06.09.2007
Mexique : De Chiapas à la crise financière - Ouvrage collectif
A ma connaissance il n'y a guère qu'une seule librairie française à Mexico et dont les étagères sont d'une pauvreté affligeante. Pourtant située dans l'enceinte du consulat français, elle ne fait guère honneur à notre pays : aucun ouvrage d'auteurs mexicains traduits en français, peu de magazines d'actualité, et quasiment aucun ouvrage sur le Mexique en général. En désespoir de cause, j'ai fait l'acquisition de celui-ci, paru aux Editions l'Harmattan il y a quelques années et intitulé "Mexique – de Chiapas à la crise financière". Il s'agit d'une œuvre collective qui regroupe les textes de diverses personnalités du monde politique mexicain, y compris une lettre signée du sous-commandant Marcos et adressée à Ernesto Zedillo, quelques semaines après son élection contestée (1994).
Comme son titre l'indique, l'ouvrage s'intéresse à la crise chiapanèque, telle qu'elle a été révélée au grand jour le 1er janvier 1994 lorsque des bandes de rebelles armées ont occupé plusieurs villes du Chiapas avant d'en être délogées par l'armée régulière. Il fait le point des revendications indigènes et analyse les causes du mouvement : héritage maya de tradition rebelle, action pastorale des représentants de l'Eglise qui ont profondément renouvelé leurs sermons dans les années 1970 et ont participé à l'épanouissement du désir d'autonomie des descendants des mayas, problème de la répartition de la terre ("Moins de terre pour plus de pauvres", régime raciste et oligarchique qui prédomine dans l'état du Chiapas, signature par le gouvernement d'un traité de libre-échange avec les Etats-Unis (ALENA) considéré par beaucoup comme une atteinte à la souveraineté nationale, etc. Tout cela est plus ou moins connu et reflète sans doute une partie de la réalité. Le problème avec cet ouvrage, c'est qu'il n'y a aucun texte défendant le modèle néo-libéral adopté par le gouvernement mexicain. Tous les auteurs sont de gauche, pro-zapatistes et leurs convictions, parfaitement justifiées au vu des textes présentés, mériteraient d'être au moins contrebalancées par la doctrine officielle. Or, ce n'est pas le cas et le lecteur reste un peu perplexe devant la situation apocalyptique qui est décrite. De plus, il manque pas mal de justifications sur beaucoup de points et quelques chiffres bien choisis vaudraient parfois mieux que de longues phrases.
Parmi tous les auteurs, le texte de Carlos Fuentes "Mexique 1995 : Bon réveillon!" sort du lot par la clarté et la sincérité de l'exposé. C'est à lui que j'emprunte les derniers mots de cette note : "Une fois de plus, le décalage des institutions mondiales par rapport aux nouvelles réalités mondiales saute aux yeux. (…) En cette année du cinquantième anniversaire des Nations Unies, il est urgent de mettre à jour l'organisation mondiale (FMI et Banque Mondiale). (…) Retenons les bonnes idées du proche passé : l'inévitable ouverture au monde, l'effort de compétitivité. (…) Ne répétons pas nos erreurs. Nous ne pourrons les éviter qu'en encourageant la production et l'épargne, un travail meilleur pour un meilleur salaire. Cela demande du temps et de la volonté. Cela demande aussi la démocratie." Ce texte date de 1995. Au vu des controverses qui ont marqué les élections récentes, beaucoup de chemin reste à faire dans le sens d'une plus grande transparence démocratique.
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30.08.2007
De Florès à Belize
Je quitte le Guatemala sans regrets. Ce que j'en ai vu ne m'a pas donné l'envie de prolonger plus avant mon séjour dans ce pays. Les habitants sont pauvres mais certains sont malhonnêtes et il n'est pas facile d'échapper aux propositions insistantes des agences de voyage, tout au moins dans un endroit hyper-touristique comme Florès.
