03.03.2007
De Calcutta à Darjeeling
Entre la richesse historique de Delhi et la modernité de Bombay, Calcutta est finalement, des trois villes principales de l'Inde, celle qui a le moins à offrir. La pauvreté y est certes plus marquée qu'ailleurs mais on est loin des clichés de Dominique Lapierre (lire "La Cité de la Joie") et on a le désagréable sentiment que les touristes, par leur seule présence, entretiennent un phénomène de mendicité autour des commerces de Chowringhee et de Sudder Street et contribuent à prolonger une situation dont les études récentes montrent qu'elle s'est grandement améliorée par ailleurs.
Le train me dépose à Siliguri et, de là, trois heures de jeep m'amènent à Darjeeling.
Le temps est couvert et, aussitôt la nuit tombée, les rues sont désertées par les habitants qui rentrent dans la chaleur relative de leurs foyers. Beaucoup de restaurants ferment à 20h et lorsque je rentre dans mon lodge à 21h30, je dois réveiller le propriétaire qui dormait déjà. Il faut dire que le froid est ici mordant et je retrouve les températures de mon début de séjour, avec joie, je l'avoue, après les chaleurs infernales du sud de l'Inde.
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26.01.2007
De Bundi à Pushkar
Coursé par quatre chiens que j'avais vus la veille somnolents et paresseux et qui, alors que le jour n'est pas encore levé, n'ont manifestement pas envie d'arrêter leur chasse nocturne, je saute dans un bus en direction de Pushkar.
Pushkar est une ville sainte de l'hindouisme qui abrite en particulier le ghat où furent dispersées les cendres de Gandhi. Mais il n'y a pas que ça et la ville regorge de temples, de lieux saints et de pèlerins. Inévitable contrepartie, des hordes de mendiants envahissent les rues, des lépreux, des sadhus, des faux prêtres et de vrais escrocs, des femmes aussi, et se ruent en bande sur tout étranger ayant le malheur de passer dans leurs périmètres visuels. Pourtant cela n'empêche pas Pushkar d'être l'une des villes les plus touristiques que j'ai visitées en Inde.
Parfois, évidemment, c'est un genre de tourisme un peu biaisé, qui tend à confondre nourriture spirituelle et trip psychédélique. Tels ces deux australiens, tout juste remis d'une bonne cuite la veille (dans une ville qui interdit pourtant toute consommation alcoolisée) et qui, sans doute pour se refaire une santé, fument un joint en guise de petit déjeuner, le tout à la terrasse d'un resto populaire. Incredible India!
Dans les ghats qui bordent le lac, une foule compacte et dense de pèlerins se baigne dans des eaux sacrées. Spectacle coloré chez les femmes qui gardent leurs saris multicolores pendant la baignade, spectacle en noir et blanc chez les hommes qui se rendent au ghat vêtus de leurs dhotis blancs. Au coucher du soleil, une douce lumière ocre envahit le lac et l'atmosphère des lieux, renforcée par le vol des pigeons et la diffusion de chants religieux, prend un aspect magique.
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25.01.2007
A Bundi
Bundi est une ville sale, comme toutes les villes de l'Inde. Les ordures sont jetées à même la rue et y restent jusqu'à assimilation dans l'estomac d'une vache, d'une chèvre, d'un mouton ou d'un cochon. Les mendiants défèquent dans les rues, rejoignant ainsi les innombrables fientes de pigeons et excréments de singes, de chiens, de tout le bestiaire urbain. Les eaux du lac artificiel se teintent d'une coloration verdâtre malsaine et la puanteur générale semble se réveiller en même temps que les humains, aux premières lueurs de l'aube.
