06.09.2007

Mexique : De Chiapas à la crise financière - Ouvrage collectif

5179f3ebaa9dea0ae31ed28cceb46dff.jpgA ma connaissance il n'y a guère qu'une seule librairie française à Mexico et dont les étagères sont d'une pauvreté affligeante. Pourtant située dans l'enceinte du consulat français, elle ne fait guère honneur à notre pays : aucun ouvrage d'auteurs mexicains traduits en français, peu de magazines d'actualité, et quasiment aucun ouvrage sur le Mexique en général. En désespoir de cause, j'ai fait l'acquisition de celui-ci, paru aux Editions l'Harmattan il y a quelques années et intitulé "Mexique – de Chiapas à la crise financière". Il s'agit d'une œuvre collective qui regroupe les textes de diverses personnalités du monde politique mexicain, y compris une lettre signée du sous-commandant Marcos et adressée à Ernesto Zedillo, quelques semaines après son élection contestée (1994).

Comme son titre l'indique, l'ouvrage s'intéresse à la crise chiapanèque, telle qu'elle a été révélée au grand jour le 1er janvier 1994 lorsque des bandes de rebelles armées ont occupé plusieurs villes du Chiapas avant d'en être délogées par l'armée régulière. Il fait le point des revendications indigènes et analyse les causes du mouvement : héritage maya de tradition rebelle, action pastorale des représentants de l'Eglise qui ont profondément renouvelé leurs sermons dans les années 1970 et ont participé à l'épanouissement du désir d'autonomie des descendants des mayas, problème de la répartition de la terre ("Moins de terre pour plus de pauvres", régime raciste et oligarchique qui prédomine dans l'état du Chiapas, signature par le gouvernement d'un traité de libre-échange avec les Etats-Unis (ALENA) considéré par beaucoup comme une atteinte à la souveraineté nationale, etc. Tout cela est plus ou moins connu et reflète sans doute une partie de la réalité. Le problème avec cet ouvrage, c'est qu'il n'y a aucun texte défendant le modèle néo-libéral adopté par le gouvernement mexicain. Tous les auteurs sont de gauche, pro-zapatistes et leurs convictions, parfaitement justifiées au vu des textes présentés, mériteraient d'être au moins contrebalancées par la doctrine officielle. Or, ce n'est pas le cas et le lecteur reste un peu perplexe devant la situation apocalyptique qui est décrite. De plus, il manque pas mal de justifications sur beaucoup de points et quelques chiffres bien choisis vaudraient parfois mieux que de longues phrases.

Parmi tous les auteurs, le texte de Carlos Fuentes "Mexique 1995 : Bon réveillon!" sort du lot par la clarté et la sincérité de l'exposé. C'est à lui que j'emprunte les derniers mots de cette note : "Une fois de plus, le décalage des institutions mondiales par rapport aux nouvelles réalités mondiales saute aux yeux. (…) En cette année du cinquantième anniversaire des Nations Unies, il est urgent de mettre à jour l'organisation mondiale (FMI et Banque Mondiale). (…) Retenons les bonnes idées du proche passé : l'inévitable ouverture au monde, l'effort de compétitivité. (…) Ne répétons pas nos erreurs. Nous ne pourrons les éviter qu'en encourageant la production et l'épargne, un travail meilleur pour un meilleur salaire. Cela demande du temps et de la volonté. Cela demande aussi la démocratie." Ce texte date de 1995. Au vu des controverses qui ont marqué les élections récentes, beaucoup de chemin reste à faire dans le sens d'une plus grande transparence démocratique.