Il faut dire que l'histoire récente du pays est d'une tristesse affligeante, comme un gigantesque ratage depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, dont la responsabilité incombe d'ailleurs largement aux Etats-Unis. Sous prétexte de retourner des gouvernements taxés un peu trop rapidement de communistes alors qu'ils ne voulaient que le bien de leur peuple, la CIA a financé plusieurs coups d'état et soutenu des dictatures sanglantes qui ont mis le pays en coupe réglée. Comme d'habitude, les plus pauvres ont dérouillé : expulsions de paysans pour restituer les terres à des propriétaires qui s'empressent de les mettre en jachère, violences répétées à l'égard des femmes (le rapport d'Amnesty International indique qu'au moins 580 femmes ont été tuées en 2006), exploitation moyenâgeuse des agriculteurs dans les plantations de café
(voir à ce titre l'excellent ouvrage de Naomi Watts "No Logo" avec, en particulier, l'implication active de la chaîne américaine Starbucks dans ce qu'on peut nommer de l'esclavage moderne), absence de protection sociale pour les ouvriers des "maquilas, ces entreprises de sous-traitance à capitaux étrangers et travaillant pour l'exportation. Tout cela se ressent bien entendu parmi les habitants, qui sont d'une tristesse désabusée comme je n'en ai jamais rencontrée dans mes voyages.
Le 9 septembre prochain, des élections générales doivent voir lieu. La campagne présidentielle a donné lieu à des poussées de violence d'une ampleur considérable : "Selon Mirador Electoral (ME), une coalition d'organisations civiques qui observe la consultation, c'est la campagne la plus violente depuis la fin des régimes militaires et le retour à la démocratie dans le plus grand des pays d'Amérique centrale, en 1985. (…)Toutes les formations politiques sont visées. (…)Le Guatemala a enregistré 2 857 homicides au premier semestre 2007. La violence politique est attribuée pour l'essentiel aux mafias de trafiquants de drogue et aux groupes paramilitaires reconvertis dans la criminalité qui ont infiltré les partis, la police et l'armée." (J-M Carois, Le Monde du 17-08-07).
J'avais prévu de retourner directement au Mexique aujourd'hui. Mais dans le bus qui part de Florès, je retrouve Aretty, la jeune grecque que j'avais croisée sur la route de San Cristobal, celle-là même que les vestiges maya laissaient indifférente car ils ne tenaient pas la comparaison avec les ruines de son pays (Voir note du 24-08-07). Elle se rend à Belize pour quelques jours et m'assure que les sites de plongée y sont exceptionnels. Après tout, pourquoi pas? Je ne suis pas pressé et la perspective de passer quelques jours sur une île des Caraïbes n'est pas pour me déplaire.
Je descends donc avec elle à Belize City. La ville ressemble vaguement à ce que j'imagine de Nairobi ou de Mogadishu, sauf que la capitale n'a pas été dévastée par plusieurs années de guerre. N'empêche, ce n'est pas très reluisant : des gamins misérables abordent les quelques touristes dès la descente du bus. Tout ici a l'air vieux et mal entretenu.
Nous prenons un bateau direction Caye Caulker, au large de la côte. Rien à voir avec l'agitation de la capitale. Il y a là un petit air de la Jamaïque avec une forte tendance rasta, du reggae qui s'écoule des bars en bois le long de la plage et une douceur de vivre toute tropicale.
23:15 Publié dans 8 - Mexique-Guatemala-Belize, Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tour du monde, voyage, belize, guatemala, mexique
15.08.2007
Une affaire personnelle - Kenzaburo Oé
Allez, dernier roman japonais avant de passer à autre chose. "Une affaire personnelle" est l'œuvre de Kenzaburo Oé, l'un des romanciers les plus célèbres au Japon. Ce livre est en partie autobiographique.
Bird, professeur d'anglais dans une boîte à bachots, attend la naissance de son premier fils. Il erre dans les rues de Tokyo, rentre chez lui et attend le coup de téléphone du médecin. Ce dernier lui apprend que l'enfant est né pais qu'il est anormal. Commence alors une lente descente aux enfers pour Bird qui fuit ses responsabilités dans l'alcool, le sexe et l'apitoiement sur lui-même. Trois jours durant, alors que la survie de l'enfant est incertaine, Bird va vivre dans un cauchemar alimenté par ses peurs, sa paranoïa, une fuite en avant qui débouchera sur l'acceptation de ses responsabilités face à l'enfant qui est né.
