenque est malheureusement fermé le lundi. Dommage mais il semble que les plus belles pièces aient été transportées au musée d'archéologie de Mexico, que je prévois de visiter lors de mon prochain passage dans la capitale mexicaine.
L'après-midi, je retrouve deux routardes françaises rencontrées dans le bus la veille. Claire et Charlotte passent quinze jours au Mexique et ont suivi à peu près le même itinéraire que moi depuis leur départ. Mais nous nous séparerons le lendemain. Elles continuent vers Tulum directement, tandis que je veux faire un crochet par le Guatemala pour aller voir les ruines de Tikal, près de la ville de Florès. Ce qui ne nous empêche pas de passer ne agréable soirée tous les trois.
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26.08.2007
Le marché de San Juan Chamula - De San Cristobal à Palenque, via Ocosingo
Tôt le matin, je prends un taxi collectif à destination de San Juan Chamula, un petit village dans les collines autour de San Cristobal où se tient un marché hebdomadaire qui attire les paysans des environs. Certes, le marché vaut le coup d'œil à cause de la population colorée qui s'y agite.
Les indiens sont habillés de leurs plus beaux vêtements et les négociations sur les marchandises donnent lieu à des scènes cocasses. Mais précisément, le marché ne brille pas par l'éventail de ses produits ni par leur quantité. Et l'on comprend, en voyant ce qui est pourtant le marché le plus luxuriant de la région, à quel degré de pauvreté en sont réduits les paysans chiapatèques. L'église de San Juan Chamula en revanche est un tout autre spectacle. L'intérieur est illuminé par des milliers de chandelles et les fidèles s'agenouillent sur des tapis d'épines de pins qui tapissent le sol, tandis que le prêtre de l'endroit parfume d'encens tout le transept. L'effet qui en résulte est hallucinant, on se croirait revenu aux temps de l'Inquisition en train d'assister à une messe noire. Malheureusement, interdiction formelle de prendre des photos, malgré le paiement d'un droit d'entrée symbolique.Sur la route de Palenque, étape ultime de cette journée, je pose mon sac quelques heures à Ocosingo. C'est là l'endroit le plus proche des ruines mayas de Tonina. Situées en pleine campagne chiapatèque, ces ruines n'ont été exhumées qu'il y a vingt ans et sont encore partiellement recouvertes. Mais ce qui est visible est déjà remarquable et vaut bien les multiples transports nécessaires pour atteindre l'entrée du site. Bâtie sur une colline et dominant tous les environs, l'ancienne cité maya se laisse parcourir dans un calme absolu. Il n'y a presque personne sur le site. Je prends un guide, Mario, qui ne me fournit pas d'explications très détaillées mais m'emmène sans hésiter dans les labyrinthes obscurs qui parsèment la cité. Et j'ai alors l'occasion d'admirer les effets de lumière provoqués par les fenêtres croisées sur les voûtes en pierre qui soutiennent l'ensemble. Certes, ce n'est pas là du grand engineering mais, pour l'époque (2ème siècle ap. J-C), cela aura au moins passé l'épreuve du temps. Bien entendu, les grecs faisaient déjà beaucoup mieux quelques siècles avant…En tous cas, je garde un excellent souvenir des ruines de Tonina, prélude intéressant à la visite de Palenque, le plus majestueux site maya au Mexique.
La route jusqu'à Palenque, justement, serpente dans la campagne. Les trois heures qui séparent Ocosingo de Palenque me paraîtront bien longues. Ma voisine est une jeune mexicaine qui n'arrive pas à calmer le bébé d'un an qu'elle porte sur ses genoux. Devant, ce sont deux mères mexicaines avec leur progéniture, certes un peu plus âgée mais tout aussi agitée. Et derrière moi, c'est un groupe d'adolescentes américaines dont le bavardage incessant ne m'étonne pas – les américains, en groupe, ne peuvent pas s'arrêter de parler, ce serait pour eux comme un aveu d'impuissance - mais qui semblent, cette fois, rivaliser en stupidités et en idioties. Et pour couronner le tout, l'éternelle télévision qui passe à fond du volume les dernières nullités hollywoodiennes. Impossible de fermer l'œil pendant tout le trajet. Heureusement Palenque est un petit village et il n'y a pas long entre la gare routière et le centre-ville autour duquel on a l'embarras du choix pour se loger.
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25.08.2007
San Cristobal de Las Casas
San Cristobal de Las Casas (baptisée ainsi en l’honneur du fameux prêtre dominicain Bartolomé de Las Casas, défenseur des Indiens, qui y fut évêque) est une petite ville plutôt animée. Elle est sur le trajet de tous les circuits touristiques et, dès le matin, des cars entiers de touristes y débarquent pour visiter les rares curiosités de la ville. Car, culturellement parlant il y a peu à voir et à faire à San Cristobal, surtout en comparaison des richesses de Oaxaca ou même de Puebla. La cathédrale, située sur la place centrale, vaut plus par l'intérieur que par la façade. La porte de Carmen, qui fût un temps la porte de la ville, n'a rien d'exceptionnel. Et l'ancien couvent des dominicains abrite un petit musée sans vraiment d'intérêt.