Pourtant, la cordialité et la gentillesse des habitants ne semblent pas affectées par la porcherie infecte dans laquelle ils évoluent. Une promenade dans Bundi, à travers ses marchés et ses artisans, est l'occasion de rencontres nombreuses et sympathiques. Certes, au vingtième indien qui m'aborde pour me demander mon nom, mon pays d'origine et où est ma femme, je sens poindre en moi une note d'agacement. Mais je n'en laisse rien paraître et m'assoie volontiers aux terrasses des échoppes, sur les tapis des devantures, prenant le thé avec certains, une photo avec d'autres. Tous font preuve d'une curiosité gentille, presque naïve à l'égard de l'étranger venu leur rendre visite.
C'est la première fois, depuis le début de ce voyage, que je réalise combien ce pays peut être attachant, pas seulement par l'extraordinaire variété des monuments visités mais aussi et peut-être surtout par l'accueil de ses habitants.
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19.01.2007
Mc Leod Ganj et ses environs
Mc Leod Ganj est un spectacle en soi : les moines en robe rouge y côtoient les nombreux volontaires d'organisations humanitaires et les touristes de passage. Il y a ici bien plus de tibétains que d'indiens et dans la rue, on écoute plus volontiers les mantras bouddhistes que la pop indienne. Amusant de voir ces moines de tous âges, après avoir achevé leur prière du matin, se déverser dans le village, remplir les cafés Internet ou converser dans leur téléphone portable. En même temps, l'éducation reçue par ces jeunes moines reste on ne, peut plus traditionnelle. Et le sentiment qui se dégage de toute cette agitation un peu stérile est que l'on assiste, impuissant, à la fin d'une civilisation, que les efforts pour survivre à l'extérieur du Tibet sont vains malgré la publicité autour du Dalaï-Lama. La question tibétaine n'empêche pas les pays développés de renforcer leurs relations avec la Chine (qui organisera, rappelons-le les Jeux Olympiques 2008). Pour le Tibet, les mots d'autonomie et encore plus d'indépendance sont désormais vides de sens.
Un assez long trek m'amène à Triund, un petit refuge situé à presque 3000m. La vue doit être superbe mais pas aujourd'hui : les nuages bouchent complètement le paysage. , Trois chiens en manque d'affection me servent de gardes du corps pendant toute la promenade, au point que je ne sais pas comment m'en débarrasser.
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18.01.2007
A Mc Leod Ganj
Nous arrivons à Dharamsala à 01:30 du matin, bien en avance sur l'horaire prévu, ce qui ne m'arrange pas. Je saute dans un taxi après avoir tant bien que mal ramené le prix exorbitant que le chauffeur demandait pour me conduire à Mc Leod Ganj à des limites un peu plus raisonnables, quoique toutefois exagérées.
Trouver une auberge à 2h du matin dans un bled inconnu est toujours un plaisir indescriptible. Mon premier choix tombe à l'eau en l'absence des propriétaires, mon deuxième choix se révèle sale et cher et je m'arrête finalement à un dernier endroit qui, à défaut d'être d'une propreté étincelante, pratique un prix en accord avec le peu de temps que je compte y rester.
Le matin, après quelques heures de sommeil, je déménage vers la Kunga Guesthouse, située au centre du village et dont les chambres, spacieuses et bien entretenues, valent le léger surcoût qu'en demande le gérant.
C'est donc ici, à Mc Leod Ganj que réside Sa Sainteté le Dalaï-Lama. En fait, on peut visiter sa demeure qui incorpore un temple où vont prier en masse des fidèles venus souvent de toute l'Asie. A la réception où je viens demander le chemin du musée, se trouve un autre touriste en train de s'étonner de ne pas pouvoir rencontrer le Dalaï-Lama. Le réceptionniste, patient, lui répond dans un anglais parfait que le Dalaï-Lama ne revient que dans deux jours, qu'il passera la semaine en méditation et que les rendez-vous se prennent au moins un mois en avance et sont sujets à disponibilité de Sa Sainteté. Ces arguments, pourtant largement fondés (c'est déjà exceptionnel que le Dalaï-Lama reçoive ainsi le tout venant, même sur rendez-vous), ne semble pas convaincre mon lourdaud et lorsque je repasserai devant la réception une heure plus tard, il sera toujours là en train de discuter.