15.08.2007

Une affaire personnelle - Kenzaburo Oé

1dbe5f3bb8f6f32321aed5a5a391c2b9.gifAllez, dernier roman japonais avant de passer à autre chose. "Une affaire personnelle" est l'œuvre de Kenzaburo Oé, l'un des romanciers les plus célèbres au Japon. Ce livre est en partie autobiographique.
Bird, professeur d'anglais dans une boîte à bachots, attend la naissance de son premier fils. Il erre dans les rues de Tokyo, rentre chez lui et attend le coup de téléphone du médecin. Ce dernier lui apprend que l'enfant est né pais qu'il est anormal. Commence alors une lente descente aux enfers pour Bird qui fuit ses responsabilités dans l'alcool, le sexe et l'apitoiement sur lui-même. Trois jours durant, alors que la survie de l'enfant est incertaine, Bird va vivre dans un cauchemar alimenté par ses peurs, sa paranoïa, une fuite en avant qui débouchera sur l'acceptation de ses responsabilités face à l'enfant qui est né.

Le livre est terrible. On assiste à la destruction lente et systématique du narrateur qui évolue dans une ambiance kafkaïenne où tous, du médecin à sa femme, de ses élèves à sa maîtresse, semblent se liguer contre lui. Et plus il avance dans le temps, plus il s'enfonce dans son cauchemar. "Cette épreuve compenserait-elle en partie les souffrances du bébé?...s'il y avait une souffrance stérile, c'était bien celle de la gueule de bois". Et sa femme de lui dire, alors qu'elle n'est pas au courant de l'état de l'enfant :"Bird, penses-tu jamais à quoi que ce soit, en dehors de toi-même?...As-tu vraiment envie d'avoir un enfant, Bird?...Serais-tu capable de te sacrifier pour le bébé? Es-tu capable de prendre tes responsabilités?". Tous autour de lui semblent l'assiéger de questions auxquelles il ne veut pas répondre :"…le fait était que même l'annonce d'une troisième guerre mondiale l'eût laissé indifférent". Paradoxalement, le livre débouche sur un espoir qui tranche un peu avec le ton de l'ensemble mais possède sans doute une vérité autobiographique.

08.08.2007

D'Abashiri à Rausu, le Parc National de Shiretoko

La veille au soir, je ne peux pas m'empêcher de le mentionner, j'ai mangé mes meilleurs sushis du séjour. C'était dans un petit restaurant qui ne payait pas de mine mais les produits étaient frais du matin et le cuisinier, qui était aussi le patron, pas chiche sur la quantité. C'est bien simple, le poisson recouvrait entièrement le morceau de riz!

Pour quelques jours, je loue une voiture afin de ne pas être tributaire des transports en commun, de plus en plus rares au fur et à mesure que l'on s'éloigne du centre de l'île. 583871b0829363f96ca11e34df340bd5.jpgC'est à peu près le même prix qu'en France (50Euros/jour) mais, à tarif égal, il me semble que j'ai un modèle plus performant: une Toyota Corolla, automatique bien sûr, avec volant à droite comme il se doit pour la conduite à gauche qui est la norme au Japon. Je quitte Abashiri dans la matinée, direction le parc national de Shiretoko, à l'extrême nord-est d'Hokkaido. D'après le Lonely Planet, "so few people get here that humans haven't ruined it yet". En fait ce n'est pas l'endroit désert dont j'avais rêvé. Tout y est parfaitement aménagé et les cars de touristes se suivent sans discontinuer. Certes, la route qui longe la mer est splendide. Les japonais ne sont pas des fous du volant et la vitesse est limitée à 50km/h ; cela laisse le temps d'apprécier le paysage. Je comptais faire un peu de randonnée mais lorsque j'arrive au début du chemin, je le trouve fermé. Explication : des ours ont été repérés ces derniers jours dans les parages et pour d'évidentes raisons de sécurité, personne n'est autorisé à emprunter le sentier. Dommage pour cette fois. A défaut de pouvoir le gravir, je me console avec une vue du Mont Rausu depuis le pied de la montagne.