Pourquoi alors la ville attire-t-elle ainsi les touristes du monde entier? C'est que sa richesse est ailleurs que dans ses monuments.
Enfin, c'est la porte d'entrée au Chiapas, cette région du Mexique qui a reçu un soudain coup de projecteur le 1er janvier 1994 lorsque l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLNL), emmenée par le mystérieux sous-commandant Marcos, a occupé plusieurs villes de la région, demandant la fin de l'occupation des terres par l'oligarchie des grands propriétaires et la reconnaissance des droits des paysans indigènes. Une rhétorique d'un autre temps mais qui a eu le mérite de porter à la connaissance du monde les problèmes raciaux que le gouvernement mexicain a longtemps voulu ignorer. De fait, à San Cristobal – qui fût l'une des villes prise d'assaut en ce 1er janvier 1994 – la majorité de la population est bien de type indien, d'autant que, récemment, 20000 paysans ont été expulsés des villages environnants pour s'être convertis au Protestantisme sous l'influence de missionnaires étrangers. Ce sont eux que l'on retrouve, portant le costume traditionnel, devant le Temple des Dominicains, vendant un artisanat simple mais de qualité et tentant de refaire leur vie dans un environnement nouveau.
La révolte au Chiapas, surmédiatisée dans les années 1990, semble s'essouffler. L'ex-Président Vincente Fox a tout de même réussi à faire passer une loi garantissant la pérennité de l'enseignement des langues indiennes. Maigre aboutissement de plus de dix ans de conflit dont les aspirations légitimes sont toujours inchangées : la réforme agraire, le droit au respect et à une vie décente, et la réparation des exactions impunément commises pendant des siècles à l'encontre des indiens.
Le soir, je vais écouter un peu de musique dans l'un des nombreux bars de la ville. Celui-ci passe du jazz et, attablé au comptoir, je discute avec Sarah, une jeune française qui s'est installée dans la région depuis un peu plus d'un mois. Tombée amoureuse d'un jeune mexicain, elle a décidé de venir commencer sa thèse par un séjour de six mois dans un des villages autour de San Cristobal. Les conditions sont pénibles me dit-elle, avec de l'électricité le soir seulement et pas d'eau courante. En plus elle parle encore assez mal l'espagnol et rencontre pas mal de difficultés dans la vie quotidienne. Certes oui… Voilà l'amour aux prises avec les réalités terrestres, qui gagnera?
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24.08.2007
De Puerto Escondido à San Cristobal de Las Casas
J'avais prévu d'aller plonger ce matin mais je me ravise : mauvais temps, mer agitée donc la visibilité qui est déjà moyenne en temps normal dans cette partie du Mexique doit être médiocre. Et puis j'ai des soucis professionnels (le retour au travail approche…) pour lesquels il me fallait un peu de temps de réflexion. Bef, j'avais bien besoin d'une journée tranquille avant de continuer ce voyage.
Puerto Escondido me laissera finalement un bon souvenir : ces petits restaurants alignés au bord de la mer, ces nombreux cafés et les boutiques d'artisanat donnent un charme certain à l'endroit. Certes, il n'y a rien à y faire mais cela aussi fait partie du voyage.
J'en profite pour me documenter sur les élections présidentielles mexicaines qui se sont tenues en juillet 2006. A l'époque, je terminais mon contrat au Gabon et préparais cette année sabbatique et je crois que j'étais complètement passé à côté de l'évènement. Ce que j'en apprends à présent, plus d'un an après les évènements; est consternant. La victoire du président actuel, Felipe Calderon, pourtant largement entachée par des preuves de fraude électorale massive, a été entérinée par le Conseil Constitutionnel mexicain, après qu'un simple recomptage partiel ait eu lieu. Le candidat de la gauche modérée, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) aurait en vérité gagné les élections par plus d'un million de voix! (Cf. l'article du 10 juillet 2006 par Roger Burbach, Fraude électorale et Rébellion au Mexique, http://www.counterpunch.org/burbach07102006.html). Certes la gauche mexicaine n'est pas exempte de tout reproche dan cette affaire : "Au-delà de la question de la fraude, elle sait en effet qu’elle aurait pu conquérir la présidence, si elle n’avait pas commis autant d’erreurs : absence d’observateurs dans plus de 30 % des bureaux de vote ; dérapages verbaux du candidat ; manque de clarté du programme déroutant les secteurs populaires qui « ne croient plus en la politique ». Elle s’est en outre usée pendant des semaines dans un long combat pour la « défense du vote » – c’est-à-dire la reconnaissance de sa victoire – au lieu de se présenter à l’opinion publique comme une force alternative qui venait d’obtenir autant de voix que la droite et pouvait imposer le changement. Qualifié de caudillo irresponsable par les médias, « AMLO » a perdu de son prestige dans la classe moyenne." (J-F Boyer, le Monde Diplomatique, Avril 2007).