Le musée du Tibet retrace l'invasion chinoise de 1949-1950, la fuite à pied, à travers les montagnes himalayennes du Dalaï-Lama en 1959, l'installation en Inde et la répression chinoise qui continue de sévir au Tibet.
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17.01.2007
De Vashisht à Dharamsala et Mc Leod Ganj
Je quitte Vashisht l'après-midi. Ce petit séjour dans les montagnes aura surtout eu un intérêt humain: outre la rencontre avec Joy, il m'a permis d'observer la vie d'une petite communauté retirée qui semble n'avoir guère changée depuis des siècles malgré les irruptions timides de la modernité.
Je prends la direction de Mc Leod Ganj, la résidence officielle du Dalaï et du gouvernement tibétain en exil.
La taille du bus a diminué de moitié par rapport à ce qui était prévu et le siège que j'avais si judicieusement choisi au milieu, côté couloir, est maintenant situé tout au fond, côté fenêtre. En attendant le départ, un indien complètement soûl m'aborde et commence à me parler en hindi. Je tente de m'en débarrasser mais ce n'est que pour mieux le retrouver assis à côté de moi dans le bus. Au bout d'une demi-heure de trajet, alors que mon alcoolique semblait dormir du sommeil du juste, je le vois qui ouvre les yeux, tend une main désespérée vers la fenêtre, et s'affale sur moi, rendant tripes et boyaux par la fenêtre que j'avais heureusement ouverte pour lui, le tout sous le regard amusée et complice de son épouse. Euh, comment dire? Là, c'est un peu trop et je change de siège car par chance le bus n'est pas plein, laissant mon soûlard replonger dans les bras de son épouse et dans ceux de Morphée.
22:15 Publié dans 2 - Inde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal de bord, voyage, tour du monde
16.01.2007
A Vashisht - deuxième jour
Le matin, je prends un taxi en direction du nord, histoire de voir au moins une fois la neige de près. Je rencontre un touriste sikh habitant à Delhi et qui semble visiter les montagnes pour la première fois de sa vie. Il est très gentil et m'explique que, n'étant pas marié, je ne peux pas avoir accès à la forme suprême de l'amour : l'amour spirituel (il employait en fait le mot sexe…), les deux premières formes, primaires et sans intérêt, étant l'amour physiologique et l'amour sentimental. Je me garde de lui expliquer que ces dernières formes me suffisent largement pour le moment.
Le sikhisme est un mouvement religieux né au Punjab au XVème siècle en réaction à la domination des brahmanes et au système de castes. Mon ami silkh m'explique avec fierté que dans le temple d'or, à Amristar, toutes les castes se mélangent sans distinction. Je me rends précisément à Amristar à la fin de cette semaine et aurai ainsi l'occasion de vérifier la véracité de ses dires. En attendant, retenons que les sikhs, dans leur recherche de pureté et de rigueur, font le vœu de ne pas se raser. D'où le turban qu'arbore mon ami sur cette photo, ce qui ne l'empêche pas de relever qu'"en dessous, il y a des cheveux!!".
L'après-midi, je discute avec Joy, le propriétaire de la guesthouse dans laquelle je suis logé. Il me raconte sa passion pour la peinture, me montre certains de ses tableaux qui, en fait décorent sa maison. Nous parlons de littérature, de cinéma, de voyages aussi. Très ouvert, cultivé, il adore cette région de l'Inde mais critique fortement l'évolution actuelle de son pays, orientée vers les nouvelles technologies et le profit immédiat. Il fait un peu figure de sage, retiré dans les montagnes malgré son jeune âge (45 ans).