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23853726f7439d315e7499ba46cde79c.gifDu coup je trace la route et arrive de l'autre côté du parc de Shiretoko, à Rausu. Je descends dans un ryokan confortable bâti à l'emplacement d'une source chaude. Cette fois-ci il s'agit d'un véritable onsen, les bains sont à l'extérieur dans un décor naturel grandiose. Le soir, c'est un véritable délice de se plonger dans l'eau brûlante alors que l'air ambiant se refroidit.

febf7944e829af53fb2cb2f0c637068f.jpgLe calme impressionnant qui règne dans le ryokan à la nuit tombée, me permet de finir un étrange roman, le premier que je lise de Haruki Murakami : "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil". Pour être franc, je n'avais jamais entendu parler d'Haruki Murakami avant de débarquer au Japon il y a trois semaines. En fait il semble qu'il s'agisse de l'écrivain japonais le plus renommé à l'étranger, après Yukio Mishima. En tous cas, "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" m'a beaucoup plu. Je me suis surpris à le dévorer en fait. Pourtant l'histoire est assez banale : Hajime approche de la quarantaine. Il gère deux clubs de jazz, est marié, deux enfants et se considère plutôt heureux, entre une famille qui l'aime et qu'il aime et une réussite matérielle indéniable. Un beau jour débarque dans son bar Shimamoto-san, une vieille amie d'enfance, la seule qu'il ait jamais eue. Peu à peu, de conversations en conversations, puis de rencontres en rencontres, sa vie est complètement bouleversée.
Je ne sais pas comment l'auteur s'y est pris (avec talent, c'est certain!) mais on ressent profondément la souffrance de Hajime devant le dilemme que lui pose la réapparition épisodique, fantomatique presque, de Shimamoto-san. Le livre est très touchant et réussit en tous cas à tenir un lecteur moyen en haleine avec des thèmes pourtant assez simples (le retour du passé, la femme fatale, le vieillissement, etc.).
Dans la foulée, j'achète "Norwegian Wood", le roman de Haruki Murakami considéré comme son meilleur.

05.08.2007

De Rebun-to à Biei, via Asahikawa

La cérémonie d'adieux de l'équipe de l'auberge est dans le même ton que tout le séjour. Sauf qu'en plus des G.O, tous les autres clients font le déplacement pour voir partir le ferry. Tandis que nous les observons depuis le pont supérieur, la dizaine de joyeux lurons présente n'en finit pas de chanter en sautillant et en frappant dans les mains.

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Les adieux continuent jusqu'à ce que le ferry soit hors de vue mais il y a déjà bien longtemps que nous n'entendons plus leurs chants.

En fait, aujourd'hui n'est qu'une longue journée de transport jusqu'à Biei, l'une des portes d'entrée au parc national de Daisetsuzan que je compte visiter le lendemain. Le train est une véritable tortue qui s'arrête dans toutes les gares intermédiaires. Je change par deux fois, une fois à Naroyo et une autre fois à Asahikawa, la capitale provinciale où je dis adieu à une française rencontrée par hasard. La quarantaine passée, France, professeur de danse à Orléans, visite Hokkaido pour la première fois mais c'est son deuxième séjour au Japon : elle a passé les vacances d'hiver à Kyoto. Nous discutons de choses et d'autres pendant le trajet, ce qui rend les heures beaucoup plus courtes. France s'était rendue sur l'île voisine de Rebun-to, Rishiri et elle y est restée pendant une semaine. Elle en revient un peu déçue car le mauvais temps qui a sévi toute la semaine ne lui a pas permis de visiter toute l'île. Egalement, le côté culturel que l'on trouvait à Kyoto lui manque à présent. Et c'est vrai que, de ce point de vue là, Hokkaido a peu à offrir. Je m'y attendais, aussi ne suis-je pas déçu. J'ai voulu passer quinze jours entre histoire et modernité dans le Kansai, aussi l'endroit le plus intéressant pour mes parents. A présent, je découvre le Japon "rural", plus reposant à vrai dire, loin de l'agitation frénétique des grandes agglomérations.