Le livre est terrible. On assiste à la destruction lente et systématique du narrateur qui évolue dans une ambiance kafkaïenne où tous, du médecin à sa femme, de ses élèves à sa maîtresse, semblent se liguer contre lui. Et plus il avance dans le temps, plus il s'enfonce dans son cauchemar. "Cette épreuve compenserait-elle en partie les souffrances du bébé?...s'il y avait une souffrance stérile, c'était bien celle de la gueule de bois". Et sa femme de lui dire, alors qu'elle n'est pas au courant de l'état de l'enfant :"Bird, penses-tu jamais à quoi que ce soit, en dehors de toi-même?...As-tu vraiment envie d'avoir un enfant, Bird?...Serais-tu capable de te sacrifier pour le bébé? Es-tu capable de prendre tes responsabilités?". Tous autour de lui semblent l'assiéger de questions auxquelles il ne veut pas répondre :"…le fait était que même l'annonce d'une troisième guerre mondiale l'eût laissé indifférent". Paradoxalement, le livre débouche sur un espoir qui tranche un peu avec le ton de l'ensemble mais possède sans doute une vérité autobiographique.
20:00 Publié dans 7 - Japon, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, tour du monde, voyage, livre, litterature
08.08.2007
D'Abashiri à Rausu, le Parc National de Shiretoko
La veille au soir, je ne peux pas m'empêcher de le mentionner, j'ai mangé mes meilleurs sushis du séjour. C'était dans un petit restaurant qui ne payait pas de mine mais les produits étaient frais du matin et le cuisinier, qui était aussi le patron, pas chiche sur la quantité. C'est bien simple, le poisson recouvrait entièrement le morceau de riz!
Pour quelques jours, je loue une voiture afin de ne pas être tributaire des transports en commun, de plus en plus rares au fur et à mesure que l'on s'éloigne du centre de l'île.
C'est à peu près le même prix qu'en France (50Euros/jour) mais, à tarif égal, il me semble que j'ai un modèle plus performant: une Toyota Corolla, automatique bien sûr, avec volant à droite comme il se doit pour la conduite à gauche qui est la norme au Japon. Je quitte Abashiri dans la matinée, direction le parc national de Shiretoko, à l'extrême nord-est d'Hokkaido. D'après le Lonely Planet, "so few people get here that humans haven't ruined it yet". En fait ce n'est pas l'endroit désert dont j'avais rêvé. Tout y est parfaitement aménagé et les cars de touristes se suivent sans discontinuer. Certes, la route qui longe la mer est splendide. Les japonais ne sont pas des fous du volant et la vitesse est limitée à 50km/h ; cela laisse le temps d'apprécier le paysage. Je comptais faire un peu de randonnée mais lorsque j'arrive au début du chemin, je le trouve fermé. Explication : des ours ont été repérés ces derniers jours dans les parages et pour d'évidentes raisons de sécurité, personne n'est autorisé à emprunter le sentier. Dommage pour cette fois. A défaut de pouvoir le gravir, je me console avec une vue du Mont Rausu depuis le pied de la montagne.
Du coup je trace la route et arrive de l'autre côté du parc de Shiretoko, à Rausu. Je descends dans un ryokan confortable bâti à l'emplacement d'une source chaude. Cette fois-ci il s'agit d'un véritable onsen, les bains sont à l'extérieur dans un décor naturel grandiose. Le soir, c'est un véritable délice de se plonger dans l'eau brûlante alors que l'air ambiant se refroidit.
Le calme impressionnant qui règne dans le ryokan à la nuit tombée, me permet de finir un étrange roman, le premier que je lise de Haruki Murakami : "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil". Pour être franc, je n'avais jamais entendu parler d'Haruki Murakami avant de débarquer au Japon il y a trois semaines. En fait il semble qu'il s'agisse de l'écrivain japonais le plus renommé à l'étranger, après Yukio Mishima. En tous cas, "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" m'a beaucoup plu. Je me suis surpris à le dévorer en fait. Pourtant l'histoire est assez banale : Hajime approche de la quarantaine. Il gère deux clubs de jazz, est marié, deux enfants et se considère plutôt heureux, entre une famille qui l'aime et qu'il aime et une réussite matérielle indéniable. Un beau jour débarque dans son bar Shimamoto-san, une vieille amie d'enfance, la seule qu'il ait jamais eue. Peu à peu, de conversations en conversations, puis de rencontres en rencontres, sa vie est complètement bouleversée. Je ne sais pas comment l'auteur s'y est pris (avec talent, c'est certain!) mais on ressent profondément la souffrance de Hajime devant le dilemme que lui pose la réapparition épisodique, fantomatique presque, de Shimamoto-san. Le livre est très touchant et réussit en tous cas à tenir un lecteur moyen en haleine avec des thèmes pourtant assez simples (le retour du passé, la femme fatale, le vieillissement, etc.).