A présent qu'en est-il de la situation politique dans le pays? D'après ce que j'ai compris, l'opposition de gauche a été incapable de rebondir après les élections de 2006. Malgré la constitution par AMLO d'un "gouvernement légitime", ce dernier peine à rassembler toutes les forces progressistes de la société et à établir un programme commun. Pendant ce temps, le gouvernement en place suit une politique ultra-libérale, largement inspirée, voire imposée par les Etats-Unis. Ces derniers sont d'ailleurs soupçonnés d'avoir cautionné la fraude électorale de l'année dernière afin d'arrêter la vague socialiste qui a recouvert la plus grande partie de l'Amérique Latine ces dernières années (Chili, Equateur, Venezuela, Brésil…). En tous cas, les observateurs dénoncent un durcissement de la politique du régime et des atteintes répétées aux droits de l'homme : "But Calderon was not done yet with converting his regime into a doppelganger of the Bush administration's perversion of justice. This April, the President, who, much like George Bush, is considered a usurper by over 50% of the Mexican electorate, foisted a constitutional amendment on his congress that would grant him carte blanche powers to tap phones and break into private homes without first obtaining a search warrant from a court. The amendment, which has not yet passed the legislature, bears a startling resemblance to George Bush's unconstitutional eavesdropping and surveillance of millions of U.S. citizens but with one notable caveat - Calderon, at least, went to his congress to modify the Constitution to allow such intrusions. Bush simply imposed his illegal operation in violation of his country's Magna Carta". (John Ross, the annexion of Mexico, www.counterpunch.org)
L'après-midi, la pluie s'en mêle, que je regarde placidement tomber depuis la terrasse abritée d'un bar adjacent à mon hôtel. Le soir, à 18h30, je monte dans un bus à destination de San Cristobal de Las Casas dans l'état du Chiapas. Ces bus 1ère classe mexicains sont très confortables et fiables. Ils seraient parfaits s'ils ne passaient pas systématiquement un film sur les écrans de télévision à volume sonore maximal. Ma voisine est un routarde grecque qui voyage avec deux amies. Toutes trois ont suivi à peu près le même parcours que moi depuis Mexico mais elles veulent continuer jusqu'à Cuba. Comme je lui demande ce qu'elle a pensé de Monte Alban, le site zapotèque qui m'avait tant impressionné il y a trois jours, elle me répond simplement qu'en Grèce, ils ont déjà énormément de vestiges, plus anciens, plus fins et mieux conservés que les ruines mexicaines et qu'au demeurant, elle est plutôt là pour s'imprégner de la culture actuelle que pour admirer les restes du passé. Hum, oui, vu sous cet angle là…
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23.08.2007
D'Oaxaca à Puerto Escondido
Curieusement, Puerto Escondido grouille de restaurants italiens. C'est qu'il y a quelques années, un film intitulé "Puerto Escondido" a eu un certain succès en Italie et a attiré vers ce lieu perdu plusieurs centaines de routards italiens qui ont littéralement colonisé l'endroit. Le film est d'ailleurs projeté tous les soirs dans un des bars de Puerto Escondido, une sorte d'hommage de toute la communauté italienne. C'est une sympathique comédie. Ayant été le témoin involontaire du meurtre d'un policier par un des collègues de celui-ci, un banquier milanais trouve refuge au Mexique, à Puerto Escondido. Là, il fait la rencontre d'un autre exilé italien et de sa petite amie. Les trois vivotent de coups minables jusqu'au jour où le policier assassin du début du film ressurgit. Le film est assez drôle, notamment grâce aux interprètes. Ce n'est pas très réaliste et le village de Puerto Escondido n'est pratiquement jamais filmé. Mais on passe un bon moment et certaines scènes sont assez réussies.
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22.08.2007
Visite à Monte Alban
Un bus matinal me ramène à Oaxaca. Il fait encore nuit noire lorsque je quitte Lachatao et le bus, peu à peu, se remplit d'étudiants qui vont assister à leurs cours dans une université à peu près à mi-chemin entre Lachatao et Monte Alban, ce qui représente tout de même près d'une heure et demie de trajet.
Situé à quelques kilomètres de Oaxaca, Monte Alban fût une importante capitale zapotèque entre 500 av. J-C et 800 ap. J-C. Plusieurs fois détruite, elle a été plusieurs fois rebâtie. Aujourd'hui il n'en reste plus que quelques ruines mais le site en lui-même est exceptionnel. 
Situé sur un haut plateau qui domine la vallée d'Oaxaca, il soutient la comparaison avec le Machu Picchu des incas. Quoique le ciel soit un peu couvert, la ballade au milieu des ruines, d'une pyramide à l'autre, sur une aire quasi-déserte, a quelque chose de magique. Je resterai près de trois heures sur les lieux. Et dire que, un peu refroidi par les sites archéologiques de ces derniers jours, j'avais hésité à visiter cet endroit.
Je passe ma dernière après-midi à Oaxaca à faire quelques courses. L'artisanat local est de bonne qualité et très original.
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