d175993c30ddba18b8ab12486f6088fa.jpgAprès avoir pris ma correspondance vers Biei, je termine un autre roman de Yukio Mishima, le deuxième de ce séjour après "le marin rejeté par la mer". "Après le banquet" décrit le mariage d'une tenancière de restaurant huppé qui approche la cinquantaine avec un vétéran de la politique, de dix ans son cadet, sur fond de campagne électorale pour la mairie de Tokyo. Le roman est avant tout le portrait d'une femme décidée, entreprenante et pour qui, dans une certaine mesure, tous les moyens sont bons pour réussir. Elle ne cessera de s'opposer à son mari, homme discipliné, intègre et rigoureux qui fait passer ses principes moraux et ses convictions au-dessus de tout le reste. D'une susceptibilité exacerbée, il n'aura d'autre choix que demander le divorce pour mener la vie sans surprise qu'il a choisie. J'ai préféré ce roman à "Le marin rejeté par la mer". Mishima nous fait réellement pénétrer dans l'intimité d'un couple et expose, avec certes un fort parti pris pour l'épouse, les conflits insolubles auxquels est confronté ce couple qui s'est formé trop tard. Si "Le marin rejeté par la mer" décrivait sans concession une jeunesse déboussolée que le système mis en place confinait à la violence meurtrière, "Après le banquet" montre les élections politiques sous l'angle de la magouille et du pouvoir de l'argent-roi. Le candidat du parti réformateur est battu pour manque d'argent et parce qu'il s'est refusé à utiliser des moyens déloyaux envers son adversaire ; lequel, en revanche, n'a pas hésité à user de toutes les bassesses pour se faire élire et y a finalement réussi. Entre échec public et faillite privée, le romancier ne laisse pas beaucoup d'espoir à la société dans laquelle il évolue.

18.03.2007

Fort comme la mort, Maupassant

medium_Fort_comme_la_mort.jpgJ'avais lu "Bel'Ami" au cours d'un trek au Népal il y a trois ans. "Fort comme la mort", gentiment offert par mon amie Anne m'a accompagné pendant la première semaine de trek au Bhoutan.
Olivier Bertin est un peintre renommé qui vit seul dans son atelier. Douze ans auparavant, en peignant son portrait, il a fait de la comtesse Anne de Guilleroy sa maîtresse. Olivier Bertin et Anne de Guilleroy se sont aimés en cachette pendant ces douze années. Un beau jour, la fille de la comtesse revient de la campagne et, jeune et innocente, à peine sortie de l'adolescence, fait son entrée dans le monde, sous la protection de sa mère. Olivier Bertin, retrouvant chez la fille les traits qui l'avaient séduits chez la mère, va s'en éprendre furieusement.
"Fort comme la mort" est un roman du vieillissement. Olivier et Anne constatent impuissants les ravages du temps sur leurs visages et tentent d'échapper à l'inéluctable, lui en s'éprenant de la fille de sa maîtresse, elle en recherchant la semi-obscurité de ses appartements pour y dissimuler ses rides. Maupassant a écrit ce roman en 1889 et il devait sentir la Fin approcher. Le ton de l'œuvre est à la fois triste et mélancolique, désabusé et sans espoir mais chaque page est écrite avec une telle puissance qu'on se demande si l'on lira jamais phrases plus abouties :
- "Il cherchait pourquoi avait lieu ce bouillonnement de sa vie ancienne que plusieurs fois déjà, moins qu'aujourd'hui cependant, il avait senti et remarqué. Il existait toujours une cause à ces évolutions subites, une cause matérielle et simple, une odeur, un parfum souvent. Que de fois une robe de femme lui avait jeté au passage, avec le souffle évaporé d'une essence, tout un rappel d'évènements effacés. Au fond des vieux flacons de toilette, il avait retrouvé souvent aussi des parcelles de son existence ; et toutes les odeurs errantes, celles des rues, des champs, des maisons, des meubles, les douces et les mauvaises, les odeurs chaudes des soirs d'été, les odeurs froides des soirs d'hiver, ranimaient toujours chez lui de lointaines réminiscences, comme si les senteurs gardaient en elles les choses mortes embaumées, à la façon des aromates qui conservent les momies".
- "Quand je pense à vous, et j'y pense toujours, je sens jusqu'au fond de ma chair et de mon âme une ivresse indicible de vous appartenir, et un besoin irrésistible de vous donner davantage de moi. Je voudrais me sacrifier d'une façon absolue car il n'y a rien de meilleur, quand on aime, que de donner, de donner toujours, tout, tout, sa vie, sa pensée, son corps, tout ce qu'on a, et de bien sentir qu'on donne et d'être prête à tout risquer pour donner plus encore… J'aime en vous quelqu'un que seule j'ai découvert, un vous qui n'est pas celui du monde, celui qu'on admire, celui qu'on connaît, un vous qui est le mien, qui ne peut plus changer, qui ne peut pas vieillir, que je ne peux pas ne pas aimer car j'ai, pour le regarder, des yeux qui ne voient plus que lui".

