21.05.2007

State of Nepal, ouvrage collectif

medium_State_of_Nepal.jpg"Sate of Nepal" est un ouvrage collectif commandé par deux éditeurs, l'un indien, l'autre népalais. A travers une vingtaine d'articles écrits par des intellectuels des deux bords, chercheur, anthropologue, historien, journaliste ou diplomate, il se propose de faire le tour des principaux problèmes de société au Népal : ethnicité, religion, politique, royauté, maoïsme, économie, éducation etc. Publié pour la première fois en 2002, il a fait l'objet de rééditions successives chaque année et d'une mise à jour plus complète en 2005. Il faut dire que c'est à peu près le seul ouvrage aussi complet sur le Népal actuel, encore m'a-t-il fallu le rechercher avec persévérance dans la boutique "Pilgrims House" de Kathmandou.
Je pensais ne lire que quelques chapitres de ce livre mais, d'un article à l'autre, d'un sujet à l'autre, impossible de m'en défaire et j'en ai fait mon livre de chevet toutes ces deux dernières semaines.

- L'histoire récente du Népal, pays qui n'a jamais connu la colonisation, a été marquée par trois périodes distinctes : 1950-1959, l'accès à l'indépendance et une tentative de démocratie parlementaire, rapidement mise au pas par le roi Mahendra. 1959-1990, interdiction des partis politiques et instauration du "Panchayat", un système de gouvernement qui, sous une apparence de conciliation nationale, mettait tous les pouvoirs dans les mains du roi. En 1990, un mouvement populaire aboutit à la suppression du Panchayat au profit d'un régime parlementaire multipartite qui perdure de nos jours. Le roi est en retrait mais son effacement relatif est regretté par certains. Les partis politiques se sont en effet largement discrédités pendant les 15 années de démocratie, faisant du Népal l'un des pays les plus corrompus du monde.

- En 2001, le dauphin du roi assassine son père, sa mère et plusieurs autres membres de la famille royale avant de se donner la mort. Quoique toute la lumière n'ait jamais été faite sur cet épisode tragique, il semble que l'origine de l'acte vienne d'une déception amoureuse _ le prince héritier n'ayant pas reçu l'accord de ses parents pour épouser sa dulcinée. Toujours est-il que c'est le frère du roi, Gyanendra, en voyage ce jour-là qui règne à présent sur le royaume du Népal.

- La population népalaise – 23 millions d'habitants – est constituée de plusieurs dizaines d'ethnies parlant autant de langages différents. Le népalais n'est parlé que par 30 à 40% de la population. Un système de castes dérivé des Lois de Manu a été mis en place au 19ème siècle, aboutissant à la suprématie de certaines ethnies (Bahun, Chhetri, Newar) qui forment jusqu'à aujourd'hui la majorité de l'intelligentsia népalaise.

- Une insurrection d'un groupe d'extrémistes de gauche – les Maobadi, partisans d'une philosophie marxiste-leniniste-maoïste – a commencé en 1996 et les rebelles se sont engagés dans une guérilla meurtrière (suite à l'éviction de leur parti de l'Assemblée Nationale). Après avoir fait plus de 3000 victimes (cibles militaires pour la plupart, peu de civils) et sous l'égide du roi Gyanendra, les maoïstes se sont engagés à arrêter leurs actions violentes et participent à présent au gouvernement, permettant ainsi au Népal de retrouver un potentiel touristique qui avait diminué ces dix dernières années.

- Une importante diaspora népalaise est disséminée en Asie, plus particulièrement en Inde où leur nombre est estimé à près de 6 millions. Pourtant, les liens entre ces émigrés et leur pays d'origine ont tendance à se distendre, les népalais vivant à l'étranger étant finalement peu désireux de rentrer chez eux, où une forte discrimination ethnique existe encore.