Dans la foulée, j'achète "Norwegian Wood", le roman de Haruki Murakami considéré comme son meilleur.
23:40 Publié dans 7 - Japon, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, tour du monde, voyage, livre, litterature
05.08.2007
De Rebun-to à Biei, via Asahikawa
La cérémonie d'adieux de l'équipe de l'auberge est dans le même ton que tout le séjour. Sauf qu'en plus des G.O, tous les autres clients font le déplacement pour voir partir le ferry. Tandis que nous les observons depuis le pont supérieur, la dizaine de joyeux lurons présente n'en finit pas de chanter en sautillant et en frappant dans les mains.
Les adieux continuent jusqu'à ce que le ferry soit hors de vue mais il y a déjà bien longtemps que nous n'entendons plus leurs chants.En fait, aujourd'hui n'est qu'une longue journée de transport jusqu'à Biei, l'une des portes d'entrée au parc national de Daisetsuzan que je compte visiter le lendemain. Le train est une véritable tortue qui s'arrête dans toutes les gares intermédiaires. Je change par deux fois, une fois à Naroyo et une autre fois à Asahikawa, la capitale provinciale où je dis adieu à une française rencontrée par hasard. La quarantaine passée, France, professeur de danse à Orléans, visite Hokkaido pour la première fois mais c'est son deuxième séjour au Japon : elle a passé les vacances d'hiver à Kyoto. Nous discutons de choses et d'autres pendant le trajet, ce qui rend les heures beaucoup plus courtes. France s'était rendue sur l'île voisine de Rebun-to, Rishiri et elle y est restée pendant une semaine. Elle en revient un peu déçue car le mauvais temps qui a sévi toute la semaine ne lui a pas permis de visiter toute l'île. Egalement, le côté culturel que l'on trouvait à Kyoto lui manque à présent. Et c'est vrai que, de ce point de vue là, Hokkaido a peu à offrir. Je m'y attendais, aussi ne suis-je pas déçu. J'ai voulu passer quinze jours entre histoire et modernité dans le Kansai, aussi l'endroit le plus intéressant pour mes parents. A présent, je découvre le Japon "rural", plus reposant à vrai dire, loin de l'agitation frénétique des grandes agglomérations.
Après avoir pris ma correspondance vers Biei, je termine un autre roman de Yukio Mishima, le deuxième de ce séjour après "le marin rejeté par la mer". "Après le banquet" décrit le mariage d'une tenancière de restaurant huppé qui approche la cinquantaine avec un vétéran de la politique, de dix ans son cadet, sur fond de campagne électorale pour la mairie de Tokyo. Le roman est avant tout le portrait d'une femme décidée, entreprenante et pour qui, dans une certaine mesure, tous les moyens sont bons pour réussir. Elle ne cessera de s'opposer à son mari, homme discipliné, intègre et rigoureux qui fait passer ses principes moraux et ses convictions au-dessus de tout le reste. D'une susceptibilité exacerbée, il n'aura d'autre choix que demander le divorce pour mener la vie sans surprise qu'il a choisie. J'ai préféré ce roman à "Le marin rejeté par la mer". Mishima nous fait réellement pénétrer dans l'intimité d'un couple et expose, avec certes un fort parti pris pour l'épouse, les conflits insolubles auxquels est confronté ce couple qui s'est formé trop tard. Si "Le marin rejeté par la mer" décrivait sans concession une jeunesse déboussolée que le système mis en place confinait à la violence meurtrière, "Après le banquet" montre les élections politiques sous l'angle de la magouille et du pouvoir de l'argent-roi. Le candidat du parti réformateur est battu pour manque d'argent et parce qu'il s'est refusé à utiliser des moyens déloyaux envers son adversaire ; lequel, en revanche, n'a pas hésité à user de toutes les bassesses pour se faire élire et y a finalement réussi. Entre échec public et faillite privée, le romancier ne laisse pas beaucoup d'espoir à la société dans laquelle il évolue.
