« Acapulco, dernière étape mexicaine | Page d'accueil

21.09.2007

En guise de conclusion...

Voilà c'est fini. J'écris ces derniers mots dans l'avion qui me ramène en France. Ce sont les derniers instants d'un voyage d'une année autour du monde, entre les plus hauts sommets himalayens et les fonds marins resplendissants des Caraïbes, à travers la pourriture indienne et l'élégance bhoutanaise, dans les steppes mongoles et les temples shintoïstes du Japon, au milieu du désert chilien et sur les pentes des plus beaux temples mayas. J'ai essayé de faire partager les émotions et les rebondissements de cette aventure à travers ces quelques notes, sans doute maladroites et trop confuses pour retenir l'attention du lecteur. Merci en tous cas à ceux qui m'ont suivi toute cette année. J'espère qu'ils auront appris à travers mes comptes-rendus et apprécié les photos que j'ai mises en ligne.

Si le lecteur a pu avoir l'impression d'une organisation sans failles, qu'il se rassure : ce fût loin d'être le cas. Certes, j'avais décidé des principales étapes en avance, ne serait-ce que pour acheter le billet "Tour du Monde", à la fois si économique et si pratique. Mais combien de fois ai-je ouvert le guide du pays dans l'avion qui m'y amenait? J'ai souvent regretté d'ailleurs de ne pas avoir eu le temps de mieux préparer ce voyage – mes dernières semaines au Gabon avant de partir ont été plutôt agitées – et j'ai tenté de palier mes lacunes dans le pays même, lisant tout ce qui me tombait sous la main et regardant films et documentaires au fur et à mesure de mes déplacements. Voyager avec un laptop fût une bonne idée, qui m'a permis de rester connecté – et de suivre en particulier avec une inquiétude grandissante les lamentables errements de la campagne présidentielle en France conduisant à l'élection du président que l'on sait – et de mettre à jour ce blog, sans doute avec plus de régularité que si j'avais du taper l'intégralité du texte dans un cyber-café, souvent inconfortable ou disposant de claviers anglo-saxons peu pratiques pour les accents. Le wireless, à ce propos, se développe vite ; au Mexique, par exemple, de nombreux hôtels et auberges de jeunesse en sont dotés.