- Les années 1990 ont vu décupler le nombre d'ONG travaillant au Népal. On en dénombre plus de 11000 de nos jours, employant près de 40000 personnes et le bilan du développement est plutôt mitigé. Franchement négatif même à en croire certains articles, que l'on peut cependant raisonnablement taxé de chauvinistes. Il n'en reste pas moins vrai que l'absence d'indicateurs de performance rend difficile l'évaluation du travail des ONG. Le Népal reste l'un des pays les plus pauvres du monde : 75% de la population vit sous le seuil de pauvreté fixé à un revenu annuel de 150US$.

- Les aspects de l'éducation ont été négligés par les gouvernements successifs qui se sont succédés depuis 1990. Sur 1000 enfants népalais, 700 vont à l'école mais seuls 70 arrivent jusqu'au niveau BEPC. L'examen est réussi par 14 d'entre eux. 2 finalement auront leur baccalauréat. Bien que le nombre d'écoles et de lycées se soit multiplésr depuis les années 50, la qualité du système éducatif public reste lamentable. Quelques écoles privées ont pris le relais et obtiennent des résultats encourageants mais, outre le fait qu'elles ne s'adressent qu'aux fils de familles aisées, leur emplacement tend à renforcer l'hégémonie de la région de Kathmandoui au détriment des provinces plus éloignées et, souvent, plus peuplées.

Au final, on retire l'impression d'une société profondément inégalitaire. Je n'ai pas mentionnée le statut des femmes mais on aura compris qu'elles sont encore sous-représentées dans la société publique, quoiqu'elles soient de plus en plus présentes, notamment depuis l'avènement de la démocratie en 1990. Du point de vue économique également, corruption et népotisme empêchent le décollage du pays, tandis que, dans le même temps, le Népal devient un lieu de passage des marchandises de contrebande chinoise à destination du marché indien. Enfin, le jeu démocratique est faussé par les ambitions personnelles de politiciens véreux et l'absence de politique à moyen terme. Peu de raisons d'espérer sinon le développement de l'industrie touristique et la prolifération des moyens d'informations qui, comme le présent ouvrage, devraient aider à dresser un bilan clair du pays et proposer des solutions réalistes.

13.05.2007

Dernier jour au Nepal

Je quitte Kathmandou à l'aube, en direction de Lumbini, le lieu de naissance du Bouddha. Je prévois de traverser la frontière indienne le lendemain et de me rendre dans la même journée à Varanasi.

Hier, j'ai fait mes adieux au groupe du Cho Oyu. Tous retournent en Europe mais en ordre dispersé. Aloïs et Eberard ont déjà pris l'avion, suivis par Johannes et Edgar. Fabrice partait hier mais les autres, Albert, Yossef, Kurt, Lutz et Michaël devront attendre lundi pour monter dans l'avion. La séparation s'est faite sans effusion, comme on pouvait s'y attendre mais tout de même, nous avons partagé une belle aventure pendant près de cinq semaines et l'ensemble s'est passé sans la moindre tension dans le groupe, ce qui est assez rare dans ce genre d'expédition. Je ne suis pas sûr de recommencer l'ascension d'un 8000m – pour l'instant, je me remets encore de celui-là – mais, si je dois repartir, ce sera avec Amical Alpin dont l'organisation mise en place a été en tous points remarquable.

On tourne la page donc et, tôt le matin, je monte dans un mini-bus relativement confortable qui m'amène à Lumbini en début d'après-midi. C'est la que Maya Devi a accouché de son fils Siddartha en 563 av. J-C, celui qui allait devenir le Bouddha après avoir passé ses 29 premières années dans l'enceinte du Palais à l'abri de la souffrance et de la mort. Le site, qui attire de nombreux pèlerins, ne présente pourtant pas grand intérêt. Un temple sommaire a été bâti sur les ruines de celui qui aurait abrité Maha Devi pendant son accouchement.