09.03.2007

Les feux du Bengale, A. Ghosh

medium_Les_feux_du_Bengale.jpg"Les feux du Bengale" (traduction française du titre anglais "The circle of reason", le traducteur s'étant sûrement dit qu'une note d'exotisme dans le titre ferait mieux vendre…) raconte les aventures d'un jeune bengali, Alu depuis son village à quelques heures de Calcutta en passant par une ville pétrolière du Moyen-Orient (Al-Ghazira, dont je n'ai pas réussi à savoir si elle était une invention de l'auteur ou si elle existe réellement) et jusqu'aux confins du sahara algérien.
Les deux cents premières pages du roman se déroulent en Inde et décrivent la lutte homérique entre un instituteur de village, l'oncle d'Alu, et le chef du canton qui a fait fermer l'école sous le prétexte qu'elle distrait les enfants du travail productif à son service. Cette partie, qui constitue la moitié du roman, est assez drôle, écrite dans un style lorgnant un peu du côté du réalisme magique latino-américain. Et puis c'est une critique assez bien montée de la situation au Bengale (mais aussi dans des états reculés comme le Bihar ou l'Uttar Pradesh) dans lesquels des propriétaires terriens, souvent sans la moindre éducation, font la pluie et le beau temps dans leur canton et ne cherchent qu'à s'enrichir sur le dos des fermiers et des villageois. Le gouvernement central se révèle incapable de mettre fin à ces abus car tous les fonctionnaires qui sont envoyés dans ces régions passent rapidement sur la feuille de paye de ces modernes négriers. Première partie distrayante donc, sur un fond de vérité et avec beaucoup d'inventivité.
Et il aurait fallu que le roman s'arrête là. Car l'auteur ne trouve jamais de second souffle. Les pages qui décrivent les aventures d'Alu à Al-Ghazira sont longues et les personnages sans saveur. Quant à la fin du roman, on ne comprend plus trop ce que l'auteur cherche à nous dire. Dommage.

03.02.2007

L'Hindouisme - M. Bardeau

medium_L_Hindouisme.jpgCe petit livre sur l'hindouisme présuppose de la part du lecteur un certain nombre de connaissances qui en rendent la lecture difficile pour celui qui ne les possède pas. Grâce à un Que-sais-je sur l'hindouisme récupéré au passage chez Pierre, grand voyageur français rencontré à Jaisalmer, j'ai pu comprendre à peu près 10% de ce que l'auteur a voulu dire. medium_L_Hindouisme_-_Que_sais-je.jpgCes deux ouvrages soulignent les points suivants :

- Les textes les plus anciens de l'hindouisme sont les Veda, dont l'écriture s'est étalée entre le XIIème siècle et le VIème siècle avant l'ère chrétienne. Viennent ensuite les Brâhmanas qui forment avec les Veda la religion dite "révélée" car ces textes passent pour être d'origine divine, révélés aux hommes par le truchement de voyants. Autres textes fondamentaux de la religion d'âge védique : les Upanisad, qui ouvrent la voie à la bhakti (voir plus bas). La religion védique est une religion du sacrifice qui pose les bases de la société indienne actuelle en différenciant les différents ordres (varna) : brâhmanes, kshatriya, vaishya et sudra.