Beaucoup de rencontres, beaucoup de pays, sans doute un peu trop, même si j'ai toujours choisi de rester au moins un mois dans chaque pays, évitant autant que faire se peut l'effet "zapping" que j'avais pu observer chez d'autres voyageurs autour du monde. Malgré cela, la durée de séjour reste bien courte et la vision que j'ai pu avoir de chaque pays est évidemment biaisée par une méconnaissance des coutumes et des langues. A chaque fois pourtant, j'ai essayé de rechercher les articles de journaux les plus récents, les livres d'histoire de références, les films aussi réalisés par des artistes locaux. Ce n'est sans doute pas la seule manière de voyager. D'autres rechercheraient plutôt le contact avec les habitants pour apprendre d'eux – ce n'est pas mon fort et cela rend mes rares rencontres d'autant plus précieuses. Je me souviendrai avec tendresse d'Alvaro et Juanita à Paihuano, dans la vallée de Pisco au nord du Chili, de Joy le peintre indien qui a choisi de s'enterrer à Vashisht, dans le froid glacial de la province indienne d'Himachal Pradesh, de Chenda le bhoutanais qui m'accompagné tout au long de mon séjour dans son incroyable pays, de Tomo enfin le jeune étudiant japonais qui nous a fait visiter les temples de Nara. En fait, par un effet de panurgisme touristique, les voyages favorisent d'abord les rencontres avec les autres voyageurs : Corinne à Atacama, Jay et Miriam lors de l'ascension de l'Aconcagua, Manu et Marie-Laure dans le Sikkim, Mandoline en Mongolie, Areti au Guatemala et à Mexico sont des êtres qui, chacun avec une personnalité particulière, rendent ce monde encore plus intéressant à vivre. C'est pour de telles rencontres que je continue et que je continuerai à voyager.
Sans doute plus une année entière cependant. Ce fût un peu long et peut-être le lecteur a-t-il également éprouvé une certaine lassitude devant l'accumulation de notes. Je ressens aujourd'hui le besoin de me poser quelques temps, de réfléchir à cette année si riche et si bousculée, de regarder un peu vers le futur. Il est certain par contre que je repartirai un jour prochain pour un long voyage.
Je n'aime pas retourner deux fois au même endroit, et peut-être est-ce un tort. Partout, la situation politique et économique évolue et chaque pays se vit différemment d'une année sur l'autre. Déjà, en quelques mois, les pays que j'ai parcourus ont changé :
- Le Chili toujours gouvernée par la socialiste Michelle Bachelet bat des records de croissance économique mais la politique d'austérité suscite des mécontentements de la part des salariés. Une manifestation à Santiago a été réprimée violemment ce mois d'août, faisant plusieurs dizaines de blessés.
- L'Argentine se prépare à élire une femme à la tête de l'état, en la personne de Cristina Kirchner, l'épouse de l'actuel président Nestor Kirchner. Souvent comparé à Bill et Hillary Clinton, le couple présidentiel cherche en fait à contourner la Constitution argentine qui interdit de briguer un troisième mandat après deux mandats consécutifs. Intercaler Cristina aujourd'hui permettra à Nestor de briguer encore deux mandats dans quatre ans. En attendant, le pays se penche de nouveau sur le passé peu reluisant des années 1976-1983, la Cour Suprême venant d'autoriser la reprise des enquêtes pour crime contre l'humanité envers les généraux qui avaient été graciés par l'ancien Président, Carlos Menem.
- L'Inde, ce pays de fondamentalistes religieux, ferment de toutes les injustices et de toutes les misères, qui vient de fêter son soixantième anniversaire depuis l'Indépendance, a élu une femme comme Présidente (Pratibha Patil). Il ne s'agit là que d'un geste symbolique, le réel pouvoir étant de toutes façons détenu par le Premier Ministre. Pendant ce temps, l'état du Maharastra et huit autres états ont rejeté les programmes d'éducation sexuelle proposés par le gouvernement ; "sex is instinctive, it is not necessary to teach children about it" est la réponse habituelle des organisations d'enseignants, tandis que l'épidémie de SIDA atteint des proportions catastrophiques chez les 15-29 ans (The Economist, September 15th). Les luttes entre castes continuent ; récemment, des castés demandaient dans la violence et dans le sang à être "dé-castés" pour bénéficier des privilèges octroyés aux Intouchables. Et la presse internationale continue à présenter ce continent à la mentalité arriérée comme une nouvelle puissance émergente.
- Au Bhoutan, en avril dernier, une simulation d'élections générales a eu lieu, sans grand enthousiasme d'ailleurs de la part d'électeurs parfaitement satisfaits par le régime monarchique au pouvoir depuis bientôt cent ans et qui craignent l'arrivée d'une démocratie aussi chaotique que chez le voisin indien ou népalais. La transition vers un régime multi-partite, décidée par le roi, aura lieu en 2008.
- Au Népal, il y a tout juste quelques jours, les maoïstes ont quitté le gouvernement de coalition dans lequel ils étaient entrés en 2006. Ils demandent l'abolition de la monarchie et la proclamation de la république avant les élections générales qui doivent avoir lieu à la fin de l'année. Les attentats pourraient recommencer dans un futur proche, mettant une fois de plus en péril l'industrie touristique si précieuse pour ce petit pays sans ressources.
- En Thaïlande, une nouvelle Constitution vient d'être approuvée par voie de référendum. Des élections générales devraient avoir lieu d'ici la fin de l'année, mettant ainsi un terme à plus d'une année de gouvernement militaire. Si l'on peut se féliciter de ce retour en douceur à la démocratie, il n'en reste pas moins que le pays reste divisé. Les partisans de l'ancien Premier Ministre Thaksin se réorganisent et pourraient bénéficier de la popularité de ce dernier, toujours intacte dans les zones rurales, pour remporter les futures élections.
- Au Japon, le Premier Ministre Shinzo Abe a fini par démissionner. Les élections sénatoriales qui s'étaient tenues au moment où je parcourais le pays s'étaient soldées par une cinglante défaite pour le parti du Premier Ministre (Voir note du 29-07-07). Shinzo Abe a choisi de rester à son poste malgré la défaite et une cote d'impopularité record. Sa démission est arrivée brusquement et semble avoir surpris tout le monde politique japonais.
- Au Mexique, alors que je quitte tout juste le pays, une loi vient d'être votée, qui met un terme au règne de l'argent-roi pendant les campagnes électorales. "Les parlementaires ont aboli un système calqué sur celui des Etats-Unis, où les candidats financièrement les mieux dotés achètent un maximum de temps d'antenne, et où l'on tolère la propagande négative contre l'adversaire, pour se rapprocher des règles en vigueur en France comme dans le reste de l'Amérique latine." (Le Monde du 15 septembre 2007). Ce qui n'a pas empêché des attentats d'avoir lieu dans la province de Veracruz, sans doute perpétrés par des groupuscules d'extrême-gauche : dynamitage de pipelines en protestation contre l'augmentation du prix de l'essence.

Ce voyage fût une irremplaçable ouverture sur le monde et les hommes. La connaissance des autres pays, de leurs cultures et de leurs mœurs ne saurait faire oublier qu'il est toujours un endroit où il fait bon vivre. Cet endroit, c'est la France à qui je veux maintenant consacrer un peu de mon temps et de mon énergie : au travail!

Commentaires

Nico merci de nous avoir fait partager ces beaux moments et je te rassure tu t'en ai fort bien sorti!

Bon courage pour le retour au quotidien et a tres bientot


Amitites


Michel et Sofia

Ecrit par : Michel et Sofia | 24.09.2007