23:15 Publié dans 7 - Japon, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, tour du monde, voyage, litterature, livre
01.08.2007
De Osaka à Sapporo
Je prends le premier vol du matin à destination de Sapporo. Le billet All Nippon Airways fait partie du billet "tour du monde" que j'ai acheté avant de débuter ce voyage. Pourtant je rencontre un problème à l'enregistrement. Mon billet possède une date de péremption au 15 juillet et l'employée m'annonce qu'il n'est plus valable. Je lui explique que le billet est valable un an après le premier voyage (c'était le Paris-Delhi de janvier dernier) et qu'il s'agit manifestement d'une erreur, qui ne m'est pas imputable. Avec le sourire, elle passera un bon quart d'heure à tout vérifier, faisant même une photocopie du tampon d'entrée en Inde sur mon passeport afin de valider la date du premier voyage. Finalement, je serai autorisé à embarquer.
Sapporo est une ville moderne, dont la création est assez récente puisqu'elle ne remonte qu'à 1860. On y retrouve les classiques artères bordées d'imposants centres commerciaux. Seul témoin du passé, l'ancienne mairie est conservée en l'état et transformée en musée. Pour le reste, l'indigence historique de la ville se traduit par la mise en valeur d'absurdités comme la tour de télécommunications, pâle imitation réduite de notre tour Eiffel. Le musée de la littérature aurait pu être intéressant s'il y avait eu un minimum de commentaires en anglais. Hélas, tout est en japonais et je suis obligé de demander, tout penaud, qui est l'écrivain auquel est consacré l'exposition temporaire.
A défaut de visiter des monuments, le mieux est encore d'observer les gens se promener dans les rues.
Le soir, je vais voir "Die Hard 4", le dernier opus ultra-violent de la série. Cette fois-ci John Mac Lane affronte des cyber-terroristes au cours de plus de deux heures de courses-poursuites et de fusillades "abracadabrantesques". Inutile de chercher un scénario cohérent, il n'y en a pas. Dommage... Je me souviens encore de la sortie du premier volet, réalisé alors par John Mc Tiernan et qui mêlait habilement humour et action. Aujourd'hui, Bruce Willis est fatigué, laissons-le en paix.
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30.07.2007
A Osaka
Le matin, nous allons nous baigner dans un onsen dans la banlieue d'Osaka, ces sources chaudes dont les japonais raffolent. En fait celui-là est un onsen aménagé en spa, c'est-à-dire qu'autour du bassin d'eau chaude, on trouve aussi un sauna, un bain d'eau glacée etc. En tous cas, le complexe a du succès auprès des japonais retraités qui viennent y passer une partie de la matinée. Hommes et femmes sont séparés dans deux bassins différents. Normal car tout le monde est ici complètement nu, le rapport au corps et à la nudité étant un peu différent de ce que nous connaissons en occident.
L'après-midi, nous nous baladons encore une fois autour de la gare sud d'Osaka. Le quartier regorge de salles de jeux, les pachinko, qui ne désemplissent pas du matin au soir.
Précisément, je termine le deuxième tome de cette passionnante "Histoire du Japon et des Japonais". L'auteur tient des propos assez pessimistes sur la jeunesse japonaise d'aujourd'hui. Subissant la pression d'un système éducatif fortement normatif et compétitif (on a parlé du Japon actuel comme "l'Empire du concours"), cette adolescence "consumée dans un bachotage épuisant à base de batteries desséchantes d'exercices stéréotypés, éprouve des frustrations et des rancoeurs, source de violence croissante". Entre repli sur soi, introversion ou ultra-violence parfois nourrie par un univers de jeux vidéo et de séries télévisées, la génération actuelle des jeunes gens de 15 à 30 ans fait face à de sérieux problèmes de désocialisation.
Un (mauvais) film sorti récemment illustre (bien) la perte de repères d'une génération qui ne se reconnaît plus dans le modèle d'une société au service de l'économie qui a prévalu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C'est "Babel" de A. Amenabar dont plusieurs épisodes se passent à Tokyo. Le réalisateur filme une jeune sourde-muette, dont la mère s'est suicidée, dont le père, homme d'affaires, ne sait pas s'occuper et qui est complètement perdue alors que ses premiers désirs de femme apparaissent.
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25.07.2007
Tokyo – Kamakura - Tokyo
Nous quittons un peu la frénésie du centre de Tokyo en direction de la côte. Mais il faut voir le monde qui grouille dans la gare centrale le matin!