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Plus intéressants, les nombreux monastères disséminés autour du site et identifiés par leur pays d'origine. Une pagode chinoise que l'on croirait sortie de la Cité Interdite présente à l'entrée d'imposantes statues des gardiens des quatre directions, bizarre alternative aux représentations chamarrées que j'avais pu observer au Bhoutan.
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07.04.2007

Toujours à Kathmandou

L'équipe du Cho Oyu arrive en milieu d'après-midi. Nous sommes hébergés à l'hôtel Shangri-La de Kathmandou. Seul mon ami Fabrice manque à l'appel. Venant de France, il n'a pas pris le même vol que les autres et doit arriver le lendemain matin.
Nous dînons tous ensemble au restaurant de l'hôtel. Mes notions d'allemand reviennent peu à peu et, même si c'est une langue dans laquelle je n'ai jamais brillé et que j'ai souvent exécrée dans mes années de collège, j'arrive à suivre quelques bribes de conversation. Les 8 autres membres n'ont guère plus d'expérience que moi. Pour beaucoup, comme pour moi le Cho Oyu sera leur premier 8000m. Nous avons deux médecins dans le groupe : l'un est un client, l'autre restera au camp de base et suivra chacun des grimpeurs.
Le soir, dans ma chambre, je regarde un documentaire que j'avais emporté : "Cho Oyu, West of Everest", qui retrace l'équipée d'un groupe d'américains. Sur la dizaine de membres, seuls deux arriveront au sommet. Les images sont superbes mais le documentaire met en évidence la difficulté d'une telle aventure, même pour ceux qui ont l'habitude de l'altitude. A 7500m, avec un sac de vingt kilos sur le dos, chaque marcheur doit s'arrêter pour respirer à chaque pas! Je ne sais pas si la projection de ce documentaire m'a vraiment rassuré…

Expédition au Cho Oyu (8200m)

Je n'étais pas revenu à Kathmandou depuis trois ans. A l'époque, j'avais passé six semaines au Népal, effectuant l'ascension du Mera Peak et le circuit de randonnée autour des Annapurna. C'était aussi une période de ma vie assez difficile et j'avais puisé dans la combinaison des difficultés physiques et l'immensité des paysages de montagne, le courage de mettre fin à une relation boiteuse.
medium_cho-map-nepal.gifAujourd'hui, je reviens avec un état d'esprit différent. Ce n'est plus une fuite, comme il y a trois ans. Je vais participer à une autre expédition en montagne, la plus difficile que j'ai jamais entreprise puisque si tout va bien, elle devrait me mener au sommet du Cho Oyu, une montagne située à l'ouest de l'Everest et culminant à 8200m.

L'équipe, dix personnes en majorité des allemands, suisses et autrichiens mais aussi mon ami Fabrice, arrive dans deux jours. C'est le temps qu'il me faut pour terminer les préparatifs et acheter le matériel qui me manque : une bouteille thermos, des morceaux de cordes, un baudrier, quelques mousquetons et une vingtaine d'autres objets, tous disponibles facilement dans les nombreux magasins de montagne de Kathmandou.

Nous quitterons Kathmandou le lundi 9 avril, destination la frontière tibétaine. Le processus d'acclimatation est long et laborieux mais nécessaire. Il implique plusieurs allers-retours entre le camp de base et les différents camps intermédiaires d'altitude.

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Si tout se passe bien et que les conditions météo le permettent, nous devrions attaquer le sommet aux environs de la première semaine de mai. Le retour à Kathmandou est prévu mi-mai. D'ici là, une fois de plus, ce blog restera vierge.

A bientôt.

06.04.2007

A Kathmandou

Tôt le matin, je retourne dans le quartier de Durbar Square, au cœur de Kathmandou. Construit aux 17ème et 18ème siècles Durbar Square abrite plusieurs temples dédiés aux divinités hindouistes. C'est une lieu sacré, très animé le matin où de nombreux népalais viennent y effectuer, dès l'aube, leur puja quotidien, ce rituel de purification et de dévotion qui marque le commencement de la journée chez les croyants hindouistes. Le Népal d'ailleurs, a réalisé un intéressant syncrétisme entre l'hindouisme et le bouddhisme, réunissant des monuments sacrés dans les deux religions : Durbar Square peut être rattaché à la mouvance indoue, tandis que Bodnath (voir note du 08-04-07) est un lieu de pèlerinage célèbre parmi les bouddhistes tibétains.
On pourrait rester des heures à Durbar Square, anonyme au milieu d'une foule grouillante de croyants. La variété des temples est stupéfiante, depuis celui dédié à Taleju, une déesse indienne devenue la protectrice des rois Malla qui régnèrent sur le pays au 14ème siècle, fermé au public mais dont l'imposante toiture donne un avant-goût de la magnificence, jusqu'au palais d'Hanuman et ses nombreuses cours pavées. Les rues autour de Durbar Square sont déjà bondées et il est parfois difficile de se frayer un chemin entre les vendeuses de légumes sur les trottoirs et les piétons, cyclistes, voire occasionnellement voitures qui remplissent la rue.