- Les textes védiques définissent les quatre buts de l'homme comme suit : le moksa (Délivrance), le dharma (ordre sociocosmique qui organise ce monde empirique), l'artha (qui englobe tous les intérêts matériels) et le kama (essentiellement le désir et le plaisir amoureux). Si le premier but se place au-dessus des autres, il est en revanche difficile d'établir une hiérarchie entre les trois autres buts car ils se placent à des niveaux de réalité différents. Ce qui explique que le courant tantrique ait pu se développer en cherchant la Délivrance par la satisfaction du désir (Kama).

- Si l'on trouve dans les Brahmanas la notion d'âme universelle (Brahman ou Purusa), il n'en reste pas moins que la notion de "foi" en est absente. La religion védique est une religion de haute caste et la recherche de l'Absolu passe par un renoncement au monde.

- Les Veda et les textes afférents ont été intégrés puis dépassés par ce qu'on appelle la bhakti, qui est une tentative de relecture de la religion védique et de son interprétation brahmanique la plus étroite. La bhakti est en fait ce qu'on appelle l'hindouisme de nos jours et se réfère à un certain nombre de textes dont les grandes épopées écrites à peu près à l'ère chrétienne, le Mahabharata et le Ramayana.

- Coexistent alors sur un même plan théorique les trois grands dieux Brahman, Siva et Vishnu, formant ainsi une Trinité (trimûrti en sanskrit). En fait, Visnu et Siva étaient déjà mentionnés dans les Veda mais n'avaient pas la position prééminente qu'ils occuperont par la suite. Le gros des sectes hindouistes se répartit entre vishnuites et shivaïtes, la différence entre les deux provenant de la perception du monde extérieur comme "irréel" (c'est-à-dire produit d'une illusion que seule la connaissance perce à jour) chez les shivaïtes et "réel" chez les vishnuites.

- De même l'on voit surgir des cultes de divinités féminines (dont la présence n'est pas vraiment évidente dans les textes védiques). Les principales divinités sont Sri (ou Laksmi), parèdre de Visnu, Parvati (ou Durga), épouse de Siva et Kali "La Noire" dont le culte, essentiellement rural et situé en pays Tamoul, s'est longtemps accompagné de sacrifices humains.

- Le karman ou "acte" est devenu le dogme central de la religion. Tout acte, toute intention inscrit dans la personne un effet qui mûrit, soit dans cette vie, soit dans une vie future et qui constitue le destin de l'être. L'échelle des naissances apparaît alors comme une échelle des valeurs morales. D'où aussi la résignation de l'hindou devant sa condition car cette dernière est considérée comme inéluctable, simple manifestation de la justice immanente. Changer de castes serait aller contre l'ordre des choses.

- L'objet de la religion est de permettre l'accès à la Délivrance. Quelles sont les voies qui y mènent? La stricte observance des rites en est une, quoique considérée comme inférieure. Les pratiques ascétiques en sont une autre, indissociables des voies de la connaissance où le sujet établit l'identité entre son âme individuelle et l'absolu. Et puis il y a le Yoga, méthode véhiculée par le bouddhisme au Tibet et en Extrême-Orient, qui se propose aussi l'acquisition de pouvoirs supranormaux. Le tantrisme, glorification du désir amoureux, cherche la Délivrance non plus dans les actes, rituels ou autres mais dans la satisfaction des sensations, des passions mêmes.