Dans l'excellent recueil de mémoires de Robert Guillain ("Orient Extrême, une vie en Asie), ce dernier, qui a été le correspondant permanent en Asie du journal Le Monde pendant les vingt années d'après-guerre, compare les japonais à des fourmis, sans que cette comparaison, qui avait fait scandale à l'époque, ait rien de péjoratif. Je comprends bien aujourd'hui cette analogie. Robert Guillain, qui a épousé une japonaise, était un des meilleurs spécialistes français du Japon. S'il fallait conseiller un livre à lire sur l'Asie, son livre de mémoires serait mon premier choix. Je l'ai lu il y a plusieurs années, alors que la perspective d'un voyage au Japon était inconcevable pour d'évidentes raisons financières et son souvenir reste gravé dans ma mémoire. Ses pages m'accompagnent aujourd'hui et j'en découvre chaque jour la justesse de l'analyse.
Il faut une heure pour se rendre à Kamakura, au sud de Tokyo, ville qui fût au XIIème siècle la capitale du Japon. Il en reste aujourd'hui un certain nombre de temples bouddhistes disséminés dans la campagne environnante et que nous visitons dans l'ordre : Engaku-ji, Tokei-ji et Jochi-ji ne présentant pas d'intérêt particulier, sinon celui d'être parfaitement intégré au paysage environnant. On a l'impression qu'aucun arbre, aucune herbe n'a été coupée pour y construire les édifices. Entouré d'une végétation luxuriante, chaque ensemble de temple possède de petits chemins de pierre pour aller d'une bâtisse à l'autre. Il règne ici un calme reposant ; on a l'impression d'évoluer plusieurs siècles en arrière et l'on s'attend à chaque instant à voir surgir de derrière un bosquet un moine bouddhiste vêtu de sa robe de cérémonie qui viendrait nous demander la raison de notre présence en ces lieux de culte.
Mais le plus époustouflant de la journée aura été le grand Bouddha en bronze mesurant près de 12m de haut et pesant plus de 800 tonnes. Assis en extérieur dans l'enceinte du temple de Daibutsu, son visage serein répand la compassion et la bonté sur tous les visiteurs.
Au retour, nous passons devant la ville de Yokohama, port industriel et, avec ses quatre millions d'habitants, deuxième agglomération du Japon. C'est là que se situe l'action du roman de Yukio Mishima que je viens de terminer. "Le Marin rejeté par la Mer" raconte la triste histoire d'un marin qui épouse une jeune veuve et suscite la haine mortelle du fils de celle-ci. Avec la bande d'adolescents à laquelle appartient le gamin, Mishima décrit une jeunesse japonaise complètement déboussolée, ayant perdu tout repère et surtout le respect des anciens. Le retour aux traditions japonaises des siècles passés était une constante de la rhétorique de cet auteur. Suivant ses convictions jusqu'à l'absurde, Mishima a connu une fin tragique, largement médiatisée. Se rendant au QG de l'armée à Tokyo pour une pitoyable tentative de renversement de l'état-major, il n'a pas supporté son échec et s'est suicidé à la manière des samouraïs, en se transperçant le corps avec son sabre. Un de ses amis a achevé son agonie en le décapitant.
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13.06.2007
La grande révolution chinoise, 1800-1989 - J.K. Fairbank
En fait le livre s'arrête en 1985 mais, les événements de Tienanmen étant survenus en 1989, l'éditeur a cru bon de rajouter une préface postdatée et de modifier sur la couverture le titre de l'ouvrage. En fait, les bouleversements qui ont mené à la répression sanglante du mouvement étudiant ne sont pas décrits dans le livre.
Malgré cette malhonnêteté éditoriale, le livre, écrit par l'un des meilleurs sinologues américains, est passionnant. L'auteur décrit la fin du règne de la dynastie mandchoue (1644-1912) de l'intérieur. De nombreux chapitres sont consacrés au mode de gouvernement de l'empire chinois au XIXème siècle, avec une classe de fonctionnaires recrutés par des séries d'examen draconiens relatifs aux classiques de la littérature et de la poésie chinoise (les sciences faisaient alors l'objet d'un dédain très aristocratique). L'arrivée des premiers européens au milieu du XIXème siècle a bouleversé un pays jusque-là refermé sur lui-même. La découverte de la supériorité technique occidentale a profondément choqué et inquiété le régime chinois qui cultivait une xénophobie nationaliste ancestrale. Les relations commerciales avec les anglais alliées à une corruption accrue et à l'incompétence de l'impératrice douairière ont provoqué le renversement du pouvoir monarchique en 1912 et la naissance d'une république chinoise.