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15.01.2007
A Vashisht
Arrivé à Manali peu après 6h du matin, je prends un rickshaw vers Vashisht, un petit bled sur la colline avoisinante. Je frappe à la porte de la Sonam guesthouse, m'attendant à réveiller tout le monde. Pas du tout. Le proprio, Joy – à ne pas confondre, hélas, avec la célèbre actrice de films X – est aussi artiste peintre et vient de passer la nuit dans son atelier. Il me montre ma chambre et me tend la liste des films disponibles dans sa DVDthèque. J'y retrouve de nombreux cinéastes que j'ai appris à apprécier ces dernières années : Pasolini, Herzog, Godard, Jarmusch, Fellini… Improbable similarité des goûts par delà les continents et les origines.
Vashisht, c'est un peu le bout du monde, surtout en hiver où les routes qui mènent plus au nord sont bloquées par la neige. Peu d'habitants ont l'eau courante. Il y a une petite station thermale alimentée par une source chaude qui semble le point de rassemblement du village: les hommes s'y lavent, tandis que les femmes battent le linge à l'ancienne pour enlever la saleté. Le spectacle est impressionnant, d'autant que la température extérieure doit être légèrement négative en ce beau matin d'hiver.
Beaucoup d'hôtels et de restaurants sont fermés. Les trois-quarts du village ont déserté pendant l'hiver vers des lieux plus tempérés. Je croise un touriste allemand qui est arrivé aujourd'hui. Nous sommes les deux seuls occidentaux dans le village.
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14.01.2007
A Shimla
Shimla était la capitale d'été des fonctionnaires britanniques pendant l'époque glorieuse du Raj. Plusieurs bâtiments subsistent, dont l'auberge de jeunesse (vraie YWCA) où je descends. Le hall majestueux, le bel escalier en colimaçon, les dorures au plafond témoignent du faste de l'époque. Tout sauf ma chambre à vrai dire, dont le dépouillement décoratif s'apparente plus à l'immédiat après-guerre qu'à l'époque victorienne. Bon, pour 2,5 euros la nuit, je ne vais pas pleurer.
Je passe la journée à Shimla où il n'y a pas grand-chose à faire mais qui possède un avantage incontournable: son centre est entièrement piéton.
Un temple dédié au dieu-singe Hanuman trône sur la colline la plus haute des environs. Sévèrement gardé par une colonie de vrais singes, il ne présente en fait pas beaucoup d'intérêt.
Le soir, je prends le bus à destination de Manali, une petite station encore un peu plus au nord, encore un peu plus au froid.
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13.01.2007
Chandigarh, une utopie urbaine
Suite à la partition entre l'Inde et le Pakistan en 1948, la capitale du Punjab, Lahore s'est retrouvée côté pakistanais. Les indiens ont alors choisi un emplacement vierge pour y bâtir une nouvelle capitale régionale du Punjab rétréci associé à la province d'Haryana. Situé à moins de 300 kilomètres de Delhi, dans une zone peu peuplée, le site de l'actuel Chandigarh a été approuvé par Nehru. Restait à construire une ville.
Suite au désistement d'une équipe d'architectes américains, on fit appel à Le Corbusier pour la conception et la réalisation. Nous étions en 1950. Au même moment, l'architecture Oscar Niemeyer travaillait à la construction de Brasilia. Pendant près de 10 ans, Le Corbusier va imposer son style et ses conceptions architecturales au cours des travaux d'exécution. Qu'en est-il aujourd'hui?
La ville est moche, mais pouvait-on s'attendre à autre chose d'une ville créée ex nihilo? Le centre commercial ressemble à une banlieue défavorisée.
Si l'on peut admirer le travail accompli, il demeure que tout a sans doute été fait trop vite. Reste les vestiges d'une époque où le béton était roi et où la qualité de l'œuvre semblait être proportionnelle au volume des bâtiments…
Le soir, je quitte sans regrets cette utopie urbaine et me dirige vers Shimla, au pied du massif himalayen.
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