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A chaque croisement, un petit temple a été érigé et les croyants qui s'y agglutinent immanquablement ajoutent encore au chaos ambiant. Malgré cette incessante agitation, malgré aussi la pollution et la saleté qui envahissent chaque recoin de la ville, je me sens bien à Kathmandou. Peut-être est-ce le fait d'y revenir, d'être déjà familier avec les lieux.
Dans les années 70, Kathmandou a été une destination prisée par les hippies du monde entier, au même titre que Goa. La tolérance népalaise en matière d'usage de stupéfiants a conduit à l'établissement d'un quartier hippie, centrée autour d'une seule rue, Freaks Street. Aujourd'hui, Freaks Street, située pourtant à quelques mètres de Durbar Square, est délaissée au profit de Thamel, le quartier routard bruyant et animé. De l'époque glorieuse des hippies, il ne reste plus que quelques dealers de hashish qui abordent les touristes discrètement, jetant des coups d'œil apeurés pour tenter de repérer un policier. Ici comme ailleurs, les temps ont changé et le laisser-faire d'entant laisse peu à peu la place à des actions de répression plus sévères.

Samsara, P. Nalin

medium_Samsara.jpg"Samsara" raconte l'histoire d'un jeune moine bouddhiste, Tashi, dont la vocation est ébranlée par la découverte du désir sexuel. L'action se passe dans la province du Ladakh, au nord de l'Inde.
Après avoir passé trois ans, trois mois et trois jours à méditer dans une cave (c'est aussi l'usage au Bhoutan, les denrées sont passées à travers une trappe), Tashi retrouve la vie du monastère et accède au titre de Khenpo, un grade important dans la hiérarchie bouddhiste. Un soir, il rencontre une jeune fille et ils font l'amour jusqu'au petit matin. Cette étreinte passionnée va bouleverser le monde de Tashi. Il va renier ses vœux de célibat et épouser la jeune fille. On le suit alors dans sa vie quotidienne de fermier, entouré de sa femme et de son fils, aidant son beau-père à vendre la récolte en ville. Les années passent, Tashi semble s'ennuyer de plus en plus et, un matin, prend son baluchon et quitte femme et enfant pour redevenir moine. En chemin (ou en rêve), il rencontre sa femme, qui lui dit la douleur qu'elle éprouve (comme des siècles auparavant l'épouse du Prince Siddhârta) à la pensée de se retrouver seule, sans celui qu'elle aime. Mais rien n'y change et Tashi s'en va seul, tel un moine errant dans l'immensité des montagnes.
Chaque image du film est superbe : les scènes du monastère sont tournées dans un clair-obscur traduisant la recherche d'absolu des moines, les scènes de campagne, en décor naturel, sont aussi de toute beauté.
La vie de Tashi s'identifie peu à peu à celle du Prince Siddârtha, qui deviendra le Bouddha. La vie de famille, qu'il a pourtant recherchée, ne suffit plus à combler ses attentes. Même une liaison adultère ne peut le retenir. Le détachement l'emporte et Tashi choisit de suivre la voie qu'avait empruntée celui qui n'était pas encore le Boudhha en 500 av. J-C.
Même si le film est un peu long (2h30), on reste saisi par la beauté des images et la lenteur de l'oeuvre traduit bien l'atmosphère contemplative qu'a voulu distiller le réalisateur. Ce n'est pas un chef d'œuvre mais c'est un film agréable, surtout compte tenu le contexte religieux dans lequel je baigne depuis trois mois.