- Texte fondamental de la bhakti, la Bhagavadgita est un dialogue du Mahabharata entre Arjuna et le dieu Krishna, incarné en cocher. Arjuna, au moment où les deux armées sont prêtes à en découdre, hésite car, en face ses ennemis sont aussi ses cousins. Krishna lui enseigne alors la toute-puissance de l'acte sans désir, la complète soumission à Dieu, l'acte pour le bien des mondes.

- Les textes post-védiques mettent en place une cosmologie cyclique (les kalpa ou ères cosmiques). Chacun de ces kalpas est conçu comme embrassant la durée d'un monde, de la création à la dissolution. Un kalpa est formé de mille fois quatre yugas (âge). Nous vivons actuellement, et depuis 3102 av. J-C dans l'âge le plus mauvais (le Kaliyuga), caractérisé par une déperdition du dharma, générateur de tous les fléaux du monde. A la fin de ce kaliyuga, le monde actuel doit disparaître, en même temps que Brahman meurt et un nouvel œuf cosmique éclore pour engendrer Brahman et une nouvelle création.

Si les deux auteurs semblent retrouver une certaine unité de l'hindouisme à travers les âges et les sectes qui se sont créées, souvent pour disparaître irrémédiablement à la mort de leur guru, le lecteur moyen ressent plutôt une impression de vertige devant le foisonnement de mouvements, la richesse et la variété des textes, la diversité des acteurs au fil des siècles. Apparaît tout au plus une religion du renoncement, résumée par ces mots de la Ica-Upanishad : "Tout ce qui se meut sur terre est pénétré par le Seigneur. Quand tu t'en seras détaché, tu trouveras la jouissance. Ne convoite le bien d'aucun homme!".

28.12.2006

Le Médecin de Campagne, Balzac

medium_Medecin_de_Campagne.jpgEcrit en 1832, Le Médecin de Campagne est un roman de jeunesse de Balzac. L'histoire, qui se passe en 1829, est celle d'un capitaine de l'armée impériale (Genestas), qui vient confier son fils adoptif au docteur Benassis. Ce dernier, le médecin de campagne donc, est le bienfaiteur d'un petit canton des Alpes dont il a initié le développement économique et social.
En fait, le narrateur s'efface devant ses personnages, ce qui n'est pas toujours le cas chez Balzac. Le livre est construit sous la forme d'une succession de récits.
Benassis raconte comment il a tiré les habitants du canton de leur misère millénaire. A travers lui, Balzac propose un modèle de développement régional centré sur l'autosuffisance puis l'exportation de produits semi-finis, modèle dont Emmanuel Le Roy Ladurie relève les inexactitudes dans son introduction au roman.
Le dîner de notables est l'occasion pour le docteur Benassis (et donc pour Balzac) d'élaborer une théroie du gouvernement élitiste (pas de suffrage universel) et catholique (le prêtre étant considéré comme le principal relais du gouvernement dans les campagnes).
Evocation aussi de Napoléon à travers le récit d'un ancien de la campagne d'Egypte. Toute sa vie, Balzac gardera une profonde nostalgie de l'époque impériale.
Ce livre préfigure les chefs d'œuvre à venir. Le personnage de Lucien de Rubempré, héros malheureux des Illusions perdues et de Splendeurs et Misères des Courtisanes est annoncé par le récit de la jeunesse tumultueuse de Benassis. Egalement, l'allemand Schmücke du Cousin Pons. Il me semble aussi que ce livre est d'une lecture beaucoup plus aisée que d'autres romans de la même période (Les Chouans, le Lys dans la Vallée).
Enfin, coïncidence: La Grande Chartreuse, évoquée dans le récit de Benassis (pris de remords suite à une déception amoureuse, il avait songé à se faire prêtre) vient de faire l'objet d'un film (Le Grand Silence) par le réalisateur allemand Philip Gröning.