Pourtant, les années 1912-1949 restent marquées par le règne de seigneurs locaux que le pouvoir central n'arrivait pas à contrôler. Le Kuomintang de Sun-Yat-sen (mort en 1925, remplacé par Chiang Kai-shek) affronte le Parti Communiste émergeant dont Mao Zedong prend peu à peu la tête, faisant habilement jouer les sentiments nationalistes exacerbés par l'invasion japonaise de 1932.
La fin de la seconde guerre mondiale sonne le glas de la puissance du KMT. Après une courte guerre civile, Chiang Kai-shek s'enfuit à Taiwan et Mao proclame la République Populaire de Chine (1949). Suit alors une période de reconstruction du pays, avec l'aide de plusieurs milliers de spécialistes soviétiques dépêchés par Moscou. En 1958, Mao lance "le grand bond en avant", une tentative d'industrialiser le pays via le travail des paysans sur des projets de grande envergure (Mao a toujours considéré les masses de paysans chinois comme la base de la révolution socialiste, allant même à la fin de sa vie jusqu'à nier le rôle des intellectuels dans le fonctionnement du pays). Le résultat du "grand bond en avant" fût un désastre économique majeur et une série de famines dramatiques aboutissant à plus de 20 millions de morts. En 1962, le "grand bond en avant" est arrêté mais Mao, un temps discrédité, reste à la tête du part et rompt ses relations diplomatiques avec l'URSS, chacun accusant l'autre d'avoir trahi le modèle socialiste.
Puis, en 1966, c'est le début de la "Révolution Culturelle". S'appuyant sur des bataillons d'étudiants rebaptisés "gardes rouges" (les universités ont fermé leurs portes dès juin 1966), Mao cherche à la fois à renforcer son propre pouvoir et à éradiquer toutes les formes d'attitudes bourgeoises dans la société. Du jour au lendemain, des dizaines de milliers de professeurs, d'intellectuels, de hauts fonctionnaires du parti se sont vus persécutés, ont fait l'objet de séances publiques humiliantes de rééducation. Beaucoup se sont suicidés. La "Révolution Culturelle" a duré dix ans et n'a pris fin qu'avec la mort de Mao et le procès de la bande des quatre. Après le "grand bond en avant", la "Révolution Culturelle" a plongé le pays dans un chaos total dont il ressort tout juste à présent.
La suite est connue : ouverture progressive aux capitaux étrangers, effort de modernisation politique intérieure de l'enfant unique et répression sans pitié des mouvements démocratiques.
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21.05.2007
State of Nepal, ouvrage collectif
"Sate of Nepal" est un ouvrage collectif commandé par deux éditeurs, l'un indien, l'autre népalais. A travers une vingtaine d'articles écrits par des intellectuels des deux bords, chercheur, anthropologue, historien, journaliste ou diplomate, il se propose de faire le tour des principaux problèmes de société au Népal : ethnicité, religion, politique, royauté, maoïsme, économie, éducation etc. Publié pour la première fois en 2002, il a fait l'objet de rééditions successives chaque année et d'une mise à jour plus complète en 2005. Il faut dire que c'est à peu près le seul ouvrage aussi complet sur le Népal actuel, encore m'a-t-il fallu le rechercher avec persévérance dans la boutique "Pilgrims House" de Kathmandou.
Je pensais ne lire que quelques chapitres de ce livre mais, d'un article à l'autre, d'un sujet à l'autre, impossible de m'en défaire et j'en ai fait mon livre de chevet toutes ces deux dernières semaines.
- L'histoire récente du Népal, pays qui n'a jamais connu la colonisation, a été marquée par trois périodes distinctes : 1950-1959, l'accès à l'indépendance et une tentative de démocratie parlementaire, rapidement mise au pas par le roi Mahendra. 1959-1990, interdiction des partis politiques et instauration du "Panchayat", un système de gouvernement qui, sous une apparence de conciliation nationale, mettait tous les pouvoirs dans les mains du roi. En 1990, un mouvement populaire aboutit à la suppression du Panchayat au profit d'un régime parlementaire multipartite qui perdure de nos jours. Le roi est en retrait mais son effacement relatif est regretté par certains. Les partis politiques se sont en effet largement discrédités pendant les 15 années de démocratie, faisant du Népal l'un des pays les plus corrompus du monde.
- En 2001, le dauphin du roi assassine son père, sa mère et plusieurs autres membres de la famille royale avant de se donner la mort. Quoique toute la lumière n'ait jamais été faite sur cet épisode tragique, il semble que l'origine de l'acte vienne d'une déception amoureuse _ le prince héritier n'ayant pas reçu l'accord de ses parents pour épouser sa dulcinée. Toujours est-il que c'est le frère du roi, Gyanendra, en voyage ce jour-là qui règne à présent sur le royaume du Népal.
- La population népalaise – 23 millions d'habitants – est constituée de plusieurs dizaines d'ethnies parlant autant de langages différents. Le népalais n'est parlé que par 30 à 40% de la population. Un système de castes dérivé des Lois de Manu a été mis en place au 19ème siècle, aboutissant à la suprématie de certaines ethnies (Bahun, Chhetri, Newar) qui forment jusqu'à aujourd'hui la majorité de l'intelligentsia népalaise.
- Une insurrection d'un groupe d'extrémistes de gauche – les Maobadi, partisans d'une philosophie marxiste-leniniste-maoïste – a commencé en 1996 et les rebelles se sont engagés dans une guérilla meurtrière (suite à l'éviction de leur parti de l'Assemblée Nationale). Après avoir fait plus de 3000 victimes (cibles militaires pour la plupart, peu de civils) et sous l'égide du roi Gyanendra, les maoïstes se sont engagés à arrêter leurs actions violentes et participent à présent au gouvernement, permettant ainsi au Népal de retrouver un potentiel touristique qui avait diminué ces dix dernières années.
- Une importante diaspora népalaise est disséminée en Asie, plus particulièrement en Inde où leur nombre est estimé à près de 6 millions. Pourtant, les liens entre ces émigrés et leur pays d'origine ont tendance à se distendre, les népalais vivant à l'étranger étant finalement peu désireux de rentrer chez eux, où une forte discrimination ethnique existe encore.
- Les années 1990 ont vu décupler le nombre d'ONG travaillant au Népal. On en dénombre plus de 11000 de nos jours, employant près de 40000 personnes et le bilan du développement est plutôt mitigé. Franchement négatif même à en croire certains articles, que l'on peut cependant raisonnablement taxé de chauvinistes. Il n'en reste pas moins vrai que l'absence d'indicateurs de performance rend difficile l'évaluation du travail des ONG. Le Népal reste l'un des pays les plus pauvres du monde : 75% de la population vit sous le seuil de pauvreté fixé à un revenu annuel de 150US$.
- Les aspects de l'éducation ont été négligés par les gouvernements successifs qui se sont succédés depuis 1990. Sur 1000 enfants népalais, 700 vont à l'école mais seuls 70 arrivent jusqu'au niveau BEPC. L'examen est réussi par 14 d'entre eux. 2 finalement auront leur baccalauréat. Bien que le nombre d'écoles et de lycées se soit multiplésr depuis les années 50, la qualité du système éducatif public reste lamentable. Quelques écoles privées ont pris le relais et obtiennent des résultats encourageants mais, outre le fait qu'elles ne s'adressent qu'aux fils de familles aisées, leur emplacement tend à renforcer l'hégémonie de la région de Kathmandoui au détriment des provinces plus éloignées et, souvent, plus peuplées.
Au final, on retire l'impression d'une société profondément inégalitaire. Je n'ai pas mentionnée le statut des femmes mais on aura compris qu'elles sont encore sous-représentées dans la société publique, quoiqu'elles soient de plus en plus présentes, notamment depuis l'avènement de la démocratie en 1990. Du point de vue économique également, corruption et népotisme empêchent le décollage du pays, tandis que, dans le même temps, le Népal devient un lieu de passage des marchandises de contrebande chinoise à destination du marché indien. Enfin, le jeu démocratique est faussé par les ambitions personnelles de politiciens véreux et l'absence de politique à moyen terme. Peu de raisons d'espérer sinon le développement de l'industrie touristique et la prolifération des moyens d'informations qui, comme le présent ouvrage, devraient aider à dresser un bilan clair du pays et proposer des solutions réalistes.
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